‹ CampanellaChapitre 215 sur 300 · Op. cit., cap. cit., ad tertium principale · texte numérisé non relu

Op. cit., cap. cit., ad tertium principale

essentielle. Car l'or est plus imparfait que la vertu. La punition accidentelle à son tour est bien plus faible que la punition essentielle ; la punition accidentelle en effet, c'est la punition qui consiste dans la peine, tandis que la punition essentielle, c'est celle qui consiste dans la faute : or la punition incluse dans la faute est bien pire que la punition incluse dans la peine. Peu importe donc que parfois la sanction accidentelle soit absente ; il suffit que la sanction essentielle subsiste. — En second lieu il faut savoir encore que lorsque le bien est récompensé accidentellement, le bien essentiel semble par là être diminué et ne demeure pas dans sa perfection. Par exemple, si un homme agit vertueusement sans espoir de récompense, et un autre avec cet espoir, l'acte du second n'est pas tenu pour vertueux de la même manière que celui du premier. C'est pourquoi celui qui ne reçoit pas de récompense accidentelle est plus essentiellement récompensé que celui qui en reçoit une. Pareillement celui qui accomplit une action vicieuse et subit une punition accidentelle paraît moins puni que celui qui n'en reçoit pas une, car la punition incluse dans la faute est plus grande et bien pire que la punition incluse dans la peine, et lorsqu'un châtiment pénal s'ajoute à la faute, il diminue la faute. Ainsi celui qui n'est pas puni accidentellement est puni plus essentiellement que celui qui est puni accidentellement » ^

Mais alors quelle est la signification des sanctions accidentelles et séparables ? Ce sont, suivant Pomponace, des créations artificielles du législateur pour inciter au bien et détourner du mal les hommes peu sensibles à l'attrait de la vertu et à l'horreur du vice. Celui-ci a même dû imaginer et proclamer l'immortalité de l'âme, de manière à terrifier par la menace de châtiments éternels les natures particulièrement perverses que les amendes, le déshonneur, les souffrances corporelles et la mort ne suffisaient pas à impressionner. Il ne se souciait pas alors de la vérité, mais des bonnes mœurs et du bien public. Ses contes ressemblent aux inventions des médecins, imaginées pour rendre la santé aux malades, ou aux

I. Ibidem, depuis : « Srire tamen oportet bic duo... » jusqu'à : « ...eo qui accidentaliter punitur ».

apologues des nourrices, destinées à obtenir des petits enfants l'accomplissement d'actions utiles. Il n'y faut donc chercher ni vérité, ni fausseté. Si tout homme était bien portant, en possession de la raison, et naturellement enclin à la vertu, de telles fictions n'auraient plus de raison d'être. Malheureusement il n'en est pas ainsi. En outre la distance est plus grande entre l'homme et un pur esprit qu'entre le malade et le bien portant, l'enfant et l'adulte, le sage et l'insensé. Quoi d'étonnant dès lors à ce que le législateur doive user d'artifices ? Puisque l'attrait du bien n'agit puissamment que sur une élite, ils lui sont imposés, plus encore qu'au médecin et à la nourrice, par la faiblesse de la nature humaine ^

La notion que l'on voit ainsi se dégager peu à peu de cette critique de l'idée de sanction, c'est la notion moderne de l'autonomie morale. Fonder les règles de la conduite sur les sanctions d'outre -tombe, et lier indissolublement l'obligation de bien agir aux espérances et aux craintes impliquées dans la croyance à l'immortalité, c'est substituer une vertu servile à celle de l'âme bien née, que l'action bonne attire et séduit par sa valeur intrinsèque et sa beauté propre, et que détourne du mal la laideur même de l'action honteuse. « Remarquons-le. Celui qui s'applique à bien agir sans attendre d'autre récompense que la vertu paraît agir bien plus vertueusement et plus noblement que celui qui, au-delà de la vertu, attend quelque récompense ; et celui qui fuit le vice à cause de la laideur du vice, et non par crainte du châtiment réservé au vice, paraît bien plus digne de louange que celui qui évite le vice par crainte du châtiment. Conformément à cette idée, la haine du péché est inspirée aux bons par l'amour de la vertu, aux méchants par la peur de la punition. Aussi est-ce à juste titre qu'en affirmant que l'âme est mortelle on paraît mieux sauvegarder la conception du fondement rationnel de la vertu qu'en affirmant son immortalité, l'espoir de la récompense et la crainte de la peine semblant impliquer une certaine servilité, de caractère tout à fait opposé à cette conception » ^.

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