‹ CampanellaChapitre 224 sur 300 · Op. cit., lib. IX, cap. XXIX, p · texte numérisé non relu

Op. cit., lib. IX, cap. XXIX, p

donc juste de préférer la possession de cet avantage à celle de tous les biens extérieurs. Mais dépend-il de nous de l'acquérir? Quelque important que soit le rôle que Télésio attribue à la sagesse dans la direction de la conduite, la raison suivant lui est néanmoins impuissante à modifier profondément les aptitudes, dispositions, et inclinations innées. L'influence de l'habitude elle-même, qui implique du reste à l'origine une intervention de l'intelligence, est à peu près nulle comparée à celle du tempérament et de l'hérédité. Elle a épuisé son- efficacité lorsqu'elle a réussi à détourner l'âme de toutes les fonctions autres que la perception et l'étude réfléchie des forces qui agissent sur nous, et dont les effets intéressent notre conservation personnelle, et elle ne peut aucunement prétendre à modifier, même légèrement, comme le fait par exemple l'âge, la substance de l'esprit vital, de manière à en rendre les éléments plus ténus, plus agiles et plus sensibles ^ L'immutabilité du caractère individuel et du type national présente aux yeux de Télésio toute la certitude d'une loi physiologique ^. Si donc, comme il l'affirme, la pureté de l'esprit est l'essence même de la vertu, la moralité dans son système semble échapper complètement au contrôle du vouloir et de la raison. Elle cesse d'être un idéal qui impose une règle, pour devenir un fait naturel et positif, à étudier objectivement, mais dont l'appréciation, tout esthétique ou utilitaire, ne saurait comporter ni le blâme ni l'éloge. — On voit que même à une époque où le naturalisme s'imposait plus ou moins à toute pensée, nulle conception de la morale ne s'est plus ingénument placée que celle de Télésio en dehors de la tradition chrétienne, et on comprend par suite que dans la conscience religieuse de Campanella, plus familier encore avec cette philosophie qu'avec les idées des humanistes de Pomponace et de Giordano Bruno, le problème de la rationalisation de la foi catholique se soit présenté sous une forme particulièrement grave : pour lui en effet, qui recevait de ses prédéces-

1. Op. cit., lib. IX, cap. XXX, p. 391-392 ; — cap. XXXIII, p. 396 ; — cap. XXXI, p. 394 : Utique et virtutes vitiaqiie non consuetudine comparari, sod natura incsse existimandum vidctur.

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