‹ CampanellaChapitre 193 sur 300 · Apologia, p. 12, 28 ; — De gentilismo, p · texte numérisé non relu

Apologia, p. 12, 28 ; — De gentilismo, p

2. Apologia, p. 29, 30, 27. — P. 30 : Nonne statim acclamabunt qnod naturap, nedum scripturae, vim inferamus ?

3. Lettre de Campanella au pape Paul V, du 13 août 1606, (Centofanti, art. cit., Archivio storico italiano, 1866, IV, parte seconda). — Cf. Amabile, Cast., t. I, p. 16 sq.

4. De gentilismo, p. 58 : Item sic clauditur via ad melius philosophandum et inveniendum. — P. 39 : Praeterea utile non est Reipublicae claudere ingénia in uno libro, sic enim inventionibus novarum rerum et scientiarum privatur et hebetatur. — Disputatio in prologum instauratarum scientiarum {Disputationes, Parisiis, 1637), Quaestio I, art. III : Invenirc autem nemini praecluditur via, cum praesertim superflua non transcant saeculi injuriam ; moriuntur enim cum authore suo ; nova necessario durabunt semper.

travailler à l'avancement du savoir positif, il faut d'abord avoir conscience de la faible étendue et de l'imperfection des connaissances déjà acquises, qui ne sont que des étincelles de vérité en comparaison de ce qui reste à découvrir ^ Or, une telle persuasion est incompatible avec le dogmatisme des scolastiques, et en général des philosophes qui considèrent la physique d'Aristote comme la révélation complète et définitive de l'essence des êtres naturels. A l'exemple de Bruno, mais avant Descartes et Pascal, Campanella se fait donc déjà une idée très nette de la continuité du progrès scientifique : les anciens, dit-il, peuvent être considérés comme des enfants au regard des modernes ^ ; son siècle a plus d'histoire en cent ans que le monde entier en quatre mille ; les cinquante siècles qui l'ont précédé ont produit moins de livres que lui et fait moins de découvertes dans le domaine de la géographie, des techniques pratiques et des connaissances théoriques '.

1. Apologia, p. 23 : Quasi enim scintilla est quod scimus. Legitur ergo sapientia in toto Dei codice, qui est muudus, et semper plus invenitur. Ad illum igitur non ad hominum codicillos nos remittant scriptores sacri. — Cf. Disputatio in Prologttm, passim.

2. De gentilismo, p. 6. — Disputatio in Prologum, Quaestio I, art. I : Ergo etiam physiologiam oportet novam facere de necessitate, sicut Picus, et Telesius, Valesius, Paracelsus, coeperunt ; quamvis in aliquo erraverint, judicant tamen quod tota Philosophia débet renovari ; cum res inventae, et deprehensi errores, et Philosophiam novam, et correctionem, et Cosmographiam meliorem requirant. Et quidem tôt sectarum agnitio, et horum mores, et naturae arcana jam aperta, ostendunt priscos Gentiles Philosophos quasi pueros respectu Philosophorum Christianorum. — Disputatio in Prologum, Quaestio I, art. III : Unicus codex adolescentibus et ingeniis mediocribus prodest, non autem provectis, et invcnire aptis altiora, melioraque ; propterea non jurandum in verba unius Doctoris.

3. Civitas Salis, éd. de 1623, p. 401 ; — De gentilismo, p. 6. — Bruno a une idée plus précise encore du progrès scientifique, et de la vérité, «( fille du temps ». Il compare, lui aussi, les anciens à des hommes plus jeunes, donc moins savants que les modernes. L'occasion est la même : bien avant Campanella, Bruno prenait la défense de l'astronomie de Copernic : « Prudenzio. — Nell'antiquità è la sapienza. — Teofilo. — E sopgionge : in molti anni la prudenza. Si voi intendeste bene quel che dite, vedreste, che dal vostro fondamento s'inferisce il contrario di quel che pcnsate ; voglio dire, che noi siamo più vecchi ed abbiamo più lunga età che i nostri predecessori, etc.. » (La Cena de le Ceneri, dial. 1°, ediz. Gentile, p. 28). — Traduction : « Dans l'antiquité est la

Quelle folie que de ralentir ou d'entraver cet essor splendide de la pensée scientifique en exigeant des savants une aveugle fidélité aux enseignements d'un maître !

