Phil. rat., Poetica, lib. unus, cap. II, art. II, p
l'esthétique de campanella 257
et fraîche est jugée belle parce qu'elle présente à un très haut degré tous les signes qui sont des promesses de longue vie, et qui la révèlent éminemment capable de conserver et de nourrir la semence vitale qui lui est confiée, et de procurer les joies de l'amour. Mais l'homme est plus beau que la femme parce qu'il présente des marques de force et de sagesse plus nombreuses, et c'est pourquoi il est plus aimé qu'il n'aime lui-même ^
Si maintenant au lieu des signes extérieurs et des anticipations fondées sur ces signes, on considère la jouissance actuelle, immédiate et directe, la qualification de l'objet qui la produit perdra tout caractère esthétique : il sera dit alors non pas beau, mais bon ou agréable. On nomme belles par exemple les choses connues par les sens qui, comme l'ouïe et la vue, communiquent de loin avec leurs objets, ou encore en restent distincts, comme l'intelligence et le sens interne. Les objets des autres sens, comme le sens génésique, sont au contraire appelés bons ou délicieux, parce qu'ils sont étroitement unis à ces sens. En dehors de Toreille, la mélodie est dite belle ; dans l'oreille, elle est dite suave. L'amour jouit du bien, il admire la beauté. « Bontà fruisce Amor, hellezza ammira^ », La jouissance esthétique consiste essentiellement dans l'admiration.
Si une chose est belle lorsqu'elle révèle au dehors sa parfaite adaptation aux quatre fins de conservation de l'homme, ou même des autres êtres, à plusieurs de ces fins, ou à l'une d'entre elles, elle est laide au contraire lorsque sa forme extérieure indique un défaut d'adaptation et un manque d'harmonie. Sont laids par exemple les gestes désordonnés, les membres inférieurs mal conformés pour la marche, les nez tordus impuissants à appréhender les odeurs, les sons stridents, qui déchirent l'esprit vital et en dispersent les éléments, au lieu de favoriser son mouvement et son expansion. Ainsi la laideur est l'apparence extérieure du mal, comme la beauté est l'apparence extérieure du bien ^.