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De sensu, 1620, lib. IV, cap. XI, p

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ici, conformément aux principes fondamentaux du panpsychisme, à la fois l'essence matérielle et organique et le mode particulier de conscience qui appartient à tout être agissant. Pour l'auteur du De seiisu rerum, la métamorphose est donc un fait courant et habituel, et il en est de même de la divination et de la prophétie.

Des illusions et des chimères engendrées dans le domaine de la magie par l'affirmation absolue du panpsychisme dont elles sont, avant la constitution de la critique scientifique et du mécanisme idéaliste, les plus extrêmes, mais les plus rigoureuses conséquences, notre philosophe du reste n'est pas préservé par ce bon sens naturel et par ce pressentiment incontestable de l'importance des actions purement mécaniques qui en avaient détourné, au moins partiellement, Giordano Bruno parfois, et surtout Télésio. Chez lui en effet l'influence de ce pressentiment qui par moments, nous l'avons vu, introduit quelque raison dans son occultisme, la résistance du bon sens et celle de l'esprit critique sont contrebalancées et la plupart du temps annulées par les influences opposées d'une imagination déréglée, d'une crédulité sans bornes, et surtout par la conviction d'une communion personnelle avec l'âme universelle, avec cette divinité intérieure aux choses qui lui a confié sa haute mission religieuse, en lui révélant le secret des destinées du monde créé. De là l'aspect singulier de sa philosophie du miracle, qui a pu tromper sur sa véritable signification un esprit aussi averti et aussi précis que M. Dejob ^. Thaumaturge, prophète, astrologue et magicien, tels sont assurément les titres que Campanella revendique avec le plus d'insistance. Seulement il importe de bien comprendre la nature particulière des miracles et de la divination qu'il prétend

t. Dejob, art. cit., p. 138 : Dès avant sa prison, il avait dû à la thaumaturgie sa popularité en Calabre. Qui dit déiste, dit homme qui croit d'une foi ombrageuse à l'immutabilité des lois de la nature, qui ne veut pas que, même dans les cas extrêmes. Dieu permette ou se permette de les enfreindre. Or jamais homme ne s'est attribué sur ces lois immuablps une autorité plus extravagante que Campan^^lla... — P. 139 : Même quand il ne réclamait pas pour lui le droit de déroger aux règles fixes, Campanella le réclamait perpétuellement pour les anges, les saints ou Dieu.

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alors restaurer. La magie, qu'il destine à initier les peuples et les individus aux principes de la religion naturelle, admet sans doute dans le cercle de ses merveilles la plus grande partie des prophéties et des actions miraculeuses relatées dans les livres saints de toutes les confessions, et plus particulièrement dans ceux du christianisme ; toutefois, c'est à condition qu'elles soient explicables par le panpsychisme, et qu'elles s'intégrent plus ou moins directement à une philosophie de l'immanence. C'est ainsi que dans le De sensu rerum le surnaturel peut redevenir naturel, tout en conservant son caractère extraordinaire et surprenant. En gardant le contenu traditionnel des miracles, Campanella les replace dans le cours de la nature, en sorte que, contre l'assimilation de sa philosophie religieuse au déisme, on ne peut rien inférer de sa croyance persistante à des effets que la science moderne considérerait la plupart du temps comme des dérogations inadmissibles aux lois des phénomènes matériels ou spirituels, et qui représentent, dans les affirmations des diverses religions, la part indispensable de la foi révélée.

Nous sommes maintenant en mesure de nous faire une idée précise de la science telle que la comprend Campanella. Pénétrée d'un sentiment profond de l'immanence des lois du réel, mais fondée sur une intuition animiste de l'analogie des êtres de la nature, — tous doués de conscience, — entre eux et avec l'être humain, la conception de l'auteur du De sensu rerum est avant tout un effort, audacieux et en général vain, pour découvrir les secrets de cet art intérieur par lequel la vie, sous l'influence d'un principe interne de conservation et d'expansion, se maintient, se transmet et se développe à travers la variété infinie et l'inépuisable richesse de ses formes. C'est par là que suivant son promoteur la science réussira à conférer à l'homme un pouvoir illimité sur les choses. Toute technique pratique est une imitation des procédés employés par la nature vivante et sentante dans la construction des organismes. Les murs de nos maisons imitent les carapaces , des tortues ; l'alambic est une reproduction de l'intestin ; les cuirasses ont pour modèle primitif l'armature d'écaillés des poissons ; les rames des navires correspondent aux ailes et le gouvernail à la queue de l'oiseau ; la musique s'est inspirée de

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ses chants, et il viendra un jour où l'on découvrira l'aviation grâce à une observation plus attentive de son vol. L'organisation intérieure des cités ressemble dans tous ses détails à celle de l'animal, plus particulièrement à celle du cerveau et du système nerveux ^ Bref, si la nature est l'art divin intérieur aux choses, l'art humain, c'est la nature extériorisée ^.

Campanella a-t-il mis en pratique les préceptes de cette science aventiu-euse ? Il semble qu'il ait voulu s'y essayer dans tous les domaines. Il n'est. pas seulement, comme nous l'avons vu, astrologue et physionomiste. Il s'enthousiasme pour les découvertes de la Renaissance, et dans son projet de cité idéale il n'est pas une seule technique scientifique qu'il ne compte utiliser en vue du bien-être et du confort matériel des Solariens. Dans les mémoires qu'il adresse aux princes, aux • cardinaux et au Pape, il promet d'imaginer lui-même un artifice qui permette aux vaisseaux d'avancer sans voiles ni rames, de construire un véhicule mîj par le vent et sans le secours d'animaux de trait, et en outre de découvrir pour les cavaliers un moyen de diriger leurs chevaux dans toutes les directions, en gardant les deux mains libres et sans faire usage de brides ^. Il conçoit même des projets plus fantastiques, si l'on en croit Gaspard Schopp, qui en raille le caractère cocasse en les associant malicieusement à l'idée de son entreprise religieuse et politique. « C'est maintenant, dit-il, que Campanella pourrait faire sa barque aérienne, avec des rames de plumes de paon comme les chasse-mouches, suffisantes pour maintenir dans l'air un corps de poids proportionné à celui du paon, et y installer des hommes qui, munis de ces arquebuses à vent, iraient en Angleterre tuer le roi de ce pays et le roi de Danemark. Je crois que s'il en faisait la proposition à la Congrégation de la Propagation de la Foi, on le laisserait sortir, pourvu qu'il fournît d'abord une caution avec l'assu-

i. De sensu, 1637, lib. II, cap. XXVII, p. 97 ; — Phil. rat., Poetica, liber unus, cap. IV, art. IV, p. 123.

2. Monarchia di Spagna, cap. V ; De Monarchia Hispanica discursus, Amstelodami, 1G40, p. 34-37.

3. Mémorial adressé au Pape, à l'Empereur, et au roi d'Espagne (1609), publié par M. J. Kvaiiala, Gen., p. 13.

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rance de ne pas s'envoler au loin ^ ». — Telle est la partie caduque de la conception du savoir théorique et des techniques pratiques à laquelle l'hypothèse du panpsychisme a conduit Campanella. La science sérieuse, celle de Galilée, vat-elle pouvoir prendre place dans le système à côté de la magie ? C'est ce qu'il importe maintenant d'examiner.

i. Lettre de G. Schopp à Giovanni Fabri du 23 avril 1627, Amabile, Cast., t. II, doc. 207, p. 152.

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