‹ CampanellaChapitre 163 sur 300 · Met., pars I, p. 102, lib. II, cap. III, art. II · texte numérisé non relu

Met., pars I, p. 102, lib. II, cap. III, art. II

genres de Platon, elles président à la formation des connaissances abstraites et générales V L'universel assurément n'existe pas dans la nature, où il n'y a pas d'homme ou d'animal universel. Mais l'Idée a en Dieu une existence réelle. Elle est le modèle que chaque être tend à réaliser, le sceau que l'art divin applique sur une infinité d'objets réels. La définition de l'homme comme « animal raisonnable » est donc une définition par des principes idéaux qui sont aussi dans l'intellect divin, premier artisan de toutes choses, dans lequel notre intellect les contemple ; car cet intellect divin est en nous, mais nous ne nous en apercevons pas, notre âme ne se connaissant elle-même que par une connaissance cachée '^.

Ainsi se précise la nature de ces notions originelles pour lesquelles l'expérience n'est qu'une occasion de se manifester et de se spécifier. Ces notions, ce sont les Idées ; mais, pour sauvegarder la distinction entre Dieu et l'être créé, entre l'auteur et le spectateur de la nature, en même temps que pour maintenir, avec la limitation de notre être, la nécessité de l'expérience dans la connaissance, Campanella refuse à l'âme humaine la possession intégrale et l'immédiate intellection des essences. Ce n'est pas en elle-même, c'est en Dieu que notre âme contemple les Idées ', à Voccasion des actions qu'elle reçoit des objets. — Seulement Dieu est en elle, comme il est en toute créature, encore que sa présence intérieure reste la plupart du temps inaperçue, et par suite, pour elle, la contemplation des modèles éternels des choses s'identifie en un sens avec le sentiment qu'elle a de son être propre.

i. Met., pars III, p. 118, lib. XIII, cap. II, art. V : Idea ergo in omnibus, licet ignota, confert ad scientiam.

2. Met., pars III, p. 127, lib. XIII, cap. III, art. I : Non enim datur animal nequc homo commuais in natura, scd idealiter, quoniam datur idea, instar cuju.s fiunt animalia : propterea ly animal rationale est definitio per principia idealia, quae etiam sunt in intellectu primo opifice rerum omnium in quo noster intellectus ista intuetur : est enim ille in nobis, sed nos minime adi^ertimus . Nam neque seipsam novit anima, nisi abdita notitia, ut dlctum est.

3. Disputationes, Parisiis, 1C37, Physiologia epilogistica, rap. XIII, art. V, p. 96 : Contemplari tanien ideam quae est multiplex participabilitas primae ideae proprium munus est mentis a Deo inditae, quae e.xcitatur ad intelligentiam idearum ob similitudincm quam in bis ideis invenit quae in spirilu sunt apprehendcntc communitates rerum.

C'est ainsi que dans un esprit qui paraissait d'abord réduit à la seule intuition de soi-même comme être particulier et individuel, se trouve garantie la conformité de ses notions à la réalité extérieure, et leur extension à tous les autres êtres par voie d'assimilation. Si l'âme peut devenir toutes les autres choses, c'est que par la présence en elle de Dieu, qui est son principe, elle est réellement en un sens toutes les autres choses, comme Dieu lui-môme dans sa réalité éminente, à condition qu'elle contemple dans leur source, qui est aussi la sienne, les Idées qui ont présidé à leur création et dirigent encore leur génération et leur devenir. — La solution donnée par Campanella au problème de la valeur objective de la connaissance, ce n'est pas à proprement parler celle de Descartes : le recours à la véracité divine ; c'est bien plutôt la vision en Dieu de Saint-Augustin ^ et de Malebranche. Si singulier et si contradictoire que cela apparaisse dans un système où l'universelle interaction est considérée comme la loi du monde physique et du monde mental, la conciliation entre la notion innée et l'expérience sensible s'y réalise dans une théorie de la connaissance qui a beaucoup de traits communs avec l'occasionnalisme. —

1. Met., pars II, p. 244, lib. X, cap. I, art. IV : Tu enim, inquit S. Augustinus, vides hanc veritatem, et ego video hanc veritatein ; nec tu vides in me, nec ego in te, ergo in uno tertio maxime vidente et omnia docente.

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