‹ CampanellaChapitre 19 sur 300 · mabile, CauL, l. T, p. 33-40; — t. I, p. 70-71, note a · texte numérisé non relu

mabile, CauL, l. T, p. 33-40; — t. I, p. 70-71, note a

2. .\mabile, Casl., t. I, p. 30 ; — Cong., t. II, p. 3i0 sqq. —

•'l8 CAMPANELLA DA.NS SA PRISON DE .NAPLES

pour les leur transmettre, les lettres de 1606-1607 et les mémoires de 1609-1611 dont nous avons plus haut indiqué le contenue Enfin, jusqu'à la visite de Tobias Adami qui a lieu en 1613, c'est à lui que le philosophe fait parvenir les ouvrages qu'il a rédigés, et qui doivent lui concilier la faveur des monarques et de la Papauté en les persuadant de son innocence, de la supériorité de ses lumières, et de l'authenticité de sa vocation religieuse 2.

Par Gaspard Schopp, voilà donc Campanella officiellement enrôlé dans le parti de la réaction catholique et de la Contre- Réîorme. Déjà en I6O0 il avait remanié les Discorsi universali del Govemo ecclesiastico et écrit la Monarchia Messiae, ouvrages dans lesquels il exposait les principes d'une politique plus exagérément théocratique que celle de Bellarmin lui-même. En 1606, à l'occasion de la lutte engagée contre Venise par le pape Paul Y, il avait écrit les Antiveneti où il avait pris position contre la politique de fra Paolo Sarpi, et adopté le ton prophétique pour lancer contre la République rebelle les plus terribles imprécations^. La même année et en 1607, il avait, dans sa Recognitio verae Religianis (devenue VAtheismus tiiumphotus), expliqué d'une manière très complète son idée de la religion naturelle et démontré l'entière conformité de la loi du Christ aux enseignements de la raison. Dès 1607, il peut donc confier à Schopp les manuscrits de tous ces ouvrages auxquels il ajoute les livres de même tendance, composés avant 1399 à Padoue et à Rome, plus les Physiologica et les Ethica remaniés en 1601, lai.J^jM„jii(Soleil, le De sensu rerwn et magia écrit en 1604, et, bien entendu, la Monarchia di Spagna. Plus tard, en 1611, il devait encore lui envoyer la Métaphysique, commencée en 1602-1603, et récrite en entier en 1609-1610.

i. Amabile, Cast., t. I, p. 41-M.

3. Le « Lamento » contre Venise, qui faisait partie du premier livre des « Antiveneti », a été publié par M. Edmondo Solmi. dans son édition de La Città del Sole, Modena, 1904, doc. II p. 51 à 08, par M. J. Kvacala dans ses .\eue Nachtriige zn âer Abhandiung : Veber die Genèse der Schriften Thom. Campanellas, Jurjew. 1913. s. XVIII-XXIV, et enfin par M. Giovanni Gentile, dans son édition des Poésie de Campanella, Baj-i, 1915, p. 251-254. —

Quels furent pour Campanella les résultats de l'intervention de Gaspard Schopp et de Georges Fugger ? Amabile a montré que la venue du premier à Naples le 17 avril 1607 ^ n'avait nullement pour but de négocier au nom du pape Paul V la libération du philosophe par une entente avec les autorités espagnoles 2. Néanmoins les démarches de ses protecteurs ne lui furent pas inutiles. Sollicité par eux, l'archiduc Ferdinand de Styrie, qui devint plus tard empereur d'Allemagne sous le nom de Ferdinand II, intervint trois fois en sa faveur par des lettres adressées au vice-roi de Naples ; dans la seconde de ces lettres, écrite le 3 octobre 1608, il demanda même très nettement la libération de Campanella, et si le comte de Bénévent lui refusa cette grâce, au moins donna-t-il à deux reprises l'ordre d'avoir des égards pour le philosophe, de le transférer dans une prison moins dure et soumise à un régime de surveillance moins rigoureux, et de lui accorder toutes lés facilités nécessaires pour lire et pour composer ses œuvres. Tels étaient en effet les désirs exprimés par l'archiduc Ferdinand dans ses deux autres lettres de janvier 1608 et du 10 mai 1609 3.

