Op. cit., ibidem
4. Op. cit., lib. III, cap. XI, p. 138 ; — lib. IV, cap. XX, p. 220, cap. I, p. 134 et cap. III, p. 138 sq. ; — et surtout : Met., lib. XV, cap. IX, art. VI, pars III, p. 224 ; lib. XVI, cap. X, art. II, pars III, p. 294.
5. Suivant fra Pietro di Stilo (.\mabile, Cong., t. III, doc. 393, p. 424), Campanella aurait dit : « ...Che i miracoli non erano altro che una applicatione di miracoli (sic) d'intentione di quelle alla cui persona si faceva il miracolo, et ch'ognuno potea far miracoli in questo modo ». (Traduction : « ...Que les miracles n'étaient qu'une application des miracles de sa volonté à la personne sur laquelle se faisait le miracle, et que chacun pouvait faire des miracles de cette sorte »). — Cf. Amabile, Cong., t. I, p. 218, et t. III, doc. 296. p. 228. —
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songer aux pratiques de l'hypnotisme, Campanella ne craint pas de la reproduire dans les deux éditions du De sensu rerum, et de l'appliquer même aux guérisons opérées par le Christ. Et sans doute le chapitre II du livre IV a pour but avoué de défendre contre les objections de Pomponace et d'autres philosophes « de la même farine » la réalité du surnaturel et de la magie divine \ et c'est pouquoi l'auteur prend soin d'y préciser que dans les paroles de Jésus : « Fides tua te salvum fecit » (« C'est ta foi qui t'a sauvé »), le mot « fides » désigne la foi religieuse, et non pas cette confiance naturelle, cet abandon de son propre être à la volonté du magnétiseur qui est la condition indispensable des effets curatifs de la suggestion. C'est pourquoi aussi il ajoute que si la foi réussit à introduire dans les choses créées les modifications que nous désirons, ce n'est pas en tant que foi simplement, mais en tant que foi en Dieu, cause de toutes choses ^. Néanmoins, si on se reporte à d'autres textes du même chapitre, et surtout au chapitre XVII du même livre, on voit bien vite que ces concessions au dogme catholique ne sont qu'apparentes, et que l'opinion de Campanella sur le miracle est restée la même qu'à l'époque de la révolte de Calabre.
Au moment même en effet où il traite de mensonges les audacieuses négations de Pomponace, notre philosophe affirme que la production des stigmates de St-François d'Assise, bien que due à une action surnaturelle, était cependant conforme aux lois de la nature parce qu'elle ne constituait qu'un cas particulier de la loi générale suivant laquelle l'amant, par la vive représentation Imaginative qu'il s'efforce de se donner de l'objet aimé, se transforme partiellement lui-même en cet objet ^. Bien plus, ces paroles du Christ sur la nécessité de
1. Le titre du chapitre est : « Ad Magiam coelestem reqniri amicitiam Dei et fidem, et quomodo, et qualem, et in quibus, unde miracula fiant supra naturam ».
2. Dp sensu, lib. IV, cap. Il, p. 268 (éd. de 1620) et p. 156 (éd. de 1637): Quapropter Christus cum curasset tôt gentes variis ex infirmitatibus, snbdebat omnibus : Fides tua t« salvum fecit. — De sensu, 1637, lib. IV, cap. II, p. 155 : Porro haec fides tantam vim obtinet, quod immutat res creatas in id quod cupimus, non quia fides est, sed fides in Deum causaro omnium rerum.
3. De sensu, 1637, lib. IV, cap. II, p. 156 ; — éd. de 1620, p. 268.
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la foi pour la guérison, qu'il a citées dans le chapitre II, il les insère à nouveau dans le chapitre XVII qui, lui, a bel et bien pour but non pas d'établir la réalité de la magie divine, mais d'expliquer d'une manière toute naturelle la force magique des sons considérés en tant que mouvements et en tant que signes ^ Il les rapproche alors des guérisons opérées par les prêtres d'Esculape, par Trismégiste et Zamolxis. Il les compare aux procédés de suggestion qu'il a su employer luimême, à l'exemple de Jules César, pour éloigner ses ennemis, entre les mains desquels il était tombé, et au cas de son ami Lelio Orsini qui, en regardant fixement son adversaire, réussit à le mettre en fuite. Enfin il explique l'efficacité des paroles du guérisseur par le sentiment qu'elles inspirent au malade, et par le mouvement transmis à travers l'air qu'elles impriment à son esprit vital. Celui-ci obtient la guérison, parce qu'il l'a imaginée fortement. Cette représentation Imaginative a communiqué à son principe vital un pouvoir de résistance à la maladie proportionné à la puissance de l'être dans lequel il a placé sa confiance, qu'il savait incapable de mentir, et dont les paroles représentaient pour lui la vérité ^. Ce que le Christ réussissait à obtenir, la nature donc le réalise aussi, par les mêmes procédés. N'est-elle pas l'art inséré par Dieu dans les choses, et là oii elle a placé la foi, ne place-t-elle pas aussi la victoire ' ?
Ainsi aucun doute ne peut subsister sur la tendance de la philosophie de Campanella à exclure de l'univers toute intervention de pouvoirs transcendants, et à expliquer par les seules forces de la nature non seulement le cours ordinaire des
1. De sensu, 1620, lib. IV, cap. XVII : titre identique du chapitre dans les deux éditions : « Sonos qua motus et qua signa vim magicam mirificam certamque continere ».
