Apologia, p
3, Op. cit., p. 25.
334 LE LreRE EXAMEN
une vérité sur laquelle les théologiens étaient d'un avis différent, en se fondant sur l'Ecriture-Sainte, cette vérité, au dire même de Saint-Augustin, n'était pas vraiment contenue dans les livres sacrés ; c'était plutôt l'ignorance humaine qui avait cru l'y voir^
S'ensuit-il que l'on doive renoncer à l'idée traditionnelle d'un dogme révélé, que l'Eglise a le droit d'imposer aux fidèles par l'autorité ? Campanella ne le pense pas, encore qu'il conçoive à sa manière le surnaturel impliqué dans toute révélation. Seulement la signification de la parole de Dieu ne saurait être fixée une fois pour toutes ; à cette tâche ne peuvent suffire les lumières d'une époque et encore moins d'une école philosophique. Au fur et à mesure que progresse le savoir profane, l'interprétation de l'Ecriture doit être mise en harmonie avec l'état des connaissances scientifiques, par les efforts de théologiens au courant de toutes les découvertes modernes, et que leur érudition mathématique et physique rend capables de déceler, derrière le sens littéral, le sens réel des passages qui touchent à des questions de fait ou d'observation 2. Quel est donc dans le dogme l'élément permanent et immodifiable, que l'Eglise a raison de soustraire à la discussion libre et aux recherches critiques de la philosophie profane ? Pour Campanella, c'est assurément l'ensemble des vérités essentielles du spiritualisme et de la religion naturelle, mais sur ce point il ne peut dire franchement toute sa pensée, et voici comment il trace, dans l'Apologia pro Galilaeo, une ligne de démarcation entre le domaine de la spéculation indépendante d'une part, et d'autre part celui des vérités de foi, vis-à-vis desquelles l'exercice du magistère de l'Eglise demeure pleinement légitime.
Cette ligne, c'est très exactement la frontière qui sépare des sciences de la nature la morale et la théologie surnaturelle. Ce qu'il faut chercher dans l'Evangile, c'est une règle de vie et d'action, ce sont les promesses de la vie future, et non
1. Met., lib. XI, cap. IX, art. II, appendix II, pars III, p. 55 : Et agnoscamus id quod ait Augustinus, quod si philosophi aliquid vere demonstrant quod Theologi aliter sentiebant, ex S. Scriptura, hoc non vere contineri in S. Scriptura, sed humana ignorantia ita putabat.