‹ CampanellaChapitre 171 sur 300 · Ibidem, p. ISfi · texte numérisé non relu

Ibidem, p. ISfi

302 l'infinité divine

minations particulières du savoir s'expliquent seulement par son essence. — Si l'on comprend bien ces deux comparaisons avec l'espace et avec la pensée, on aura une idée juste de l'amplitude, de l'ubiquité, de l'immensité, bref de l'infinité divine, et on admettra avec la théologie négative que Dieu, précisément parce qu'il est « tout nom et toute nature », n'est en même temps « aucun nom ni aucune nature » ^ Mais ne va-t-on pas rencontrer de nombreuses difficultés quand il s'agira d'expliquer par des déterminations de cette essence première la production des êtres particuliers ?

Si tous les êtres de la nature procèdent de l'Etre absolu qui est en eux en tant qu'ils sont des êtres, la création n'est-elle pas une inconcév-able limitation de la divinité P Et quel peut être le principe de cette limitation, sinon le principe du mal admis par les Manichéens ? De toute façon, l'Etre infini ne saurait être limité par lui-même. Le serait-il par le néant ? Mais comment concevoir que le néant oppose à l'action divine un empêchement quelconque ?

A celte objection une seule réponse est possible : « L'Etre infini ne peut être empêché, parce que Dieu est en Dieu, mais quant à l'être fini, il est nécessairement empêché d'être infini, puisqu'on dehors de Dieu, on ne peut trouver d'être infini » ^. Le principe de la limitation de l'être particulier est donc dans l'essence de l'être particulier lui-même. Ce n'est pas Dieu qui lui donne le non-être. Prenons l'homme pour exemple. Dieu lui a donné d'être l'homme, mais il ne lui a pas donné de n'être pas la pierre, parce que ce non-être était déjà inhérent à son essence 2; il a donc donné à l'homme tout ce qu'il possède d'être, mais non pas ce qu'il possède de non-être : à cet égard il a agi non comme une cause « effectiva et effusiva », mais comme une cause « ordinativa et permissiva » *. — En d'autres termes, le fini ne pouvait être l'infini, la nature créée ne pouvait être Dieu, et si l'on admet que la création devait être et qu'en fait elle est, il faut reconnaître que Dieu, étant

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