Spaccio, ediz. Gentile, p
4. De gli Eroici Furori, parte I, dial. 2°, ediz. Gentile {Dialoghi morali), p. 324 et 325 : « Cossî il sapiente ha tutte le cose mutabili corne cose che non sono, ed afferma quelle non esser altro che vanità e un niente... Chi dunque sarà savio, se pazzo ^ colui ch'è contento, e pazzo è celui
rent à toute religion réapparaît ainsi chez le plus païen des philosophes du XVP siècle, et il y revêt l'aspect d'une restauration du néo-platonisme. Comment cette tendance se conciliet-elle avec l'optimisme naturaliste et avec le sentiment de l'identité profonde du naturel et du divin ? Nous n'avons pas ici à résoudre ce problème ^ L'éthique de Bruno est manifestement inachevée. Il est vraisemblable que dans son esprit toutes les oppositions se conciliaient par la distinction de divers degrés d'une dialectique morale dont le terme suprême : l'absorption dans l'incompréhensible unité, ne pouvait être atteint que par quelques élus, et dont les premiers moments, c'est-à-dire le développement normal des facultés individuelles et de la civilisation sociale, ne perdaient leur valeur propre aux yeux du philosophe que par comparaison avec le but idéal et l'ultime couronnement de la vie spirituelle. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, il reste vrai qu'en écrivant le Spaccio vBruno a contribué à propager l'esprit naturaliste qui devait <présider à la formation des conceptions religieuses de Campaiiella. N'est-il pas curieux de constater qu'entre la publication ae ce livre et celle du grand ouvrage de Télésio sur la nature (De rerum natura juxta propria jjrincipia lihri IX, 1586), l'intervalle n'est même pas de deux années ?
Le philosophe de Cosenza ne connaît pas l'ivresse mystique des Eroici Furori, et la morale qu'il expose dans le neuvième livre du De rerum natura présente un caractère franchement naturaliste.
Le ressort de l'activité des êtres individuels dans le monde,
ch'è triste ? Quel che non è contento, ne triste ». — Traduction : « Ainsi le sage tient toutes les choses changeantes pour des choses qui ne sont pas, et affirme qu'elles ne sont rien autre que vanité et néant... Qui donc sera sage, si insensé est celui qui est content, et insensé aussi celui qui est triste ? Celui qui n'est ni content ni triste ».
1. Sur ce point, voir : Felice Tocco, Le opère latine di Giordano Bruno esposte e confrontate con le italiane, Firenze, 1889, Parte quinta, cap. V, p. 393-4 n.
c'est l'instinct de conservation. Aucune autre fin meilleure que notre conservation ne peut donc être proposée à notre âme, être naturel et matériel. « Non seulement l'esprit vital, mais encore tout être, quel qu'il soit, ne peut poursuivre et désirer aucun autre bien que celui qui lui assure la conservation de sa nature propre, la permanence et l'intégrité de ses qualités, et ne peut pâtir d'aucun autre mal que celui qui entraîne sa corruption » ^ C'est le souverain artisan de l'univers qui a lui-même, en créant la vie, pourvu les substances individuelles de toutes les facultés qui leur étaient nécessaires pour la maintenir et la développer ^. Mépriser celte vie, les forces et les biens de la nature, mépriser surtout la nature elle-même et s'en détourner, ce serait faire preuve non seulement d'impiété et d'inculture, mais de sottise et de folie ; lorsque notre âme s'applique à rechercher le bien qu'elle peut acquérir par ses propres forces, avec la nature pour guide, elle ne saurait encourir aucun blâme moral .'
Si la conservation personnelle est en même temps le but réel de l'activité spontanée de l'être, et la fin idéale de la conduite raisonnable, n'est-il pas vain de formuler des règles pour atteindre un bien vers lequel l'individu se porte avec la sûreté et l'infaillibilité de l'instinct ? — - Télésio ne le pense pas. Pour lui sans doute le plaisir est le sentiment de la conser vation, et la douleur celui de la destruction et de la corruption * ; nous sommes donc avertis par nos sensations du caractère bon ou mauvais tant des actions exercées sur notre âme par les choses, que des réactions par lesquelles elle y répond, mais d'autre part de tels avertissements ne portent que sur des effets immédiats, alors qu'il est nécessaire de prévoir à une plus longue échéance l'influence favorable ou