‹ CampanellaChapitre 174 sur 300 · Met., lib. VI, cap. III, art. VII, p. 16 et · texte numérisé non relu

Met., lib. VI, cap. III, art. VII, p. 16 et

2. Met., loc. cit., p. 17 : Et quia non erat alter Deus infinitum Ens, et rêvera non erat alter Deus : ergo rêvera praefuit, et est Nonens infinitum, ea ratione qua nonens excluait oppositum ens et ponit se. Ens enim infinitum, qui est alter Deus, excluditur pqr Nihilum pari ter infinituni.

explication du monde le caractère de nécessité qui y est inclus. De l'être dérive le non-être, du non-être et de l'être les êtres créés. Où se .place l'action de la personnalité et de la liberté divine ? — Lorsque l'aifleur de la Métaphysique veut préciser la dérivation progressive des êtres, en partant du premier principe, il ne paraît pas procéder autrement que les néoplatoniciens. Comme eux il distingue des chaînons successifs, marque les étapes, et ainsi que le remarque Franck, c'est à travers « une suite interminable de figures, de schèmes, de types intermédiaires » que « l'être des êtres ou la Trinité ineffable se révèle ». Cet auteur ajoutait même que dans la Métaphysique, « on trouve devant soi une vaste construction panthéiste, où le dogme chrétien se débat péniblement à la surface » ^ Pourtant on y discerne un effort pour réserver dans le système la part du vouloir divin et du mystère religieux. L'être ne s'y combine avec le non-être que par une opération dont le secret échappe à l'entendement humain. La mesure du degré d'être que le monde créé était capable d'atteindre dépasse les forces de notre esprit '', et tout argument est nécessairement caduc et sans portée par lequel on reproche à Dieu d'avoir laissé s'introduire dans le monde tant de mal et tant de néant. Quel est le vrai sens de cette théorie ? Nous le comprendrons mieux quand nous aurons examiné les pensées que Campanella développe sur les catégories ou « prédicaments » et sur les « Primalités » de Dieu.

IL — Les Catégories

Y a-t-il dans le système de Campanella une déduction des catégories ? Pour nous en rendre compte, examinons sa théorie des prédicaments génériques et des prédicaments transcendentaux.

Les premiers prédicaments, sous lesquels se classent toutes

1. Adolphe Franck, Héformateurs et publicistes de l'Europe, Dixseptième siècle, .Article sur Campanella, p. 168, (Paris, 1881, Calmann- Lévy).

2. Met., pars II, p. 144, lib. VII. art. V du cap V : Quare autem non dédit [Deus] plus esse, quis intMliget .'

les « prédications » relatives aux genres, se distinguent les uns des autres par la diversité, qui est une dissemblance du premier degré, et dont la contrariété (chaleur et froid) est un exemple typique. Ces prédicaments intéressent surtout la logique. Sous les prédicaments transcendentaux, qui intéressent plutôt la métaphysique, se classent toutes les prédications relatives aux termes transcendants, c'est-à-dire aux termes qui, au-dessus des genres, occupent le plus haut degré dans l'échelle des abstractions et embrassent toutes les relations de communauté possibles entre les objets. Dès lors ce n'est pas par la diversité, mais par une dissenjblance du deuxième degré appelée disparité que ces prédicaments se distinguent ; car il y a plusieurs sortes de dissemblances : la contrariété, la diversité, etc., et par suite il existe aussi une dissemblance des dissemblances, qui est justement la disparité ^

L'ordre des prédicaments génériques paraît assez arbitraire. Chacun d'eux est en outre défini d'une manière toute scolastique, et c'est la partie la plus ingrate de la philosophie de Campanella. Pourtant, dans la Métaphysique, il y a au moins une ébauche de justification de l'ordre adopté pour les prédicaments transcendentaux. De plus, Campanella fait correspondre à chacun de ceux-ci un prédicament générique, et c'est bien la théorie de l'être et du non-être qui préside à la distribution des places dans la hiérarchie.

L'essence (essentia) non de l'être total, mais de l'être par participation, est le premier prédicament transcendental, auquel correspond dans les prédicaments génériques la substance (substantia). Mais l'essence ne se détermine que par la « fînitude » ifinitudo), qui est le second prédicament transcendental auquel correspond, dans les prédicaments génériques, la quantité (quantitas). Viennent ensuite huit autres couples de prédicaments, dont le premier terme est toujours transcendental, et le second toujours générique ; la qualité (qualitas) et la forme (forma) ; — la force (vis, virtus), et la faculté ou puissance (facultas, potentia, vis) ; — l'acte (actus) et l'opération (operatio, actus) ; — la communication (communicatio) et

1. Met., lib. II, cap. XV, pars I, p. 289 à 304 ; — lib. II, cap. III, art. IX, pars I, p. 132.

l'action (actio) ; — la réception (receptio) et la passion (passio) ; — r « existentialité » ou circonstance (existentialitas, circumstantia) et l'accident (accidens, circiwistantia) ; — l'unité (unitas) et la similitude (similitudo) ; — la multitude ou nombre (^multitudo, numerus) et la dissimilitude {dis similitudo) .

L'influence du non-être, en limitant l'essence, lui confère la « finitude ». Mais celle-ci n'est possible que par la diversité qualitative des êtres finis, à laquelle correspond dans les genres la modification de la quantité réalisée par la forme. La qualité suppose à son tour un mode spécial d'existence qui entraîne une vertu, une force, se réalisant en un acte. De même la forme entraîne une puissance qui passe à son tour à l'acte (actus), c'est-à-dire qui opère (operatio). D'autre part, dans un monde d'être finis de qualités et de forces différentes, qui se limitent mutuellement, l'acte de la puissance agissante et l'opération de la forme ne vont pas sans une communica tion de la qualité, par laquelle l'être fini répand sur les autres sa ressemblance : c'est la communication de la forme qui s'appelle action dans les prédicaments génériques. Leurs corrélatifs sont la réception et la passion. L'influence du non-être ajoute ensuite à l'essence finie une détermination complémentaire qui est 1' « existentialité » ou accident. Enfin, comme dans toutes ses opérations chaque essence est à la fois une et semblable à elle-même, mais s'oppose aussi aux autres par des dissemblances, l'unité ou ressemblance, et la multitude, le nombre, ou dissemblance, doivent compléter la liste des prédicaments ^

Exception faite pour ces deux derniers couples de catégories, on a bien, quand on passe de l'un à l'autre, l'intuition vague d'un mouvement par lequel la nature de l'essence va se déterminant peu à peu, en s'avançant de plus en plus, par une sorte de dégradation progressive, dans le monde du non-être et du devenir. Néanmoins ce n'est pas dans cette table des prédicaments qu'apparaît avec le plus de netteté la pensée de Campanella sur les rapports et l'ordre des concepts premiers. Les vraies catégories, celles dans lesquelles s'expriment vraiment les relations de l'être et du non-être, ce sont

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