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Met., lib. IX, cap. V, art. IV, pars II, p

nettement que dans l'être absolu la liberté, la volonté et la nécessité, l'action,, le vouloir, le pouvoir et l'être étaient une seule et même chose ^ Après Campanella, la doctrine passera tout entière dans le système de Spinoza. Quant à Leibnitz, il fera sienne l'assimilation de la liberté humaine à la spontanéité et à la nécessité interne, au risque d'encourir le blâme de Kant, qui allait comparer la liberté de la monade à celle d'un tourne-broche.

Rien de plus suggestif du reste que le rapprochement des deux théories de Campanella et de Leibnitz. C'est bien à un système des monades qu'aboutit en fin de compte la métaphysique de l'Universalis Philosophia, soit par sa conception de la volonté, soit par sa façon de comprendre les rapports qui unissent à Dieu les substances finies et la limitation de ces substances les unes par les autres, soit enfin par la doctrine de la conscience de soi, du pouvoir et de l'amour essentiel. Avant Leibnitz, Campanella explique par une activité intérieure et innée de pensée et d'appétition toutes les déterminations de l'être individuel. Il ne lui manque qu'une conscience plus nette de la portée du « Cogito », de l'intériorité de la pensée, et de la conséquence de cette intériorité qui est, en physique, l'impossibilité de toute action transitive. Ses monades ^, comme d'ailleurs celles de Bruno, ont portes et fenêtres sur le dehors. Il est vrai que pour lui le monde est un aspect de l'Etre divin, au sein duquel toutes les réalités finies aspirent à se confondre entre elles.

1. De l'Infinito, Universo e Mondi, Dialogo primo, ediz. Gentile, p. 292- 293, Dialoghi metafisici. — Cf. Lampas triginta statuarum (Opéra latine conscripta, III, 41) ; — De Immenso, I, 11 (Opéra latine conscripta, 1879-91, I, I, 242) : Nécessitas et libertas sunt unum, unde non est formidandum quod, cum agat [Dei voluntas] necessitate naturae, non libère agat : sed potius immo omnino non libère ageret, aliter agendo quam nécessitas et natura, immo naturae nécessitas requirit.

2. Campanella n'emploie pas le mot, mais on sait l'usage qu'en a fait Giordano Bruno.

La métaphysique de Campanella, qui aboutit à une construction assez semblable au système des monades, s'achève aussi, comme celle de Leibnitz, en une théodicée optimiste. La signification historique de cet optimisme est du reste plus intéressante que celle de l'optimisme leibnitzien. Cette doctrine en effet, chez les philosophes de la Renaissance, est le symptôme et la traduction spéculative d'une réaction très vive contre l'esprit chrétfen, liée à toutes les directions nouvelles de la civilisation esthétique et morale, tandis que chez Leibnitz, malgré sa grande portée théorique, elle est sans attaches vraiment profondes avec la culture du temps ^ Pour faire comprendre la destination essentielle de la théodicée de Campanella, il conviendrait donc d'exposer ici ses conceptions morales et religieuses, envisagées dans leurs rapports avec l'esprit de l'époque. Mais l'ampleur de ses vues sur ces importantes questions nous oblige à réserver à leur étude une partie spéciale de cet ouvrage. Dans ce chapitre nous nous contenterons donc d'indiquer l'argumentation générale et philosophique par laquelle Campanella tente de justifier Dieu de l'existence du mal dans le monde. Aussi bien cette argumentation se rattache-t-elle plus directement que les autres aspects de son optimisme aux principes métaphysiques établis par Ja doctri;ie des « Primalités ».

Tout le chapitre VI de VAtheismus triumphatus, — auquel il faut joindre l'appendice De causa mali, — vise à démontrer

1. Il n'en sera pas de même au siècle « des lumières », lorsque malgré Candide il adoptera l'optimisme leibnitzien en même temps qu'il se montrera favorable à l'idée d'une religion naturelle.

qu'il n'y a dans le monde aucun mal absolu et essentiel. Le mal en effet peut se diviser en trois catégories : le mal physique, le mal moral, et le mal métaphysique. Or le mal physique n'existe que d'une existence relative (respective in physicis), le mal moral n'existe qu'à titre de privation (privative in moralibus), et le mal métaphysique n'existe qu'à titre de négation (négative in metaphysicis) ^

Qu'est-ce que le mal physique ? C'est la douleur, la mutuelle hostilité des êtres, c'est avant tout la mort. Mais la mort, pour Campanella comme pour Bruno, n'est qu'une transformation, et ce qui est mort au regard de l'être particulier ne l'est pas au regard de Dieu, pour qui tout est vivant, ni au regard du monde qui ne perd jamais aucun des êtres contenus dans son sein, et les reçoit, quand ils paraissent mourir, dans quelqu'une de ses parties ^. Il n'y a donc de positif dans la mort que la transformation de l'être en un être nouveau, qui est un bien, car elle rend manifeste l'immense bonté de Dieu, qui ne permet l'anéantissement total d'aucune de ses créatures '.

Maintenant qu'est-ce que le mal, envisagé comme cause de la douleur, de la maladie, de la laideur, de la haine ? Ce qui est mauvais pour un être est bon pour l'autre. Le feu est pour la terre un mal et un objet de haine, comme la terre pour le feu. Mais pris en soi chacun de ces deux êtres est bon. Le serpent pour nous est laid, mais il est beau pour le serpent *. — Rendra-t-on Dieu responsable de cette contrariété de forces hostiles dont la lutte sans trêve et sans merci est la source de tout le mal physique ? Ce serait ne pas voir que cette contrariété était nécessaire à la distinction des éléments, sans laquelle le monde ne serait qu'indétermination, désordre et chaos, et tomberait dans l'inertie de la mort ^. Ici le mal, seulement relatif, est en outre la condition d'un bien plus grand.

Nous pouvions nous en apercevoir du reste sans remonter

i. Ath. tr., 1636, p. 47.

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