‹ CampanellaChapitre 149 sur 300 · c. p. 58 ; — Poetica, cap. II, art. II, p · texte numérisé non relu

c. p. 58 ; — Poetica, cap. II, art. II, p

260 l'esthétique de campanella

rapport indirect. La musique pourtant fait exception à la règle, et diffère profondément à cet égard des autres techniques artistiques. Imitant le rythme de notre esprit vital, la mélodie et le mètre poétique contribuent directement, en eux-mêmes, et immédiatement, à notre conservation. Cet esprit en effet se complaît dans le mouvement, en vertu de sa nature même qui l'incite à circuler rapidement le long des canaux nerveux, afin de mouvoir les organes du corps et de diriger toutes les opérations de la vie physiologique. Or les chants et les sons des instruments de musique sont des mouvements transmis par l'air jusqu'au tympan, qui les met en communication avec l'esprit. Composés uniquement de notes trop graves, comme le bruit des canons, ils refouleraient l'esprit dans les cavités du cerveau, en agissant sur lui comme un fouet, et ils détruiraient sa symétrie. Composés uniquement de notes trop aiguës, ils le lacéreraient, le morcelleraient, et en modifieraient profondément la disposition, en le divisant en petites parties dispersées de tous côtés. La mélodie au contraire est composée de sons moyens ; la musique mêle les notes graves aux notes aiguës, en sorte que les unes remuent, les autres pénètrent, d'autres caressent ou chatouillent l'esprit vital, mais toujours le meuvent d'une manière utile à sa conservation ^ ce qui explique l'intensité de la jouissance que l'art musical lui procure.

Celle-ci donc n'a pas pour origine le nombre, et l'ordre des rapports (numériques, mais l'action physique exercée sur l'âme qui par l'audition des chants ou des sons des instruments est purgée, fortifiée, nettoyée des vapeurs qui l'infestent, et favorisée dans son expansion et dans l'accomplissement des opérations organiques. C'est ainsi que dans la musique le plaisir esthétique n'est pas, comme dans les autres arts, un plaisir par accident et extérieur : il résulte immédiatement de la conservation de l'esprit vital 2. De là pour Cam-

1. Poetica, cap. II, art. II, p. 99 à 101 ; — Poésie, ediz. Gentile, p. 60. — Signalons ici {Poetica, cap. II, art. II, p. 100) un essai de Campanella pour rapprocher la théorie des saveurs de celle des sons. Il compare le mélange des sons aigus aux sons graves dans la mélodie au mélange de l'huile et du vinaigre dans la salade. Séparés, ces deux liquides déiilaisont. Rcunis, ils font comme « une musique sur la langue ».

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