2. Op. cit., lib. IV, cap. XVII, p. 336 sq. ; De sensu, 1637, p. 193 sq. —
3. De sensu, lib. IV, cap. XVII, éd. de 1637, p. 196; éd. de 1620, p. 336 : Avicennes ait : Confidentia de bono medico sanat aegrotum et recte. Nam spiritus imaginans sanari, afficitur sanitate, viresque arripit contra morbum... Quo in exccllentiori confidis re, eo mapis crescit animus. Ergo in Deum confidere penitus et omnino certissima ratio est habendi speratam rem. Itaque Christus dicebat semper : fides tua te salvum fecit. Pari modo procedit natura, quae est ars Dei insita rébus : ubi enim ponit fiduciam, apponit et victoriara.
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phénomènes, mais encore les miracles, ramenés aux opérations merveilleuses de la magie. A vrai dire même, entre cette science et les autres techniques notre philosophe n'admet aucune différence essentielle. La magie, c'est l'étude des faits physiques, encore mal connus et inexplorés, et des nouveautés scientifiques auxquelles l'homme n'est pas encore habitué. Le miracle, c'est ce qui étonne. Dès qu'une invention s'est propagée et vulgarisée, comme l'usage de la poudre, de l'imprimerie, de la boussole, ou comme les arts mécaniques, elle ne relève plus comme auparavant de la magie, elle entre comme une partie intégrante dans le patrimoine de la science commune {sciey-itia vulgaris) ^ — S'ensuit-il que Campanella se soit réellement élevé à la notion moderne de la science, conçue comme l'étude empirique des lois invariables des phénomènes ?
Inappréciable assurément est le service rendu à la pensée scientifique par la philosophie du XVP siècle lorsque, grâce à la conception du panpsychisme, elle réussit à s'affranchir de la transcendance introduite dans la représentation de la nature tant par la croyance à l'intervention constante des anges et des démons que par l'hypothèse d'un Dieu anthropomorphique et d'une création consciente et volontaire. Toutefois, comme au sein de cette conception les idées de nécessité et de finalité, de mouvement et de pensée, de phénomène corporel et d'influence spirituelle sont toujours intimement mêlées et confondues, la notion de l'univers physique qu'elle est en mesure de fournir aux savants est bien loin d'exclure définitivement le mystère de ces actions imprévisibles d'êtres doués de conscience et de volonté, qui dans l'hypothèse de la transcendance viennent à chaque instant rompre ou desserrer les mailles de la chaîne des causes et des effets naturels, et font obstacle au développement normal du savoir scientifique. Cette philosophie en effet, en attribuant à toute réalité la vie et la conscience, installe à demeure dans le monde non pas certes le surnaturel, mais au moins le merveilleux. Avec elle le miracle descend pour ainsi dire du ciel sur la terre. Les corps bruts exercent
1. De sensu, 1620, lib. IV, cap. VI, p. 282 et 283 ; — De sensu, 1637, p. 165.
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les uns sur les autres des actions spirituelles, les esprits meuvent la matière. Dans un système qui n'établit aucune distinction rigoureuse entre les phénomènes mécaniques et les phénomènes mentaux, il n'est aucune chimère de l'astrologie ou de la magie qui ne puisse se justifier en se prévalant de sa conformité aux règles soi-disant naturelles et immuables de l'influence réciproque des substances individuelles.
Comment Campanella en effet conçoit-il cette influence .•* Pour lui, ce qui dans celle-ci se transmet d'un corps à l'autre, ce n'est pas seulement une action mécanique, c'est parfois l'unité organique ou spirituelle elle-même inhérente à toute particule matérielle. De là d'étonnantes métamorphoses. La rage communique à l'homme la nature corporelle et la constitution psychologique de l'animal qui l'a mordu ; le malade ne peut alors s'empêcher d'aboyer et il lui arrive même d'engendrer de petits chiens ^ Campanella a vu de ses propres yeux des crins de cheval devenir de petits serpents. Il raconte avec le plus grand sérieux l'anecdote même qui a servi de thème à l'amusante fantaisie d'Edmond About intitulée : Le nez d'un notaire. Un Napolitain, dont le nez avait été coupé, réussit en prélevant un morceau de chair sur le bras d'un esclave qu'il avait acheté, à reconstituer, par l'opération de la greffe animale, son organe endommagé. Au bout de trois ans, l'esclave, rendu à la liberté, tombait malade. Or au même moment l'ingénieux Napolitain voyait peu à peu disparaître par putréfaction la partie empruntée de son appendice nasal, qui ne tarda pas à disparaître tout à fait à l'heure même de la mort de son ancien possesseur ^.
Ce qui est grave, c'est qu'aux yeux de Campanella des faits aussi étranges ne sont pas des événements isolés et exceptionnels, qu'à l'exemple de Porta il enregistrerait purement et simplement, sur la foi de témoignages considérés comme incontestables. Ce sont pour lui au contraire des phénomènes normaux, conséquences nécessaires de la définition de l'action physique. L'action en effet, c'est la communication au patient de la nature de l'agent, et par nature, il faut entendre
1. De senstt, 1620, lib. IV, cap. XI, p. 373; — éd. de 1637, p. 181.