Op. cit., p. 48, p
jusqu'au principe de l'activité physique, et en réfléchissant seulement à la téméraire présomption avec laquelle, dans notre utilitarisme anthropocentrique, nous jugeons inutiles ou nuisibles les êtres ou les aspects de la réalité dont nous ne tirons pas nous-mêmes un profit immédiat. Nous ne songeons même pas en général aux avantages que l'art humain retirera dans l'avenir par exemple de telle plante, jugée inutile jusqu'à présent ; nous oublions l'existence des animaux, dont les fins doivent cependant entrer en ligne de compte ^ nous isolons arbitrairement un trait qui, rapproché des autres dans le tableau brossé par l'artiste divin, contribue sans nul doute à la beauté et à l'harmonie de l'ensemble.
Le mal physique donc ou bien n'est pas un mal, ou n'est qu'un mal relatif, ou se présente comme la condition d'un bien plus grand. Dans ce dernier cas, Dieu permet seulement le mal, et ne produit directement que le bien dont le mal est suivi. Mais pourquoi Dieu est-il soumis à cette condition ? Il faut répondre qu'elle s'impose au Créateur en vertu de l'imperfection inhérente à l'univers créé, et la question du mal dans le monde équivaut alors à celle-ci : pourquoi existet-il un mal métaphysique P
Le point d'arrivée est le même une fois qu'on a analysé de près les raisons du mal moral. Le vice et le péché ne sont pas, en tant que vice et péché, des réalités positives, mais seulement des privations d'être '^. Nul ne recherche le mal pour le mal. « Ornnis peccans est ignorans ». A l'origine de toute faute il y a donc le choix mauvais d'un bien moins grand et apparent à la place d'un bien plus grand et véritable '. L'homme qui se venge en tuant un innocent n'avait pas pour fin le meurtre d'un innocent, ni même le meurtre en général, mais le plaisir de la vengeance, ou simplement le plaisir qui en soi est un bien *. Nous ne haïssons nos ennemis qu'autant que nous nous aimons nous-mêmes, et la haine est ici comme l'ombre de l'amour ^ Un défaut d'être (entitatis