‹ CampanellaChapitre 196 sur 300 · inabile, Cast., t. I, p · texte numérisé non relu

inabile, Cast., t. I, p

A Rome, en 1627, encore prisonnier du Saint-Office, il avait osé intervenir en faveur de Girolamo Vecchietti, voyageur florentin, accusé et convaincu d'avoir soutenu qu'à son dernier repas le Christ n'avait mangé ni agneau ni pain azyme, et il avait demandé aux juges ecclésiastiques de ne relever contre l'inculpé que le seul délit d'opinion téméraire ^ Si méritoire pourtant qu'ait été cette intervention, son intérêt historique est moins grand assurément que celui des efforts tentés à deux reprises différentes par Campanella, d'abord en 1616, pour assurer à Galilée la pleine liberté de spéculation, ensuite en 1632, afin d'écarter de la personne de ce savant la menace, alors imminente, d'un procès et d'une condamnatin pour hérésie.

C'est le 5 mars 1616 que la Sacrée Congrégation de l'Index rendit le fameux décret qui suspendit jusqu'à correction le grand ouvrage de Copernic sur les Révolutions des globes célestes, en même temps que celui de Diego di Stunica intitulé Le livre de Job et condamnait, avec un opuscule du père carmélite Paolo Antonio Foscarini, tous les écrits contenant des enseignements favorables à la nouvelle astronomie. Mais à cette date il y avait longtemps déjà que les Dominicains et les Jésuites menaient contre les partisans de cette doctrine une campagne des plus acharnées. Galilée avait dû écrire déjà deux lettres, adressées l'une au Père Castelli, l'autre à la grande-duchesse Marie-Christine de Lorraine, grand 'mère du grand-duc de Toscane, pour défendre contre les théologiens de l'Inquisition les droits de la science et de la vérité. Bien plus, accusé d'hérésie par le père dominicain Caccini, et venu à Rome eu décembre 1613 pour présenter sa défense, il n'avait pu, malgré ses efforts combinés avec ceux de ses amis et de ses partisans, tels que le père Castelli et le père Foscarini, empêcher la condamnation de ses propres opinions. La censure d'une proposition, contenue dans ses Macchie Solari et conforme à la doctrine de Copernic, avait précédé de peu de jours (19-25 février 1616) le décret de la Congrégation de l'Index : le Saint-Office, découvrant dans ce livre les thèses sui-

t. 0. c, p. 312-314. — Girolamo Vecchietti, emprisonné en 1626, fnt relaxé en 1633.

vantes : que k soleil était le centre du monde et n'était pas mû d'un mouvement local, et que la terre au contraire n'était pas le centre immobile de l'univers et était mue du mouvement diurne, avait jugé et proclamé ces affirmations « insensées et absurdes en philosophie, et formellement hérétiques » ^ Enfin le 26 février, sur l'ordre de la Congrégation Cardinalice du Saint-Office, et par conséquent du pape Paul V qui la présidait, le cardinal Bellarmin avait fait appeler Galilée pour l'admonester, et lui interdire de défendre à l'avenir de semblables opinions d'une manière quelconque, par paroles ou par écrits. — Or c'est malgré les menaces visiblement contenues dans ces condamnations ou ces interdictions que Campanella, prisonnier de l'Inquisition, rédige en 1616 et fait publier en 1622 son Apologie pro Galilaeo.

Nous savons par une lettre de Failla à Galilée, du 6 septembre 1616, que le manuscrit de l'ouvrage fut envoyé par l'auteur au cardinal Bonifacio Caetani qui devait le communiquer lui-même à l'astronome florentin ^. La lettre semble confirmer la déclaration de Campanella suivant laquelle l'Apologie aurait été écrite en guise de consultation théologique et sur la demande de ce prélat, alors chargé d'examiner la conformité à l'Ecriture-Sainle de la nouvelle astronomie ^. Mais le cardinal Caetani, mort en 1617, ne pouvait, à la date de la publication de l'ouvrage imprimé (1622), contredire l'assertion de l'auteur. Rien n'empêche donc de croire que Campanella, avant ou peut-être même après le décret de mars, avait luimême pris spontanément la défense de Galilée, et jugé bon, pour la rendre plus efficace, d'envoyer son livre au cardinal. Quoi qu'il en soit de ce fait, il est impossible de contester et le courage montré par le philosophe, et l'heureuse influence exercée par son Apologie.

Les idées qu'il y exposait sur les limites des juridictions

2. Lettre de Failla à Galilée du 6 septembre 1616, Galileo Galilei, Opère, ediz. naz., vol. 12°, p. 277.

3. Apologia, lettre d'envoi, au début de l'ouvrage : « Ecce mitto tibi, R. Domine, quaestionem, jussu tuo elaboratam... Tu vide, quid recte dictum sit ; quid item defendendum tibi aut renuendum, quando in sancto senatu id in mandatis habcs ».

respectives de la raison et de l'autorité théologique en matière de spéculation n'avaient certes pas le mérite absolu de la nouveauté. Giordano Bruno les avait déjà énergiquement défendues. Galilée lui-même, avec plus de talent littéraire que Campanella, et une sorte d'ironie discrète et contenue, les avait développées dans sa lettre à la grande-duchesse Marie-Christine. Seulement cet écrit de Galilée n'avait pas été publié : il circulait secrètement. Campanella au contraire s'adressait directement aux théologiens, et il n'hésitait pas à envoyer son Apologie en Allemagne pour la faire imprimer. Sa témérité généreuse est tout entière dans ce trait :. dans l'intérêt de la science et de la religion, il ose s'attaquer aux opinions accréditées auprès des théologiens du St-Offîce à une date (1616) où un relâchement de rigueur dans la surveillance de ses démarches, et les faveurs qui lui sont maintenant accordées à l'intérieur de sa prison, font luire à ses yeux un espoir prochain de libération ^ et il publie son Apologie l'année même (1622) où Failla, en présentant au Pape le Reminiscentur, espère le pei'suader des services éminents que son maître, une fois libéré, serait capable de rendre à la cause de l'Eglise et du christianisme ^. Ainsi la seule voix qui ose s'élever contre le despotisme étouffant qui réprimait alors sans mesure aucune la libre expression de la pensée scientifique, est la voix d'un homme naguère condamné à l'abjuration et à la détention perpétuelle, enfermé depuis plus de vingt ans dans les cachots de l'Inquisition, d'un homme sur la tête de qui est restée longtemps suspendue une sentence de mort, qui a été soumis plusieurs fois aux tortures les plus terribles, et qui risque maintenant, par toute nouvelle imprudence, de compromettre définitivement le succès des démarches obstinément tentées depuis de longues années pour obtenir sa grâce, et dont il est justement en droit d'attendre le très prochain aboutissement. Les effets de cette hardiesse se firent du reste rapidement sentir. Ils furent désastreux pour Campanella, excellents pour la propagation et le succès de ses idées. En 1621 le philosophe

1. Lfttre de Campanella à Galilée du 3 novembre 1616, pour lui rappeler l'envoi de 1' « Apologie » au cardinal Ca.etani : «... Sto quasi in libertà. » (Amabile, Cast., t. Il, doc. 186, p. 06-67).

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