‹ CampanellaChapitre 183 sur 300 · Met., pars II, p. 191, lib. IX, cap. V, art. II · texte numérisé non relu

Met., pars II, p. 191, lib. IX, cap. V, art. II

failliblement celle action d'écrire, à laquelle se déterminerait la personne de Pierre, non par le décret ou la cause, mais par la présence de l'événement dans tout ce que son éternité embrasse de représentation ^ Et maintenant, comment allons nous échapper aux deux autres formes de la nécessité, c'està-dire à la nécessité d'essence et à la nécessité d'inévitabilité ?

Ici nous devons, dans l'acte, distinguer l'exécution de la décision. La première peut être empêchée par les événements. La seconde est-elle en notre pouvoir ? — Remarquons que la nécessité d'essence ou de « quiddité » n'est pas une nécessité absolue. Seul Dieu ne peut ne pas être, ni être autre qu'il n'est, ni pouvoir, savoir et vouloir autrement qu'il ne le fait 2. Mais les essences du monde « archétype », en passant du possible à l'être, c'est-à-dire en descendant dans la région de la dissemblance, ne tombent que sous l'empire de la nécessité hypothétique (nécessitas ex suppositione) , qui est faite de nécessité et de contingence, et n'altère pas la liberté^. Il suffit donc de prouver que nos actes échappent à la nécessité d'inévitabilité.

Ici la pensée de Campanella devient plus originale. Il ne se contente pas de réduire l'influence du destin astral, et en général des forces physiques, à la création de dispositions et de tendances auxquelles nous sommes maîtres de résister, si nous le voulons, ou de montrer que l'homme possède, dans la science même des causes et des effets, une arme contre la destinée *. Il utilise en outre pour sa démonstration de la liberté la distinction capitale qu'il a établie entre la connaissance innée et cachée de soi-même et la connaissance adventice, entre l'amour essentiel de soi et l'amour accidentel des objets ex-

1. Met., pars II, p. 288 (274 par erreur de pagination), lib. X, cap. XI, art. V.

2. Met., lih. X, cap. VIII, art. II, pars II, p. 169 : Neque enim potest [Deus] non esse neque aliter esse atque est, neque aliter nosse, neque aliter sapere, neque aliter velle atque vult, voluntate intrinseca, et sui ad se. Haec autem nécessitas est, simul spontaneitas omnis, expers coactionis, et summa libertas omnis expers servilitatis.

3. Ibidem, et p. 170 : Contrahunt secum [archetypi, possibiles], neces- Ritatem simpliciter, sed hypothetice, id est ex suppositione.

4. Aslrologica, Francofurti, 1630, p. 5, et lib. VII : De fato siderali vitando.

teneurs. Il existe en nous, opposée aux volitions empiriques et surajoutées (f>oluntas addita), — dont elle est du reste la source profonde, — une volonté cachée (voluntas abdita) et infuse (indita) qui aspire au bien absolu, c'est-à-dire à la conservation de notre être en Dieu. Cette volonté n'est pas mue, mais seulement spécifiée par l'influence des choses, qui ne sont pour elle que des occasions de se manifester, comme pour la connaissance et pour l'amour V

Le principe de nos actions est donc en nous, da<ns notre âme, et la liberté que nous possédons est identique à la spontanéité de notre être. C'est une sorte de nécessité interne qui s'oppose à la contrainte extérieure et à la servitude, et qui est bien supérieure au libre arbitre proprement dit et à la liberté d'indifférence. Qui nierait en effet qu'il ne soit préférable pour nous d'agir sous l'influence du principe divin qui est en nous, et en vue de nous conformer à la loi profonde de notre nature, plutôt que d'obéir à l'impulsion des objets, aliénant ainsi notre volonté innée {voluntas innata), comme nous aliénons notre connaissance et notre amour ? — Notre liberté consiste donc pour notre être à être lui-même, et en ce sens, identique à la nécessité, elle nous rapproche de Dieu qui est lui-même non par contrainte, ni par une nécessité d'origine externe, mais par une nécessité intérieure ^. Par suite, comme ce qui est aimé nécessairement est meilleur que ce qui est aimé accidentellement, la liberté est meilleure avec la nécessité qu'avec la contingence ^.

S'ensuit-il qu'elle exclue absolument toute indétermination et tout choix ? Il n'en est rien. Nous vivons en effet dans un monde composé d'être et de non-être, où le bien, mêlé au mal, se présente sous les apparences du mal *, comme le mal sous

1. Met., pars II, p. 197, lib. IX, cap. V (cap. VU par erreur d'impression), art. VII : Actiones ergo naturales sequunlur naturalem, hoc est abditam voluntatem : et eorum objecta illam specificant et non movent.

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