Op. cit., p
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Ces deux influences du reste se superposent la plupart du temps et se combinent l'une à l'autre. Les miracles, comme les prophéties et en général les religions, ont leur temps, audelà duquel ils cessent de se manifester pour être remplacés par d'autres. Cela tient à leur dépendance vis-à-vis des influx célestes qui varient avec les périodes astronomiques, mais aussi à la confiance que pendant tout le cours de ces périodes les peuples accordent à certains hymnes, à certaines prières, ou à certaines cérémonies ^ ; — non pas toujours parce que cette confiance crée l'illusion et l'hallucination, mais parce qu'en accroissant la vigueur de l'esprit vital, elle le rend plus apte à agir puissamment sur la matière pour y produire les effets voulus, et notamment les guérisons par suggestion ^. Ainsi s'explique l'efficacité de la prière, dont ces effets sont d'ailleurs la fin accidentelle et séparable, opposée à la fin essentielle et inséparable qui est l'accroissement de la piété, de l'amour de Dieu, et de la ferveur religieuse 2.
A vrai dire donc, du point de vue de la philosophie naturelle sinon du point de vue de la foi et de la révélation, il n'y a pas de véritables miracles. Ce que les hommes appellent de ce nom, ce sont des événements non pas contraires en réalité au destin astral et au cours de la nature, mais qui sortent de l'ordinaire et ne réapparaissent que de loin en loin après l'achèvement de très longues périodes astronomiques*.
i. Op. cit., p. 286, 287, 288.
2. Op. cit., p. 239, p. 68. — Pomponace va jusqu'à dire que les os d'un chien produiraient le même effet de guérison que les reliques des saints : op. cit., cap. XII, p. 232 : « Visum est enim superius, et Medici ac philosophi hoc sciunt, quantum operentur fides et imaginatio sanandi et non sanandi. Unde si essent ossa canis, et tanta et talis de eis haberetur imaginatio, non minus subsequeretur sanitas. »
3. Op. cit., p. 248, 249, 250. — Cf. Fiorentino, Pomponazzi, cap. XIII, p. 406 à 427.
4. Op. cit., p. 293 : Amplius videat aliquis legem Moysis, legem gentilium, legem Mahumeti, in unaquaque lege fieri miracula, qualia leguntur et memorantur in lege Christi ; hoc autem videtur consonum ; quonam impossibile est tantam fieri transmutationem sine magis prodigiis et miraculis ; non sunt autem miracula quia sint totaliter contra naturam et praeter ordincm corporum coelestium, sed pro tanto dicuntur miracula quia insueta et rarissima facta, et non secundum naturae cursum, sed in longissimis periodis. — Cf. op. cit., p. 283 à 293.
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Ces idées de Pomponace sont reprises sous des formes diverses par un très grand nombre de penseurs du XVP siècle. On les retrouve notamment chez Bruno, qui n'est pas astrologue ^ mais qui croit à la vertu de l'incantation, à la guérison par la confiance, à la médecine occulte, à la nécromancie, et qui, bien avant Campanella, rattache la magie à l'affirmation du panpsychisme ^, la considère comme la révélation du divin dans le monde, et en explique les effets, en apparence miraculeux, et constatés dans toutes les religions ^ par l'action efficace que l'âme universelle exerce sur la matière *. Par tous ces traits, la conception de Bruno ressemble encore plus à celle d'Agrippa qu'à celle de Pomponace. En fait, c'est dans le De occulta philosophia que Bruno préfère la plupart du temps puiser ses exemples d'opérations magiques ^.
Pour Agrippa, il n'existe aucun fait traité de miraculeux par le vulgaire qui ne résulte du jeu normal des forces naturelles : la condition de la magie, c'est donc la connaissance des lois fixes qui enchaînent les uns aux autres les événements du monde physique ^ ; tout phénomène qui ne peut s'expliquer par ces lois est exclu de la science. L'effort d'Agrippa consiste par conséquent à rattacher les événements merveilleux à des lois identiques à celles qui jouent dans la production des faits communs, et dont le vulgaire ne s'étonne plus parce qu'il y est habitué ''. L'incantation par exem-
1. Voir Felice Tocco, Le Opère latine di Giordano Bruno esposte e confrontale, etc., édition citée, 4^ Partie, p. 210 et 211.
2. De la Causa, Principio e Vno, Dialogo 2°. ediz. Gentile, p. 182- 183. — Sigillus Sigillorum, II, 4 {Opéra latine conscripta publicis sumptibus édita, 1879-91, II, ii, 197) ; — De Magia, Thèses de Magia, De Magia mathematica {Opéra latine conscripta, III). —
3. Spaccio de la Bestia trionfante, ediz. Gentile, p. 178-179. —