‹ CampanellaChapitre 202 sur 300 · Amabile, Cast., t. I, p · texte numérisé non relu

Amabile, Cast., t. I, p

4. Lettre de Francesco Niccolini à Andréa Cioli, du il septembre 1632,

même se rendre compte de la réalité et de la gravité des dangers courus par notre philosophe en se mettant ainsi en avant, il suffit de méditer la réponse du maître du Sacré-Palais à l'ambassadeur : auteur de VApologia pro Galilaeo, œuvre presque semblable au livre incriminé, et qui déjà avait été interdite, Campanella ne pouvait, suivant le père Mostro, servir de défenseur à Galilée, puisqu'il était lui-même un coupable. La menace était à peine déguisée. Inscrit sur la liste des suspects, le philosophe dut renoncer à produire son Apologie devant le Tribunal.

Aussi le voit-on, dans une lettre au savant florentm ' du 22 octobre 1632, s'excuser modestement, en invoquant les malheurs de sa vie, de ce qu'il appelle sa pusillanimité, et même en demander pardon à son ami. Combien justifiées pourtant étaient ses craintes, un fait caractéristique, noté par Berti dans sa publication des pièces originales du procès de Galilée, suffirait, croyons-nous, à le prouver. Dans le rapport de la Congrégation spéciale, presque au début de l'exposition des faits relatifs à l'impression des Dialogues sur les deux plus grands systèmes du monde, on voit, à demi effacé, à la place du nom de Galilée, celui de Campanella ^. On reconnaît ici le personnage qui dictait le rapport : c'était le père Mostro, l'ennemi personnel du philosophe. Maître du Sacré-Palais, et responsable de l'autorisation d'imprimer accordée pour son livre au savant florentin, il songeait surtout, suivant l'expression très juste de Campanella dans une de ses lettres, à accuser les autres pour s'excuser lui-même '. Mais le philosophe

Galileo Galilei, Opère, ediz. naz., t. XIV, p. 389. — Le refus d'accepter Campanella et le père Castelli comme défenseurs s'explique, a-t-on dit à Niccolini, « parce que le premier a composé une œuvre presque semblable [aux Dialogues de Galilée], qui fut interdite, et qu'il ne pourrait être le défenseur, puisqu'il est lui-même un coupable » (« ... perché il primo ha fatto un'opera quasi simile, che fu prohibita, ne potrebbe difcndere, mentre è reo »).

1. Lettre de Campanella à Galilée du 22 octobre 1632, Galileo Galilei, Opère, ediz. naz., t. XIV, p. 414-41S. —

2. Domenico Berti, Il processo originale di Galileo Galilei, 2» edizione, p. 162. — Cf. Amabilo, Cast., t. I, p. 474-475.

3. Lettre de Campanella à Galilée du 22 octobre 1632, Galileo Galilei, Opère, ediz. naz., t. XIV, p. 413 : « E sappia che gli huomini non mi-

voyait clair dans son jeu, et Amabile note justement qu'il se montrait autrement perspicace que l'ambassadeur de Toscane et que les autres amis de Galilée, prompts à se laisser leurrer et endormir par de belles promesses V La punition du reste ne se fit pas attendre : elle consista dans un redoublement d'hostilité contre lui, qui se traduisit notamment dès 1633 par l'interdiction de la vente de sa Monarchia Messiae, imprimée à Jesi 2.

La conclusion maintenant s'impose. De tous les penseurs de l'époque, y compris Descartes, dont Bossuet lui-même a pu regretter l'excessive prudence, et blâmer la soumission pusillanime à l'autorité romaine, Campanella est le seul qui, dans les polémiques et les procès institués autour de la nouvelle astronomie, ait véritablement assumé avec courage et sans arrière-pensée personnelle le noble rôle de champion du libre examen. Quelle que soit donc l'opposition d'esprit qui éclatait entre ses conceptions scientifiques retardataires, et celles du créateur de la physique moderne, on a eu raison d'associer son nom à celui de Galilée. On pourra oublier sf^s autres œuvres ; dans le raccourci de l'histoire, et pour la postérité, il restera toujours l'auteur de VApologia pro Galilaeo.

rano al vero, ma a dar gusto, e scusar se stessi con accusar noi. » (<( Et sachez que les personnes ne visent pas à la vérité, mais à plaire, et à s'excuser elles-mêmes en nous accusant. »)

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