‹ CampanellaChapitre 152 sur 300 · I. — La primauté de la connaissance de soi · texte numérisé non relu

I. — La primauté de la connaissance de soi

ET l'identité de l'ÊTRE ET DU CONNAITRE

La notion sur laquelle repose toute la métaphysique de Campanella est celle de la primauté de l'intuition de soi sur toute autre forme du savoir. L'absence de cette théorie dans le Compendium de rerum natura (1595) indique donc nettement que le philosophe, après avoir adopté sans le modifier très sensiblement l'empirisme naturaliste de Télésio, s'est efforcé par la suite de le concilier avec l'affirmation d'une pensée indépendante de l'expérience sensible et de l'action physique des objets extérieurs. Quelles sont les causes de cette évolution d'idées, qui aboutit vers 1602-1603 à la formation d'une métaphysique nouvelle ?

Elle semble avoir été déterminée principalement dans l'esprit de Campanella par la conscience des difficultés qu'il rencontrait à concilier avec une doctrine sensualiste du savoir les dogmes les plus essentiels de la religion naturelle, et plus particulièrement la croyance à l'immortalité de l'âme. Ce qui tendrait à le prouver, c'est que dans le De sensu rerum, avant de démontrer l'immortalité, le philosophe avoue que cette affirmation est sérieusement compromise quand on explique par le seul esprit vital, substance purement corporelle, toutes les fonctions de la vie et de la connaissance ^ C'est aussi qu'au

1. De sensu, 1637, lib. II, cap. XXIX, p. 101 : Omnes rationes quibus spiritum paasibilem corporcumque ostendimus et mortalem contra humanam militant mentem, etc.

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début de VUniversalis Philosophia, il déclare s'être décidé à fonder une nouvelle métaphysique à partir du jour où, errant loin de Dieu, il a été ramené par les fouets de la torture à la voie du salut et à la connaissance des choses divines ^

Pourtant ce serait, croyons-nous, commettre une grave erreur que de considérer la rupture, du' reste partielle, de notre philosophe avec les idées de Télésio comme une rupture brusque et artificielle, et comme une palinodie, inspirée des mêmes motifs que les protestations d'attachement au catholicisme et à la monarchie espagnole qu'il introduit à la même époque dans ses écrits politiques.

En 1595 en effet Campanella, qui a écrit ou qui va écrire bientôt des ouvrages tels que le De regimine Ecclesiae, le De Monarchie Christianorum, les Discorsi universali del Governo eccJesiastico, et le Dialogo politico contro i Luterani, a déjà choisi pour but de son activité philosophique la réforme du christianisme et l'établissement universel de la religion naturelle. Même dans le Compendium, ouvrage de pure physique, la préoccupation religieuse de l'auteur est visible : il y affirme l'unité du culte divin, cachée derrière la diversité extérieure des rites, et il y présente Dieu comme la fin suprême de l'être humain 2. Si nous avons donc de sérieux motifs de douter de l'orthodoxie catholique de ses opinions à cette époque de sa vie, nous n'en avons aucun en revanche de suspecter et de contester la sincérité et la ferveur de ses sentiments déistes, et par suite nous avons le droit d'admettre que ceux-ci ont pu exercer une influence sur l'évolution de sa pensée dans un sens opposé au strict naturalisme, à partir du moment où il s'est aperçu que ses plus chères croyances étaient compromises par certaines conséquences extrêmes déduites de cette doctrine.

Mais en dehors même de ses vues religieuses, le développement interne et spontané de son système philosophique aurait suffi peut-être pour conduire Campanella à une nouvelle théorie de la connaissance, favorable, malgré l'empirisme de son point de départ, à la doctrine innéiste de la primauté de la conscience de soi. Pour s'en rendre compte il importe

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