c, p. S9 et
3. 0. c, p. 61 ; — Poetica, lib. unus, cap. II, art. VII, p. 111 et art. II, p. 98.
258 l'esthétique de campanella.
Par une conséquence logique, que Campanella ne manque pas de déduire de sa théorie, le beau et le laid, étroitement liés au bien et au mal, participent à leur relativité essentielle. Suivant que l'on considère telle ou telle forme de la conservation, tel ou tel être, telle ou telle opération du même être, telle ou telle catégorie de sensations, la même chose peut sembler bonne ou mauvaise, et par conséquent belle ou laide ^ La beauté absolue n'existe que dans l'ensemble de la création, considérée en elle-même, parce que toute chose y sert à quelque usage, auquel elle est parfaitement adaptée, et joue un rôle dans la vaste comédie dont Dieu a voulu se donner le spectacle. De ce point de vue le laid absolu n'existe pas : dans l'univers, pénétré d'une finalité divine, les maux et les laideurs représentent de beaux masques ^. En revanche, par rapport à l'homme, le laid et le beau absolu existent d'une certaine manière, du moins à titre de laideur partielle et de beauté partielle. Pour nous, Adam, fait de la main de Dieu, est absolument beau ; Zoïle, mal conformé physiquement et moralement, est absolument laid '. Néanmoins la constitution physiologique individuelle introduit nécessairement des différences dans l'appréciation esthétique des objets. Les hommes préfèrent des mélodies graves ou légères, âpres ou douces, suivant que leur esprit vital est plus grossier ou plus ténu, plus robuste ou plus débile *. La subjectivité du sentiment esthétique a ici la même cause que la subjectivité inhérente à toute sensation.
La beauté dans l'art est-elle identique pour Campanella à la beauté dans la nature ? — L'art, entendu au sens esthétique du mot, est une forme spéciale de l'art en général, qui n'est pas autre chose que la nature extériorisée, de même que la nature est l'art intérieur des choses. Toutes les techniques artistiques : la peinture comme la poésie, et la musique comme
1. Poetica, lib. unus, cap. II, art. II, p. 99 : Quapropter eadem sant pulchra et turpia, bona et mala, aliis atqne aliis comparata conservationibus, et sensibus considerantium.
2. Poésie, ediz. Gentile, p. 63 et 64 ; — Met., pars III, p. 203, lib. XVI. cap. II, art. II.