PHYSIQUE DE GALILÉE ET PHYSIQUE QUALITATIVE
s'imposer aux métaphysiciens et à remporter dans leur esprit une victoire décisive sur la tradition contraire : celle de la physique péripatéticienne qui, soutenue par l'Eglise, régnait encore en souveraine dans les Universités. — Campanella a-t-il vraiment compris les nouveautés scientifiques fécondes qui de son temps s'élaboraient dans les travaux du génial savant florentin, l'ami en faveur de qui dès 1616 il écrivait une apologie ?
Nulle part Galilée n'a mieux expliqué la signification véritable de la méthode nouvelle par lui appliquée à l'étude des phénomènes naturels, que dans le passage suivant de sa lettre à Pierre Carcavi du 5 juin 1637 : « Si maintenant, dit-il, des propriétés, telles que nous les avons déduites, se vérifient dans la chute libre des corps de la nature, nous pouvons sans danger d'erreur affirmer que le mouvement concret de chute est identique à celui que nous avons défini et supposé. Si ce n'est pas le cas, alors nos preuves, qui ne prétendaient qu'à une validité relative à notre seule hypothèse, ne perdent pourtant pas leur force et leur valeur concluante, pas plus que ne fait tort aux propositions d'Archimède sur la spirale le fait qu'il ne se trouve dans la nature aucun corps auquel appartienne un mouvement en spirale^ ».
Quelles sont en effet les démarches explicitement ou implicitement recommandées aux savants dans ce texte ? — Le physicien substituera au cas réel, au fait brut, tel qu'il se présente à l'observation immédiate, un cas idéal dont la loi puisse être établie plus aisément avec le secours des mathématiques ; il déduira des données hypothétiques ainsi fixées des conséquences particulières ; il cherchera dans la nature un fait privilégié ou imaginera un dispositif expérimental grâce auxquels le phénomène réel pourra être rapproché autant que possible des conditions du cas idéal, et vérifiera sur ce nouveau fait la loi supposée. En cas d'insuccès, il notera les
1. Gabriel Séailles, Léonard de Vinci, V Artiste et le Savant, Perrin et C'«, Paris, 1906 ; — p. 382 à 385.
2. Lettre de Galilée à Carcavi du 5 juin 1637, Galileo Galilei, Opère, ediz. nazionale, lettre n» 3494, t. XVII, p. 88 à 93 ; — ediz. D'Alberi, t. VII, 156 sq. — Voir aussi (ediz. naz., t. VIII, et ediz. d'Alberi, t. XIII) les Discorsi e dimostrazioni matematiche intomo a due nuove scienze.