Met., lib. VII, cap. VI, art. II, pars II, p
l'immortalité de l'ame 295
privilégiée du savoir par lequel l'homme comprend que les choses ne sont pas telles qu'elles lui apparaissent. Mais l'allusion est transparente. Campanella songe évidemment au. pouvoir que possède le jugement de s'affranchir de la subjectivité de la sensation, et de connaître, au-delà des apparences, les choses telles qu'elles sont, par l'usage d'un « discours mental » (discursus mentalis) qui se poursuit à l'infini, de similitude en similitude, en s'appuyant sur la garantie de vérité fournie par la ressemblance des choses aux Idées. Les textes sont nombreux en effet où le philosophe explique la fécondité de ce discours, et en général de l'invention scientifique, par l'action d'une imagination propre à l'âme immatérielle, et qui collabore avec l'esprit vital, dont elle perfectionne les opérations ^ — Quant à l'intellection des Idées, il en fait la fonction propre de cette âme {mens). « L'intellection de l'Idée considérée en tant que sceau est propre à l'âme incorporelle; celle de l'Idée en tant qu'objet marqué du sceau est propre au sens intérieur » 2. Les ressemblances physiques des objets, appréhendées par l'esprit vital, jouent ici seulement le rôle de causes occasionnelles ; elles servent à exciter l'âme à la contemplation des Idées dans l'entendement divin. « Contempler cependant l'Idée qui est la « participabilité » multiple de l'Idée première, est la fonction propre de l'âme introduite dans l'homme par Dieu (mentis a Deo inditae), qui est excitée à l'intelligence des Idées par l'effet de la similitude rencontrée dans les idées qui sont dans l'esprit vital lorsqu'il appréhende les traits communs des choses » '. — L'immatérialité et l'immortalité de l'âme se trouvent ainsi directement rattachées à la nouvelle doctrine de la connaissance.
1. Ath. tr., 1636, cap. VII, p. 65 ; — De sensu, 1637, lib. II, cap. XXX, p. 109 ; — Met., lib. V, cap. I, art. III, pars I, p. 344 : Quapropler imaginatio mentalis, non sensualis, est inventrix scientiarum per ideationem. — Disputationes, Physiol. epilog., p. 109, cap. XVI, art. 1 : Sed [mens] supra solem et cœlestia corpora in infinitum suam intellectionem et per gyrum quorsum libet extcndit in momento temporis, mille raundos pénétrât, immo et facit imaginatione propria, non spiritu, licet cum spiritu.
2. Real. phil. epilog., 1623, Physica, cap. XVI, art. 6, p. 18S. — Cf. Disputationes, Physiol. epilog., cap. XIII, art. 5, p. 97.