Fiorentino, o. c, art. cit., p
372 l'hostilité contre la réforme
La Réforme a été surtout une révolte politique ; mais elle a prétendu en même temps instaurer une religion nouvelle et elle oppose encore ses dogmes aux croyances traditionnelles du catholicisme. Quelle est sur ces dogmes l'opinion de Campanella ? Il est remarquable que pour les juger, en les confrontant avec les enseignements de la religion naturelle, c'est encore au point de vue social qu'il préfère la plupart du temps se placer.
D'abord scandalisé par le trafic des indulgences, c'est de celles-ci, et des cérémonies ou manifestations extérieures du culte, que Luther a commencé par nier l'efficacité ; puis il a étendu cette négation, qui ne portait d'abord que sur les œuvres accomplies par des fidèles pour le salut d'autres pécheurs, à celles qu'ils accomplissent pour eux-mêmes ^ La conséquence finale a été la doctrine de la justification par la seule foi, qui par sa connexion avec le dogme de la grâce engendrait tout naturellement une théorie du « serf arbitre ». — Or peut-on imaginer une croyance plus dangereuse à l'ordre social que celle qui supprime le sentiment de la responsabilité, autorisant ainsi de la part des princes toutes les tyrannies, de la part des sujets toutes les scélératesse? ? Et quelle religion pourrait être plus contraire à la notion naturelle de justice, et plus funeste au développement de la bienfaisance privée et publique, que celle qui joint à l'idée de la prédestination celle de l'inefficacité des œuvres ? Elle supprime toute charité, devenue inutile au salut. En même temps, au lieu de reconnaître, comme la raison l'exige, la bonté souveraine du Père céleste, elle fait de Dieu un monstre bien plus cruel que Médée qui avait tué ses enfants dans un transport d'égarement, tandis que lui il damnerait ses fils en vertu d'une décision longuement méditée et froidement prise '^. Comment Campanella adhérerait-il à une telle doctrine, lui qui, au-delà du thomisme presque moliniste qu'il feint de professer dans le De Praedestinatione, défend en réalité une philosophie suivant laquelle toutes les confessions religieuses procurent le salut de l'âme,