Le libéralisme qui a inspiré à Campanella cette conception élevée des droits de la science, entendue comme science du monde naturel et physique, s'étend-il aussi aux matières de morale et de théologie, encore que dans VApologia pro Galilaeo le philosophe maintienne pour celles-ci la souveraineté de la croyance révélée, imposée aux fidèles par l'autorité de l'Eglise ? — On serait tenté de le nier quand on songe au zèle qu'il déploie pour se faire accepter, aux Côtés de Gaspard Schopp," comme le champion de la Contre-Réforme, et quand on lit les singuliers conseils qu'il donne aux monarques et aux Papes en vue de l'extirpation de l'hérésie. Non content d'inscrire dans le programme qu'il leur soumet la suppression de l'enseignement de l'hébreu et du grec, qui mettra fin à la libre exégèse des livres saints \ il préconise en effet sans réserve l'emploi de la force, sinon contre les païens et contre les hérétiques anciens, du moins contre les catholiques ralliés récemment aux nouvelles religions. Leurs villes seront brûlées et rasées, les habitants déportés ou massacrés, et dans cette extermination peu importe que des innocents périssent : cela vaudra mieux que d.' attendre, comme on a fait en Allemagne, que ceux-ci et d'autres encore avec eux deviennent eux aussi des coupables : « ...perche è meglio con li nocenti far morire olcuni innocent}, che non aspettar che quelli, et altri, diventhio anche nocenti, corne si aspetto in Germania ^ ». — Faut-il voir pourtant dans ces conseils l'expression sincère de sa pensée ?

N'oublions pas d'abord qu'ils sont contenus dans deux ouvrages : les Discor.^i imiversali del Govemo ecclesiastico, et

sagesse. — Et ajoutez aussi : dans le grand nombre des années la prudence. Si vous entendez bien ce que vous dites, vous verrez que de votre donnée fondamentale s'infère le contraire de ce que vous pensez : je veux dire que nous serions plus vieux et aurions un âge plus avancé que nos prédéce.'sseurs. »

1. Monarchia di Spagna, cap. X ; — De Monarchia Hispanica discursus, Amstelodami, 1640, p. 97. —

2. Discorsi universali del Govemo ecclesiastico, Amabile, Cast., t. II, doc. 197, p. 8,'i.

la Monarchia di Spagna \ dont le but est beaucoup plus encore d'intéresser à sa cause le Pape et les monarques catholiques que d'exposer sa véritable pensée sur la religion et la politique : le premier en effet ss rattache au groupe d'écrits tels que le De monarchia Christianorum, le De Regimine Ecclesiae et les Discorsi ai Principi d'Italia », dont la rédaction lui fut utile en lo95 pour échapper à une condamnation pour hérésie ou pour se réhabiliter ; le second est une apologie indirecte de son entreprise de Calabre. De plus, dans ces ouvrages mêmes, nous relevons, à côté d'opinions nettement contraires à l'idée moderne de tolérance, un blâme précis à l'adresse des poursuites inconsidérées dirigées contre les savants par le Saint-Office. C'est un fait, dit Campanella, que plus on interdit d'opinions, plus les hérétiques deviennent nombreux : « Quante più cose si prohibiscono, tanto più heretici nascono^ ». La conséquence de ces poursuites et de ces prohibitions, c'est une plus large propagation de la doctrine condamnée, et c'est aussi le discrédit jeté sur la religion du Christ, qui est ainsi rabaissée au niveau de celle de Mahomet, par la crainte qu'elle manifeste de se voir convaincue par la science de sophisme ou d'erreur '. Comment expliquer cet appel au libéralisme, inséré dans l'exposé d'une politique religieuse digne de Torquemada, sans faire ici la part de la pensée sincère, mais obligée de se dissimuler, et de la feinte utile, imposée à Campanella par les circonstances ?

Néanmoins, entre l'attitude que le philosophe conseille aux princes d'adopter vis-à-vis des hérétiques ou en général des novateurs en matière de religion, et d'autre part le sentimont élevé qui inspire sa conception des droits de la science physique, la contradiction ne laisse pas d'être assez troublante, et pour en rendre compte il est nécessaire d'invoquer une

1. Il est donc très important de fixer la date de ces deux ouvrages, surtout celle des Discorsi universali, dont nous venons de citer une phrase caractéristique. Pour la discussion de cette dernière date, le lecteur se reportera à une note de notre premier chapitre, Première Partie. — Celle de la Monarchia di Spagna est établie dans une note du cinquième chapitre, III, Première Partie. —

2. Discorsi universali del Govemo ecclesiastico, Amabile, Cast., t. Il, doc. 197, p. 86. —

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