Galileo Galilei, Opère, ediz. nazionale, t. XI, p
2. Le titre de cet article est le suivant : « Utrum posito et non concesso, sicut novus sacer index monet, quod verae sint conclusiones Pythagoricorum, et quas tandem Copernicus, et Galilaeus ex suis observationibus tradiderunt, permaneat adhuc nostra Philosophia, an corrigenda, et in quibus, et qua ratione ». (Quastio X, art. IV, p. 100 sq. des Disputationes , Parisiis, 1637). — Le désaveu dont nous parlons est contenu dans les lignes de la fin (pp. cit., loc. cit., p. 106), qui se rapportent au décret de 1616 condamnant la doctrine de Copernic, et à la rédaction de l'Apologia pro Galilaeo ; ces lignes indiquent nettement que l'article a été écrit 5 ans avant le décret et l'Apologia, donc en 1611 : H Post quinque annos ab hujus articuli inscriptione, audivi Romae a Patribus damnari sententiam de motu telluris diario, tanquam scripturis contrariam, octavo die antequam nostra disputatio de hac materia [l'apologie] ad Cardinalem B. Gaetanum perveniret. Ergo nostra Physiologia acceptatur, et non Copernicea, neque Nolana ; et ego credo cum Patribus, ut in textu pridem scripsi, nec mutor ». Il faut voir dans cette déclaration une simple précaution, prise contre l'accusation d'hérésie.
3. Met., lib. XI, cap. IX, art. II, pars III, p. 53 à 55, appendix I et II ;
Quelles sont ces raisons ? Si Campanella a douté pendant longtemps de la vérité de la nouvelle astronomie, c'est, — il le déclare lui-même à Stigliola, à Tobias Adami et à Galilée, — parce que la doctrine physique de Télésio, en attribuant tout mouvement à l'influence de la chaleur, tout repos et tout ralentissement à celle du froid, son contraire qualitatif, lui interdisait formellement d'admettre l'hypothèse du mouvement de la terre et de l'immobilité du soleil. Puisque le froid est une nature agissante et non pas un non-être absolu, il faut bien lui attribuer un siège. Ce siège ne peut être que la terre : en effet le froid terrestre ne peut être attribué à l'absence du soleil, « car ce qui est absent ne peut agir là où il n'est pas ; or là où est le soleil, il échauffe ; là où il n'est pas, il ne peut refroidir ; mais il s'y trouve un autre être ennemi, qui possède des forces de refroidissement, libérées par l'absence du soleil ^ ». Cet être est le froid, cause de l'immobilité terrestre. Siège de la chaleur, le soleil doit se mouvoir. Siège du froid, la terre est nécessairement immobile. Comment Campanella va-t-il résoudre la difficulté quand la lecture du Sidereus Nuncius, de la lettre de Galilée sur les taches solaires, et de l'exposé de la découverte des satellites de Jupiter et de Saturne, auront déterminé dans sa pensée un revirement d'opinion en faveur de l'astrono-
— lib. XI, cap. XVI, art. III, pars III, p. 70-71, appendix II. — Les dernières lignes de ce dernier appendice (pars III, p. 71) indiquent que 10 ans après sa rédaction, un décret fut rendu contre Galilée. Il s'agit vraisemblablement cette fois de la condamnation de ce savant : « Post iO annos contra Galil. decretum est Romae, proptereaque videntur stabilita quae nos scripseramus : et posito centro odii, et centro Amoris, et descensu Solis irregulari, omnia Phaenomena salvantur ut dictum est ». — Harald Hôffding (Histoire de la Philosophie moderne, Paris, Alcan, 1906, t. I, p. 533, note 34), s'écrie à ce sujet : « Drôle de vérification ! » C'est ignorer le système de feintes adopté par Campanella. Le philosophe nous révèle sa pensée véritable dans un autre appendice (Met., pars III, p. 5:j) où, après avoir pris la précaution de déclarer qu'il 8« soumet aux décisions du Pape et n'expose la nouvelle astronomie que pour le cas où l'expérience donnerait raison à Galilée, il ne laisse pas cependant d'écrire audacieusement, en manière de conclusion : « Et agnoscamus id quod ait Augustinus, quod si Philosophi aliquid vere deraonstrant quod Theologi aliter sentiebant ex S. Scriptura, hoc non vere contineri in S. Scriptura, sed humana ignorantia ita putabat ». C'est la pensée même de VApoloyia. — 1. Met., lib. XI, cap. VII, art. FV, pars III, p. 39 ; — art. VU, p. 41.
mie de Copernic, et l'auront même décidé à en prendre la défense par la rédaction d'une apologie ?
S'il y réussit, c'est au prix d'un remaniement très important de la physique de Télésio. Il doit admettre maintenant que la cause profonde du mouvement est moins la chaleur que l'appétit de conservation naturel à l'être et que par suite, s'il s'agit de la terre, son « âme originelle » ^ — Dans cette hypothèse, dit-il, le mouvement ne serait pas attribué exclusivement à la chaleur, ni le repos exclusivement au froid, mais à l'appétit de conservation. La terre pourrait être considérée comme froide dans ses parties, mais, dans sa totalité, recevant du soleil les forces vitales, et mue à la fois par un désir interne et par l'action externe de la lumière solaire, dirigée en outre par le le ministère d'un ange, elle opérerait comme les autres planètes sa révolution ^ autour du soleil.
Rien de plus conforme du reste que cette modification à l'esprit de la doctrine métaphysique de Campanella. Elle vient accentuer la tendance de sa physique et en général de sa représentation de l'univers, tout d'abord calquées sur celles de Télésio, à voir la véritable source de l'activité naturelle moins dans les deux natures agissantes : le chaud et le froid, que dans cette conscience immanente à l'être qui est, dit-il, non pas simplement un mode d'existence, mais la force active ellemême^. Adopter le système de Copernic, c'est donc pour lui se rendre encore plus exactement compte que par le passé de la nécessité de rattacher la vie de la nature à son principe suprême qui, par delà la faculté de sentir, est la Puissance, la première des trois « Primalités » de Dieu, identique dans son essence à l'Intelligence ou à la Pensée. Comment douter maintenant qu'ainsi intégrée non seulement à sa physique, mais aussi à sa métaphysique, la nouvelle astronomie, d'abord frappée de relativité et assimilée comme l'ancienne à une théorie purement instrumentale, n'ait été finalement considérée
1. Lettre de Campanella à Galilée du 13 janvier 1611 (Le Opère di Galileo Galilei, ediz. naz., t. XI, p. 22) : « Sic ergo stant principia doctissimi Telesii, si motus telluris sit ab anima origenica ».
2. Met., lib. XI, cap. XVI, art. III, pars III, p. 70, appendix II.