De sensu, 1637, lib. I, cap. I, p
CAMPAPiELLA ET LA NOUVELLE ASTRONOMIE 249
par Campanella comme une représentation adéquate de la réalité profonde des choses ?
Dira-t-on que l'attribution d'une réalité physique à l'hypothèse de Copernic était incompatible avec sa conception relativiste du genre de vérité propre aux théories scientifiques ? Au sujet de cette conception, nous remarquerons tout d'abord que pas plus chez lui que chez les penseurs dont il suivait la tradition, elle ne s'inspirait de vues véritablement profondes sur la relativité de la connaissance humaine ^ ; comme eux il admettait, à un degré du savoir plus élevé que la science des grandeurs, formes, mouvements, trajectoires, etc., une physique des causes réelles, en mesure d'atteindre l'essence interne de l'être et d'en expliquer l'activité : derrière un relativisme de surface, se cachait le dogmatisme d'une science qualitative et dynamiste. — En outre, — et sur ce point il se distinguait de ses prédécesseurs, et se rapprochait, malgré la différence des raisons invoquées, du dogmatisme physique de Kepler et de Galilée, — Campanella se gardait bien de justifier son demi-relativisme par l'illusoire et classique distinction établie entre la physique des êtres sublunaires et une soi-disant physique des corps célestes, toute différente, et inaccessible à l'homme 2. Enfin, en considérant l'espace comme une
1. Leur argument le plus probant, qui conserve aujourd'hui encore sa valeur, consistait à alléguer que le vrai pouvait se déduire du faux, et que par suite la vérification expérimentale de leurs conséquences ne suffisait nullement à conférer aux théories à forme mathématique une certitude absolue (Duhem, Essai sur la notion de théorie physique, éd. cit., p. 122 sq. ; — cf. Campanella, Met., pars I, p. 347, lib. V, cap. II, art. II ; — Berkeley, Siris, trad. cit., § 228, p. 189-190). — Kepler (voir Duhem, o. c, l. c.,) pour réfuter cet argument, s'efforçait do distinguer du raisonnement déductif la preuve inductive, fondée sur l'élimination théorique du hasard. Mais ses observations portent seulement contre l'accusation de pétition de principe dont on accablait les hypothèses des astronomes. De celles-ci elles démontrent seulement la très grande probabilité, et encore à condition de se maintenir sur le terrain de la vérité relative. — Il est vrai que, dans leurs affirmations touchant à la physique proprement dite et à la métaphysiiîue, les savants ou les philosophes partisans de la relativité des théories étaient loin de s'inspirer des mêmes scrupules logiques qu'ils affichaient dans leur astronomie. —
2. Les raisons invoquées par Campanella en faveur de l'identification des deux physiques étaient, comme celles de Giordano Bruno, des vues
substance, placée, il est vrai, sur un plan de réalité inférieur à celui de l'être individuel, notre philosophe pensait fournir aux notions des mathématiques un fondement réel et solide, inconnu, disait-il, des autres savants ^ Par cette théorie, comme par la fusion des deux physiques en une seule, il était ainsi en mesure de justifier l'attribution d'une vérité absolue à une hypothèse d'astronomie : il suffisait pour cela que cette hypothèse pût s'accorder avec les principes généraux posés par le panpsychisme pour l'explication des réalités naturelles, et nous avons vu justement par quelles modifications de la doctrine de Télésio Campanella avait réussi à fonder cet accord.
Quels sont maintenant les motifs pour lesquels notre philosophe a fini par s'enthousiasmer pour la nouvelle théorie des mouvements célestes, au point de penser qu'en interdire le développement et la propagation, c'était interdire le christianisme même, tel qu'il le concevait ? — Lorsqu'on examine l'astronomie fantaisiste qu'il professe avant de connaître les découvertes de Galilée, on s'aperçoit facilement que ce qu'il recherche dans cette science, c'est beaucoup moins une explication mathématique et rationnelle des révolutions sidérales, destinée à satisfaire une curiosité purement théorique, qu'une divination des destinées politiques et religieuses de l'humanité, et une confirmation , par l'interprétation de l'état du ciel, de ses prédictions relatives à la fin du monde, à l'âge d'or, et à tout l'ensemble de ses rêves millénaires. Astrologue, il connaît la diminution lente, mais graduelle, de l'obliquité de l'écliptique, observée peut-être depuis 1100 ans avant Jésus-Christ, et étudiée de son temps avec précision par Tycho-Brahé. Il n'ignore pas non plus la précession des équinoxes et des solstices, dont il attribue la découverte à Hipparque. Enfin il sait que les astronomes ont observé la diminution presque insensible des
intuitives sur l'unité du monde, l'âme universelle, et l'immanence des lois naturelles. Celles de Kepler et de Galilée, autrement sérieuses, ou, si l'on préfère, autrement positives, étaient (Duhem, o. c, p. 139-140) la conviction de l'unité de la mécanique, et la préoccupation de représenter et d'expliquer par un ensemble unique de lois et de formules mathématiques tous les mouvements et tous les phénomènes de l'univers.