‹ CampanellaChapitre 15 sur 300 · c, t. II, p. 316-321 ; t. III, doc. 134, p · texte numérisé non relu

c, t. II, p. 316-321 ; t. III, doc. 134, p

sa république était une entreprise subordonnée à l'accomplissement des présages et des prophéties ^ La troisième fois, le 18 juillet de la même année, pendant qu'on lui appliquait la torture de la corde ou de l'estrapade, il se mit à prononcer des paroles incohérentes, feignant de ne pas comprendre les questions qui lui étaient posées '. Enfin, la quatrième fois, le 4 et le 5 juin 1601, résolu à ne pas se départir de l'attitude qu'il avait eu l'énergie de conserver pendant presque une année toutes les fois qu'il se trouvait en présence de ses juges ou de ses geôliers, il affronta avec courage, en continuant à simuler la folie, le terrible tourment de la « veglia », infligé pendant 36 heures, à quatre reprises différentes, et pendant lequel, d'après ses dires, il perdit deux livres de chair et vingt livres de sang ^. C'est ainsi que malgré les informations précises qui avaient mis les inquisiteurs au courant de son véritable état mental, le philosophe put bénéficier de la jurisprudence du temps qui plaçait la torture au-dessus de toutes les autres preuves, en sorte que, reconnu officiellement fou, il échappa, conformément aux règles juridiques en vigueur dans le droit ecclésiastique, à la sentence de mort suspendue sur !a tête des hérétiques relaps*.

Quelle fut donc, après 1603, la cause de sa longue délenlion? D'abord il doit purger dans les cachots du Saint-Office la peine de l'emprisonnement perpétuel à laquelle il a été condamné. Ensuite son procès politique, qui au début de son incarcération a subi les mêmes retards que le procès d'hérésie, est par la suite ajourné, différé, et finalement oublié par les vice-rois cl les nonces pontificaux qui se surcèdeiil à Najiles, et qui se soucient moins du sort de leur prisonnier que de la sauvegarde de leurs droits juridictionnels respectifs. C'est ainsi que Campanf'lla, traité avec ime rigueur ou une indulgence qui alternenl irrégulièrement suivant le caractère des gens au pouvoir ou l'influence de ses protecteurs successifs, s'efforce en vain.

1. 0. c, t. II, p. 61 à Gfj. — La seconde application de cette torture ne fut, selon l'usage, qu'une simple formalité, destinée à la conûrmation juridique des premiers aveux.

-i^ CAMPAXELLA DANS SA PRISON DE NAPLE5

pendant de longues années, d'obtenir l'expédition de sa cause, espérant que ses nouveaux écrits, favorables à l'Espagne et à la Papauté, lui vaudront un acquittement immédiat.

Jamais l'activité philosophique de Campanella ne fut plus féconde que pendant les 27 années de sa détention. Malgré les persécutions que lui attirent encore de nouvelles dénonciations et surtout les soupçons provoqués par ses livres et par ses lettres, il ne se lasse pas de remanier, de compléter, ou même de récrire en entier les ouvrages déjà rédigés avant son emprisonnement, et qui lui sont parfois dérobés ou confisqués; il en commence et il en achève de nouveaux, de dimensions souvent considérables, comme la Métaphysique et les Quaestiones PhysioJogicae. Lorsque s'adoucit pour lui la rigueur de la captivité, il enseigne même sa doctrine à des disciples, comme ce Failla qui devait travailler à sa libération^; il reçoit des visites d'hommes éminents. Allemands ou Italiens, attirés vers lui par la réputation que lui ont value en Europe tant ses premières publications que la riche correspondance qu'il entretient avec des savants, des prélats, ou des princes de tous pays. Aux heures plus sombres du château Saint Elme, au fond d'un cachot souterrain où le soleil ne pénètre jamciis, il compose, pour raviver dans son cœur et dans son esprit la flamme de l'espoir, de l'optimisme religieux, et de la foi dans sa mission divine, des vers durs et concis où s'exprime toute la ferveur de sa passion ainsi que la farouche tension de son intelligence et de sa volonté vers une idée et une fin unique, dont aucune force au monde ne pourrait le détourner.

Quelle est cette idée, et quelle est cette fin ? Les mêmes qu'avant la révolte de Calabre. Rien d'essentiel n'est changé dans les conceptions et les projets du philosophe. Seulement c'est de la monarchie d'Espagne, des Habsbourg et de la Papauté, aidés de ses conseils, de son enseignement et de ses miracles, qu'il déclare maintenant attendre la réalisation de son rêve millénaire d'unité politique et d'établissement universel de la religion naturelle. Encore cette retouche de ses plans primitifs, inspirée manifestement par les besoins de son apologie personnelle, et par le désir d'obtenir sa grâce, con-

Page 1