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Ibidem

2. Adolf Trendelenburg, Historische Beitràge zur Philosophie, Berlin, 1846, G. Bethge, Bd. I : Geschichte der Kategorienlehre, s. 256. — L'auteur ne parle pas des prédicaments transcendentaux. Il ne discerne pas l'importance des catégories de la ressemblance et de la dissemblance.

3. Fiorentino, Telesio. t. II, cap. X et XI, p. 164, 165, 202.

nel de la synthèse de l'être et du non-être pour préparer les voies à l'affirmation religieuse. Le même caractère se rencontrera-t-il dans la doctrine des « Primalités » ?

in. — La doctrine des primautés et des cinq mondes

Toutes les spéculations de la physique, de la logique, de la morale et de la métaphysique aboutissent, dans le système de Campanella, à la doctrine des Primalités, qui est pour ainsi dire le carrefour- central où toutes les routes que peut suivre la pensée philosophique viennent se croiser et converger.

La réalité de Dieu, source éminente de tout pouvoir, de toute pensée, et de toute activité, peut être envisagée sous trois aspects : il est, à un degré infini, la Puissance, la Sagesse et l'Amour. Néanmoins, la distinction de ces trois Primalités, qui correspondent aux trois personnes de la Trinité chrétienne, n'altère nullement l'unité et l'indivisibilité de l'Etre absolu. Chacune en effet, considérée à part, est identique à l'être même. L'être est parce qu'il peut être, il est parce qu'il pense ; il est parce qu'il veut être. Si la primauté ontologique revient à la Puissance, ce n'est pas en vertu d'une antériorité temporelle : la Sagesse et l'Amour sont au contraire, au même litre qu'elle, contemporaines de l'être ; seulement il y a au sein de Dieu et par suite au sein de toute réalité finie une espèce de procession qui fait sortir de la Puissance la Sagesse, puis de la Sagesse l'Amour, en sorte que la deuxième et la troisième Primalité dépendent toutes deux de la première. L'Amour en dépend même doublement, d'une manière directe et d'une manière indirecte : l'être aime parce qu'il connaît, il connaît et il aime parce qu'il peut connaître et aimer ^ Si de Dieu nous passons maintenant à la création, nous devons considérer toute existence singulière et finie comme constituée par des degrés divers de Puissance, de Sagesse et d'Amour. La réalité de l'Etre infini déborde pour ainsi dire sur les autres êtres, et les fait exister, en leur communiquant à tous,

i. Ath. tr., 1636, cap. XI, p. 140 ; — Met., lib. VI, cap. XI, art. I. pars II, p. 83 sqq.

sans rien perdre de sa propre essence, les richesses contenues dans sa nature. Il s'ensuit que tout être s'aime lui-même, et en s'aimant, aime l'Etre, se connaît lui-même et en se connaissant connaît l'Etre, possède enfin un pouvoir d'action sur lui-même, donc sur l'être.

Les conséquences se devinent immédiatement : puisque l'être est identique à la connaissance, tout être se connaît par le fait même qu'il existe, et pour lui le savoir essentiel et primitif, c'est la connaissance de soi. D'autre part, puisque l'être agit parc€ qu'il aime et qu'il aime parce qu'il se connaît, c'est dans la connaissance et dans le pouvoir de connaître qu'il faut chercher la cause de toute activité naturelle. Enfin, dès qu'on a admis l'identité de la puissance et de l'existence, il devient difficile de définir l'autonomie de la volonté par une faculté de choisir entre plusieurs possibles : le libre arbitre disparaît pour faire place à une sorte de nécessité interne. — C'est ainsi que par la doctrine des Primalités se justifient et viennent fusionner ensemble trois doctrines : le panpsychisme, la théorie de la conscience de soi, et la conception du « fatum » et de la liberté, dont la synthèse englobe, en les enchaînant les unes aux autres, toutes les notions acquises par la pensée de Campanella. Si nous ajoutons que cette métaphysique est aussi destinée, comme nous le verrons plus loin, à préparer les voies à la religion naturelle, nous comprendrons mieux encore les raisons de l'importance primordiale que le philosophe lui attribuait.

Examinons maintenant comment les Primalités donnent naissance au monde des créatures. A chacune d'elles correspond un influx. L'influx de la Puissance, c'est la Nécessité (Nécessitas) ; celui de la Sagesse, c'est le Destin (Fatum) ; celui de l'Amour, c'est l'Harmonie (Harmonia). De là trois grandes divisions de la métaphysique, de la philosophie naturelle, et par celles-ci de toutes les sciences ^ De là aussi la distinction de trois substances : l'espace, qui est la première en dignité ontologique, correspond à la Puissance ; la matière, qui est la seconde, à la Sagesse; à l'Amour correspond la

1. Met., lib. IX, cap. I, art. I, para II, p. 176, De tribus magnis influxibus Prinialitatum.

contrariété des deux natures agissantes : le chaud et le froid, qui n'est pas une substance, mais qui est la cause de formation de la troisième substance : le corps sensible et distinct.

Les influx de l'être ne sauraient toutefois conférer aux réalités flnies leur existence et leurs propriétés s'ils ne se mêlaient pas d'une manière mystérieuse aux influx du nonêtre. II y a en effet des Primalités du Non-Etre : l'Impuissance (Impotentia), l'Ignorance {Ignorantia, fnsipientia), la Haine {Odiwn, Disamor). Leurs influx, respectivement opposés à la Nécessité, au Destin, et à l'Harmonie, sont la Contingence (Contingentia) , le Hasard (Casus) et la Fortune (Fortuna) ^ Chacun d'eux est un défaut (defectus) de l'influx correspondant d'une Primalité de l'être, et par suite son apparition dans le monde est une conséquence inévitable de la participation des êtres finis au néant : c'est nécessairement qu'existent dans l'Univers la fortune, la contingence et le hasard.

L'indivisible unité des Primalités a son équivalent dans l'identité fondamentale des influx. La nécessité, pour une chose, consiste à. être ce qu'elle est en vertu des causes matérielles, formelles, efficientes, finales. Envisagé dans le concours des causes multiples, elle prend le nom de « fatum » ; dans la perfection qui résulte de ce concours, elle s'appelle l'Harmonie'^. Le destin est donc nécessairement rationnel: effet de la puissance divine, il est aussi le résultat de la Sagesse du Créateur. Dieu ne peut violer le principe de contradiction, ni en général la raison, et s'il change ses desseins, c'est qu'il avait prévu de toute éternité qu'il les modifierait pour la réalisation de plans souverainement sages'. — Dans la description du « fatum » et de l'harmonie réapparaissent ainsi tous les thèmes d'inspiration stoïcienne familiers à Campanella et à tous les penseurs de la Renaissance : le consensus des diverses parties du monde, entendu à la fois comme une finalité organique et comme un enchaînement prédéterminé

i. Met., lib. VI, cap. XII, art. I, pars II, p. 94 sq. ; — lib. IX, cap. III,

art. I, pars II, p. 180.

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