Amabile, Cast., t. I, p
2. P. Duhem, Essai sur la notion de théorie physique, éd. citée, p. 121-129.
Connaissant le sentiment d'Urbain VIII sur la question, Campanella essayait donc de l'amener petit à petit à résipiscence ; dans son commentaire de 1' « Adulatio pemiciosa », il louait son idée du caractère hypothétique des conceptions astronomiques, mais en même temps il le remerciait des éloges décernés à Galilée. Le commentaire ayant déplu au Pape, il lui écrivait une longue lettre où tout en affirmant qu'il n'était pas lui-même partisan du système de Copernic, il maintenait néanmoins avec fermeté que ce système rendait parfaitement compte des mouvements des corps célestes, et dénonçait en même temps, non sans hardiesse, « la conspiration secrète des faux savants du siècle pour obscurcir la vérité de l'Evangile )) ^
En 1630, c'est-à-dire à la date qui marque l'apogée, et le commencement du déclin de son crédit auprès du Souverain Pontife, Campanella croit enfin toucher le but qu'il s'était promis d'atteindre. Parlant à Urbain VIII des efforts qu'il tentait pour convertir les hérétiques, et du discrédit que pour eux la condamnation de la nouvelle astronomie avait jeté sur la religion catholique, il obtient du Pape cette réponse encourageante, qu'il rapporte à Federico Cesi, fondateur et président de r « Accademia dei Lincei », et que l'abbé Benedetto Castelli s'empresse de communiquer à Galilée : « Non fu mai nostra intenzione, e se fosse toccato a noi, non si sarebbe fatto quel décréta » 2. — Quelle n'eût pas été la gloire de Campanella s'il eût alors réussi, comme Consulteur ou Qualificateur du Saint-Office, à engager ce tribunal dans la voie du libéralisme qui inspirait sa conception personnelle des rapports de la science et de la religion !
Mais l'espoir du philosophe reposait sur un fondement bien fragile. Il s'illusionnait sur les dispositions réelles du Pape, et il se défiait au contraire de celles des théologiens de l'Inquisition. Son illusion fut vit dissipée, et ses craintes au contraire confirmées peu de temps après la publication des dialogues de Galilée sur « les deux plus grands systèmes du monde »