‹ CampanellaChapitre 172 sur 300 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

l'infimté divine 303

le seul être infini possible, ne pouvait réaliser en elle qu'un mélange de perfection et d'imperfection, d'être et de non-être.

Mais comment ce mélange est-il intelligible ? Les contradictoires s'excluent. L'affirmation est incompatible avec la négation. Par suite la composition des choses particulières par la fusion de l'être et du non-être semble absolument incompréhensible : elle est transcendante, et non physique ^ C'est le fait même et le mystère de la création. L'existence du nonêtre est-elle au moins explicable ?

Elle semble exclue à vraie dire par l'existence de l'être infini : en dehors de lui, elle le limiterait ; en lui elle l'empêcherait d'être intégralement, purement et simplement l'être. Elle est, a-t-on dit, inhérente à l'essence de l'être particulier ; mais toutes les essences sont en Dieu ; le non-être existerait-il donc au sein même de l'Etre infini ^ ? — Il importe de bien comprendre ici le genre particulier d'existence qui est attribué au non-être : nous ne le connaissons, nous ne le nommons que par l'être ; aucune copule spéciale n'existe pour l'affirmer'. Il est donc négativement, et non positivement. Il est non pas en tant qu'il donne, mais en tant qu'il supprime : donner le non-être en effet, c'est supprimer Têtre. Le non-être a donc préexisté nécessairement à la création, mais il y a préexisté en niant et non en posant l'être. Cette négation de l'être équivalait pour le non-être à se poser luimême * ; c'est en cette négation que consistait et que consiste encore son existence propre. Dès lors, lorsque nous disons que le non-être n'est pas, ces mots : n'est pas peuvent être compris de deux façons : du point de vue de l'essence et du point de vue de l'existence : « Du point de vue de l'essence, la proposition est vraie, parce que l'essence du non-être consiste à ne pas être ; du point de vue de l'existence au contraire elle est fausse, parce que dans le monde on découvre cette vérité que beaucoup de choses ne sont pas, et que l'homme n'est pas un âne, et qu'il n'y a pas plusieurs soleils » ^.

^ Met., lib. VI, cap. III, art. III, pars II, p. 13.

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