Met., lib. VIII, cap. IV, art. vm, pars II, p
che de la nature de Dieu. Seulement sa participation au nonêtre introduit dans ses actes une certaine contingence qui est plutôt un mal qu'un bien, et qui distingue profondément les décisions de son vouloir de celles du vouloir divin ^
Un des influx de l'être dans le monde est le « fatum » ou destinée. Comment concilier avec le fatum l'existence de la liberté ? Pour y réussir, Campanella a recours à des distinctions scolastiques dans lesquelles il lui arrive de s'embrouiller. Il y a, dit-il, trois sortes de nécessité : la nécessité d'essence ou de « quiddité », la nécessité d'inévitabilité, et la nécessité d'infaillibilité. La première est inviolable, même pour Dieu qui ne peut ni vouloir ni faire en sorte que le triangle n'ait pas trois angles. La seconde résulte des décrets de la volonté divine, et de l'action invincible des causes naturelles qu'elle a choisies pour instruments. La troisième consiste dans la nécessité, pour l'effet d'une cause contingente, d'être ce qu'il est pendant qu'il est; elle se rattache à la prescience divine qui s'étend même aux actes contingents 2. Réunies, la deuxième et la troisième forme de la nécessité constituent la nécessité d'existence opposée à la nécessité d'essence '.
La nécessité d'infaillibilité ou de prescience n'est pas opposée à la liberté. On peut concevoir en effet que Dieu ait prévu par exemple que Pierre écrirait aujourd'hui, sans rien retrancher du libre arbitre de Pierre : il suffit que le décret qui a déterminé cette action n'ait pas porté sur l'action elle-même particulièrement, mais sur toute « causation » et opération en général, c'est-à-dire que Dieu ait voulu en général que Pierre fît tout ce qu'il voudrait faire, et qu'il ait connu in-
1. Met., lib. IX, cap. V, art. V, pars II, p. 194-195. — P. 194: Dicemus ergo libertatem, ut distinguitur contra servilem coactionem, esse quid nobis nobilissimum, et divinura, quo animus seipsuin movet et délibérât, ut dominus sui... At ipsam non excludere necessitatem naturalem, neque electam. Quapropter Deus non coactione est Deus, sed necessitate, non illata, sed innata, non involontaria, sed spontanea, et amabilissima, quoniam est sui esse sempiternitas et immortalitas. Unde quia non potest non esse neque peccare, felicissimum est, et quatenus cntia a tali necessitate recedunt, in nonens et infelicitatem relabuntur.