‹ CampanellaChapitre 191 sur 300 · ipnlogia, p · texte numérisé non relu

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seulement ne défend pas, mais recommande plutôt à ses fidèles, la culture de toutes les sciences, sachant bien que cellesci, ne le convaincront jamais d'erreur ^

Ainsi, dans le domaine des vérités naturelles, l'existence d'une révélation ne confère nullement à l'Eglise le droit d'user de son autorité pour imposer les croyances qu'elle juge plus conformes à l'Ecriture-Sainte ou à la Tradition. Elle a plutôt le devoir de modifier les interprétations anciennes du texte des livres sacrés, lorsqu'elle les voit mises en échec et contredites par les affirmations que les découvertes des savants modernes ont établies d'une manière inébranlable 2. Avant de remplir cette tâche indispensable, elle n'aura pas même besoin, pour se justifier de l'entreprendre, de renoncer à son idée du caractère immuable des vérités de foi. Il est légitime en effet de penser que Moïse, les Pères, et Jésus-Christ lui-même, enseignant au peuple les voies du salut, se sont servis, dans leurs allusions à des phénomènes physiques ou astronomiques, non pas du langage des philosophes, mais du langage vulgaire, traduction immédiate des apparences, faite pour parler aux sens et non pour exprimer la réalité véritable et profonde des choses ^. Ainsi s'explique l'opposition des thèses

i. Op. cit., p. 13 et 14.

2 De gentilismo, p. 10 : Qui legit autographum potest emendare ipsorum [hominum] exemplaria. Stiiltus autem qui exemplari, non autographe, fulem praestat.

3. Ajwlogia, p. 21 à 23, p. 13. — C'est l'argument même de Giordano Bruno et de Galilée, pour défendre l'astronomie de Copernic. Il se rattache dans leur esprit, comme dans la pensée de Campanella, à leur idée du rôle essentiellement ou même exclusivement moral et pratique des enseignements de la religion. — Voir Galilée, Lettera alla Granduchessa madré Cristina di Lorena, 1615, Opère, ediz. d'Alberi, II, 26 sqq. et ediz. naz., vol. V ; — Bruno, La Cena de le Ceneri, dial. 4°, ediz. Gentile, p. 86-88 : « Nelli libri divini in servizio del nostro intelletto non .si trattano le demostrazioni e speculazioni circa le cose naturali, come se fusse filosofîa ; ma, in grazia de la nostra mente e affetto, per le leggi si ordina la prattica circa le azioni morali... E [il divino legislatore] parla al volgo di maniera che secondo il suo modo di intendere e di parlare, vcnghi a capire quel ch'è principale ». — Traduction : « Dans les livres divins au service de notre intelligence, les démonstrations et les spéculations relatives aux choses naturelles ne sont pas traitées comme si elles étaient de la philosophie, mais en faveur de notre âme et de nos sentiments s'y ordonne par des lois la pratique relative aux

de la nouvelle astronomie au texte de l'Ecriture pris dans son sens le plus littéral, mais ainsi se justifle également le travail d'interprétation par lequel les théologiens de tous les temps se sont efforcés de comprendre les vérités de la foi en fonction de la philosophie de leur époque.

De ce travail, Campanella donne plusieurs exemples empruntés à l'histoire de l'Eglise, et destinés à montrer, contre les partisans de l'immobilisation du dogme dans les formules du péripatétisme, que l'assimilation par la théologie de la pensée spéculative contemporaine est rigoureusement tonforme à la meilleure tradition chrétienne. Lorsque les Dominicains et les Franciscains se sont efforcés au moyen-âge de traduire les croyances révélées dans le langage aristotélicien, ils ne prétendaient pas enchaîner définitivement leur interprétation et leur justification rationnelle de ces croyances aux enseignements du Stagirite. Leur but était seulement d'extraire la moelle des vérités théologiques à l'usage du monde profane « aristot élisant » ^ Comment s'explique leur choix ? Uniquement par la prépondérance incontestée d'Aristote, qui trônait dans les Ecoles et les Universités depuis leur création par Charlemagne à une date où, par suite d'un malheureux hasard historique lié à la barbarie des temps, on ne possédait pas d'autres manuscrits que les siens. Avant eux les Pères de l'Eglise avaient utilisé pour des fins semblables d'autres philosophies, qui jouissaient à leur époque d'un plus grand crédit^. En choisissant celle de Télésio, ainsi que l'astronomie de Copernic et de Galilée, pour bases d'un accord entre la foi et la raison, les modernes, selon Campanella, ne feraient que suivre la tradition constante de l'Eglise.

Quel serait pour la religion et la science le profit à retirer de cette adoption d'une nouvelle apologétique ? Grâce ^ elle, on ne verra plus éclater de ces conflits scandaleux, suscités par l'obstination des théologiens à nier les vérités les mieux établies par l'expérience ou le raisonnement. Les scolastiques

actions moralf's... Et le divin It'-gislateur y parle au vulgaire de manière à ce que suivant sa façon particulière de comprendre et de parler celui-ci réussisse à saisir ce qui est le plus important ».

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