Pourquoi la mission de Schopp n'a-t-elle finalement abouti qu'à ce demi-succès ? La raison n'en est pas seulement, comme l'a soutenu Amabile, l'indifférence que ce dernier, à l'exemple de Georges Fugger et de leur ami commun le naturaliste

2. Campanella l'affirme pourtant dans le « Syntagma de librie propriis », cap. I, art. III (voir à ce sujet Amabile, Cast., t. I, p. 40) et dans le Reminiscentur : « Oraculum vicarii tui Domini papae revocans in memoriam, qui dixit qnando primes liberatores misisti ad me, cum intercédèrent apud ipsum pro me : Dicite fratri huic, — pro cujus libertate negotianda vobis facultatem facio, — ut in posterum talenta a Deo sibi tradita melius expcndat, quam hactenus factum est ». (Extrait du Beminiscentur publié par M. Kvacala, Th. Camp, und Ferd. II, p. 34). — Mais cette affirmation de Campanella se rattache au système de feinte que toute sa vie il employa pour faire croire à la bienveillance des Papes à son égard. —

3. Sur ces interventions, voir J. Kvacala, Th. Campanella und Ferdinand II, Wien, 1908. L'auteur y reproduit (p 39-42) les documents publiés par Amabile. — Voir Amabile, Cast., t. I, p. 84, 93-94, 103, 121-122; tome II, doc. 118, p. 33, doc. 120, p. 33, doc. 141, p. 40, doc. 138, p. 48.

Giovanni Fabri, avait fini par témoigner au philosophe après lui avoir arraché, pour les utiliser dans ses entreprises ou ses polémiques personnelles, tous les livres, et tous les secrets de magie et d'astrologie qu'il pouvait obtenir de lui'. Il faut reconnaître en effet que l'attitude de Messie et de prophète adoptée par Campanella, ses promesses fabuleuses de miracles, ses plaintes contre la corruption de l'Eglise, et l'opiniâtreté avec laquelle il prétendait justifier les actions et les doctrines pour lesquelles il avait été condamné, rendaient singulièrement délicate et compromettante la mission d'intervenir en sa faveur, surtout auprès du Pape, et cela au moment même où les propos tenus à Prague par Giovanni Battista Clario, l'ancien compagnon de geôle du philosophe, et répétés à la cour de l'empereur Rodolphe et à celles des archiducs, faisaient connaître aux princes et aux prélats sollicités par Fugger et par Schopp les véritables pensées du révolté de Calabre, législateur du monde, supérieur au Christ par ses planètes ascendantes 2. Bref, le passé du prisonnier pesait lourdement sur lui, et son présent ne rassurait guère plus sur la sincérité de ses sentiments orthodoxes : ne déclarait-il pas dans son mémorial de 1611, adressé au roi d'Espagne, que sa doctrine était diabolique, et que s'il était libéré, il révolutionnerait le monde'?

Pour obtenir sa grâce, Campanella devra donc, comme Schopp le lui conseille, peut-être de la part même de Paul Y, employer son talent et ses dons à des entreprises plus raisonnables *. Il devra s'abstenir de faire des promesses qui le

1. Amabile, Cast., t. I, pages 7.')-103 et passim ; cette opinion de Luigi Amabile a été réfutée par M. Kvacala, o. c, p. 16, et par M. Giovanni Gentile, Le varie redazioni del De sensu rerum, Napoli, 1906.'

2. Schopp écrit à Fabri le 17 mars 1G09 : « Ipsi Squillae [surnom de Campanella] amici negant tutum esse libertatem ei concedi : cum adeo insaniae processisse, ut se' a Deo novum orbis legislatorem electum Itutet, neque Christum ipsum sibi postponere formidet, quod Christus quinque tantuni planctas in ascendente habucril, ipse sex habeat. Haec, ab ipsis ejus amicis in Principum aulis jactata, dici non potest quam Principum animos ab eo aliènent (Amabile, Cast., t. II, doc. 153, p. 45-46 ; — t. I, p. 104 et lOo, note b ; — Kvacala, o. c, p. 41). —

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