PHYSIQUE DE GALILÉE ET PHYSIQUE QUALITATIVE
modificalions que des circonstances pertubatrices introduisent dans les valeui'S observées, et construira pour les expliquer une seconde hypothèse. Enfin, après de nouvelles vérifications, il réunira dans une synthèse les deux constructions théoriques, dont chacune exprime une portion et un aspect de la réalité observées. Tels sont les procédés relevant à la fois de l'analyse et de la synthèse expérimentale, de l'analyse et de la synthèse mathématique, que Galilée met en œuvre dans tous ses travaux, et qui assurent notamment le succès de ses mémorables expériences sur la pesanteur et de son étude du pendule ^ On ne serait certes pas surpris que son admirateur le plus ardent et le plus désintéressé de ses défenseurs : Campanella, ait songé à lui emprunter cette conception de la méthode expérimentale pour en faire une pièce maîtresse de sa théorie de la science.
Pourtant nous savons qu'il n'en a rien été. L'expérience, pour notre philosophe, reste toujours la patiente accumulation des faits particuliers en vue d'aboutir à des lois universelles : (( experimentorum multorum coacervatio ad universaîes régulas ». Par exemple, quand nous avons appris que la rhubarbe purge la bile chez Pierre et chez Martin, nous disons que nous avons une expérience qui peu à peu pourra être généralisée, et qui s'étend dès maintenant à tous les cas présentant une similitude essentielle avec ceux de Pierre et de Martin^. Jamais l'idée de l'analyse des faits bruts, par une intervention active de l'expérimentateur ou par le choix de cas privilégiés, ne se présente à l'esprit de Campanella. Trouvet-on en revanche dans ses écrits une notion très nette du rôle joué par l'analyse et la synthèse mathématique dans les sciences de la nature } — A défaut de son immense savoir et de l'ardeur qu'il apportait à son entreprise de rénovation des sciences, la connaissance de l'astronomie de Copernic, défendue par Galilée, aurait suffi à diriger de ce côté ses réflexions. Mais quelles solutions de la question pouvait-il proposer, sinon celles de la physique qualitative, bien plus de la physique animiste ^
\. Cf. Th. H. Martin, Galilée, p. 339 à 363, Paris, Didier et C'e, 1868. 2. Met., pars I, p. 2, Prooemium.