Ibidem, et p
les apparences du bien, où par conséquent notre âme doit délibérer pour découvrir son bien véritable, et lutter pour ne pas se laisser aliéner d'elle-même, et de la connaissance du bien suprême, par l'influence de la volonté acquise {voluntas acquisita), qui tente de supplanter la volonté innée. Elle doit vaincre le destin par un autre destin : la nécessité externe par la nécessité interne ^
« En quoi donc en fin de compte consiste la liberté ? dans la contingence ou dans la nécessité ? Dans toutes les deux. Ce que nous désirons nécessairement, nous le désirons volontiers, par une libre appétition, mais nan par un libre arbitre si la nécessité est interne, comme lorsque nous désirons l'immortalité : nous ne pouvons penser en effet qu'elle ne doit pas être désirée, alors même que nous la désirons librement, et nous ne pouvons pas ne pas la désirer, de la même manière que la pesanteur ne peut pas ne pas descendre vers le bas. Si au contraire la nécessité est externe, nous ne désirons pas l'objet spontanément, à moins qu'il n'y ait contrainte violente sans préjudice pour la liberté, comme lorsque le matelot jette par dessus bord ses marchandises pour empêcher le navire de sombrer : dans ce cas la liberté apparaît en ce que, pour éviter le plus grand mal, il choisit le plus petit, non en tant qu'il est un mal, mais en tant qu'il est plus petit. — Cette liberté pourtant apparaît plus clairement dans les faits contingents, parce que les biens extérieurs sont désirés d'une façon contingente, et que nous possédons grâce au raisonnement la faculté d'évaluer et de choisir ce qui pour nous sera le meilleur^ ».
Tels sont les traits les plus caractéristiques de la théorie de la liberté dans le système de Campanella. Plus encore que son panpsychisme et que sa doctrine de l'être, du non-être, et de la création, elle révèle la tendance panthéiste de sa philosophie. Parmi les penseurs modernes, Giordano Bruno, qui plus ouvertement que l'auteur du De sensu rerum plaçait Dieu dans le monde même, avait été le seul à affirmer aussi
1. Met., lib. IX, cap. V, art. V, pars II, p. 195 : Ergo esse fatale nobis superare fatum. Sed fatum causarum superamus alio fato primae causae.