Ibidem
tères insuffisants, les caractères qui lui permettent de qualifier de bonnes ou de mauvaises les inclinations naturelles ?
La réponse de Télésio à la question ne brille pas par l'originalité, mais elle est conforme au bon sens : les penchants modérés sont des vertus ; le vice au contraire consiste soit dans l'excès, soit dans le défaut de la tendance. L'expérience prouve en effet que les inclinations violentes ou trop faibles sont nuisibles à la conservation de l'âme, dont la condition essentielle est la modération des désirs, des aversions et des actions ^
Plus originale est la théorie que le philosophe expose pour expliquer le passage de l'égoïsme à l'altruisme, et pour justifier les vertus sociales et intellectuelles sans renoncer au principe de la conservation de la personne. La description qu'il trace alors du mécanisme psychologique par lequel, en vertu des lois de l'association des idées, l'individu en vient à s'attacher à ses semblables autant qu'à son intérêt propre ^, et à estimer l'honneur à l'égal de la vie ^, fait songer sur beaucoup de points, ainsi que son explication de la pitié et de la jalousie *, aux fameuses analyses de Spinoza dans la troisième partie de V Ethique.
L'homme ne peut pourvoir par ses seules forces à sa conservation individuelle. Il a besoin pour cela du concours et de collaboration de sa famille, de ses amis, de la société tout entière. C'est pourquoi il associe à l'image de leur bonheur le même sentiment de joie qui accompagne ses succès personnels, à la vision ou à l'idée de leur malheur le même sentiment de tristesse que lui inspirent ses propres infortunes. Son âme s'afflige des maux d'autrui, et souffre de ne pouvoir les soulager. En elle cette disposition intérieure donne naissance à la pitié, à la bienfaisance et à tontes les vertus sociales : l'âme s'imagine qu'elle subit elle-même dans les mêmes circonstances les maux qu'elle perçoit, et elle agit comme si sa propre conservation était en péril.