Ibidem
304 l'infinité divine
Il y a une dernière difficulté, du point de vue religieux la plus grave. Si le monde n'était pas avant la création, son non-être ne limitait-il pas la puissance infinie de Dieu ? — Mais de quoi le non-être privait-il Dieu, — à qui est inhérente la vertu de création, de direction, et de domination, — sinon simplement d'une domination extérieure, et d'un acte qui en lui n'a pas d'autre signification qu'une relation de raison ? Par cette réponse Campanella semble admettre l'idée d'une création liée de toute éternité à l'essence de Dieu. Dans d'autres passages il paraît incliner, sans en prendre peut-être une conscience bien nette, vers l'hypothèse d'une création nécessaire. C'est qu'il s'agit alors d'expliquer pourquoi le nonêtre dans le monde est infini, et surtout comment il peut être un principe, puisqu'il a commencé à être en même temps que le monde ^ Autrement dit, de même que Plotin devait rendre compte de l'existence de la matière sans recourir à un autre principe que l'Un, et en évitant autant que possible le dualisme, de même Campanella doit expliquer la création et par conséquent le non-être par la seule réalité de Dieu, De là les analogies de sa doctrine avec la procession néo-platonicienne. — Il faut qu'un lien nécessaire relie l'existence du non-être à celle de Dieu. S'ensuit-il que, l'existence d'un non-être infini étant posée par la position même de la réalité de Dieu, la création soit le résultat nécessaire du mélange de ces deux infinis ? Campanella ne le dit pas. Pourtant il admet que la position de Dieu comme être infini, en excluant l'existence d'un autre Dieu infini, entraînait la position d'un non-être infini, en vertu de la loi par laquelle le non-être exclut l'être opposé et se pose lui-même : « C'est ainsi que l'être infini, c'est-à-dire un autre Dieu, était exclu par un néant pareillement infini » ^.
Ainsi, en choisissant pour bases de son système les oppositions logiques, Campanella risquait de communiquer à son