‹ CampanellaChapitre 232 sur 300 · Poésie, ediz. Gcntile, p. 20, n · texte numérisé non relu

Poésie, ediz. Gcntile, p. 20, n

me flambeau du vrai Dieu. Tu es le père de la nature et le roi heureux des astres, la vie, l'âme et la conscience de toutes les choses secondes, toi sous les auspices de qui j'ai fondé l'admirable école de la Première Science... Si le destin m'est contraire, toi, appelles-en à la Sagesse Première, qui a son simulacre ne refuse jamais aucune grâce ^ ».

De cette déchristianisation du sentiment religieux, quelle est maintenant dans la pensée de Campanella non pas peutêtre la cause, ni la conséquence doctrinale, mais plutôt la traduction intellectuelle et théorique ? La croyance à la chute originelle est la clé de voûte de tout l'édifice de la vie intérieure chrétienne, et l'attachement de la raison et du sentiment à ce dogme peut servir de pierre de touche pour reconnaître la persistance de cette vie, et pour en éprouver la pureté, la sincérité et la profondeur. Or, malgré toutes ses atténuations et ses réticences, il semble bien que notre philosophe ait cessé de croire au péché d'Adam. — Dans la Città del Sole, il déclare que les Solariens, pour expliquer le triomphe dans ie monde de la corruption et de l'injustice, admettent qu'une perturbation accidentelle, à laquelle ils assignent des causes astronomiques, s'est introduite autrefois dans les choses humaines. Pourtant, ils envient le bonheur des chrétiens qui, pour rendre compte d'une si grande perturbation, se contentent de croire au péché d'Adam. Suivant leur opinion à eux, le mal qui retombe sur les fils, ce n'est pas le mal de la faute, c'est celui de la peine : la faute remonte plutôt des fils aux pères qui n'ont pas apporté toute leur attention à la génération, au choix du temps, des lieux, des géniteurs, et qui ont négligé l'instruction et l'éducation des enfants. Enfin ils pensent que la peine et la faute rejaillissent toutes deux sur l'Etat tout entier, qui comprend en même temps les fils et leurs parents ^.

Dira-t-on que ce texte n'exprime pas la pensée personnelle de Campanella ? Reportons-nous alors à la profession de foi

1. Poésie, ediz. Gentile, p. 191 : Al Sole. C'est l'hymne cité plus haut (Première Partie, chapitre sixième), et qui débute ainsi : « M'esaudi al contrario Giano, etc.. » Pt'^v. c^«^ $:■ (■'^ru^^H< ^'i^'/'i > Ip-^'lî' ^"7^1

2. Città del Sole, cod. Vat., Kvacala, Gen., p. 65, 1. 6-26 ; — Civitai Sulis, éd. de 1623, p. 459-460 ; éd. de 1637, p. 166.

contenue dans le poème intitulé Foi naturelle du vrai sage (Fede naturale del vero sapiente), et au commentaire dont le philosophe la fait suivre. Nous verrons facilement qu'il prend lui-même à son compte l'opinion des Solariens : « Le père doit porter le péché et la peine du fils qui pèche par sa faute à lui, parce qu'il l'a mal engendré ou mal élevé ; le fils, lui, ne reçoit pas de son père la faute, mais la peine seulement. Sur l'Etat, qui a plus de sagesse, retombent obligatoirement le premier et le second mal lorsqu'il ne pourvoit pas à la génération et à l'éducation, selon ce qu'a écrit l'auteur dans le livre appelé La Cité du Soleil et dans les Aphorismes politiqties » ^ — Le sens de ces lignes est bien clair : cette peine qui retombe sur le fils, ce n'est pas assurément un mal moral identique à une corruption essentielle et profonde de la nature humaine, comme celle que le christianisme explique par la chute originelle ; c'est un mal naturel, évitable, accidentel même, dont la perpétuelle transmission ne se comprend, pour un adepte de Télésio, que par l'influence de l'hérédité physiologique et psycho-physiologique.

Nous voilà maintenant suffisamment édifiés sur le caractère du sentiment religieux chez Campanella. Pour avoir voulu établir une harmonie entre la religion et les directions morales dominantes de la pensée et de la culture de son temps, il a gardé sans doute de la première toutes les nobles aspirations propres au théisme et au panthéisme, mais en revanche, il en a abandonné, parfois à son insu, d'autres fois délibérément, la plupart des éléments spécifiquement chrétiens.

1. Poésie, ediz. Gentile, p. 13, comni. 13 : Il padre deve portar la colpa e la pena del figlio i)pccante per suo difetto, che mal lo generô, o mal l'allevft : ma il figlio, non la colpa, ma la pena solo del padre trac. E la patria, che ha piîi senno, è obbligata ad ambcdue mali, che non provvede alla generazione, educazione, secondo scrisse l'autore nel libre dette « La Città del Sole » e negli « Aforismi Politici ».

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