Met., lib. VIII, cap. IV. art. VII, pars II, p
de phénomènes, est présenté par lui comme une preuve de la nécessité, mais en même temps de la Providence. Notons seulement que dans la Métaphysique Campanella est plus favorable que dans le De sensu rerum à une conception anthropocentrique de la finalité : les êtres sont adaptés à leurs fins propres, et à la fin du grand Tout qui est l'Univers, mais c'est pour l'homme qu'ils existent, ainsi que le monde lui-même, s'il est vrai que Dieu a créé les êtres moins parfaits pour les êtres plus parfaits ^
Rassemblant dans une vaste synthèse ses conceptions théologiques, mathématiques et physiques, Campanella donne pour dernier mot de sa doctrine la théorie des cinq mondes ^. — Ces mondes sont reliés les uns aux autres et hiérarchisés de telle sorte que les premiers, de dignité ontologique supérieure, existent dans ceux qui suivent, en tant que ces derniers participent à leur nature, tandis que ceux qui les suivent sont dans les premiers, mais seulement en tant qu'ils reçoivent d'eux l'essence et l'existence. Le monde archétype (Mundus Archetypus), c'est Dieu même en tant qu'il est éminemment les essences éternelles de toutes choses. En lui, par participation, existe le monde des esprits, des âmes angéliques et humaines (Mundus Mentalis), qui voient tout en Dieu, sont en Dieu, et s'y meuvent, avant l'espace et les corps. Dieu pénètre, enveloppe et divise le monde des esprits. Ce dernier pénètre, enveloppe et divise le troisième monde : le monde mathématique ou espace (Mundus Mathematicus seu Spatium), qui exerce le même pouvoir sur le monde matériel ou monde de la masse corporelle indistincte (Mundus Materialis, seu Corporea Moles). Enfin le cinquième monde, ou monde des situations, des lieux et des systèmes distincts (Mundus Situalis) est de même pénétré par le quatrième ou monde de la matière.
L'homme fait partie à la fois des cinq mondes. Il peut les connaître tous et s'élever de l'un à l'autre par son savoir, dont les degrés de perfection sont déterminés par la nature
1. Met., lib. IX, cap. VIII, art. III, para II, p. 213 ; — lib. XI, cap. VI, art. IV, pars III, p. 36.
2. Met., lib. IX, cap. XIV, art. III à XI. pars II, p. 243 à 249.
même du monde auquel il s'est rendu capable de s'appliquer. Cette élévation est progressive, mais l'âme immatérielle (Mens) peut franchir d'un bond par l'extase les degrés qui séparent l'existence spatiale, temporelle et matérielle, de l'éternité du monde « archétype ». C'est là pour nous la vie religieuse parfaite, mais les droits de notre science : de la physique et des mathématiques, sont néanmoins sauvegardés, car ces formes de la connaissance, elles aussi, constituent des moyens de s'élever à Dieu par la pénétration des réalités créées intermédiaires entre le monde naturel, formé d'être et de nonêtre, et l'Etre absolu.
Parmi les concepts dont la nature se trouve précisée de la manière la plus intéressante par la métaphysique des Primantes, se place au premier rang le concept de temps. A chacun des cinq mondes correspond un mode spécial d'existence, différent de l'existence temporelle proprement dite. Campanella n'insiste pas sur la « pérennité » (perennitas) , qu'il attribue à l'espace ou monde mathématique, ni sur la « vicissitude » (vicissitudo) , qui règne dans le monde matériel. Il s'efforce au contraire de distinguer nettement de l'éternité (aeternitas), qui appartient à Dieu seul, 1' « oevum » ou « oeviternitas » du monde des âmes, et le temps (tempus), qui est la durée du monde des corps distincts (Mundus Situaîis). u L'Etre premier n'est ni dans le temps, ni dans l'éternité, ni dans Voevum, car de cette manière son existence serait séparée de son essence ; lui-même est sa propre éternité. L'éternité en effet est la durée de la chose qui reste toujours la même, n'ayant ni commencement ni fin. Le temps au contraire est la durée successive de la chose qui a un commencement et une fin ; mais Voevum est la durée de la chose qui reste identique suivant la substance, et n'a pas de fin, tout en ayant un commencement^ ».
Le temps est donc l'image mobile de l'éternité immobile 2.