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De pace, seu Concordantia fidei, cap. I, Opéra, p

VERS l'idée de religion NATURELLE 425

il n'y a aucune proportion. Tous les rites les plus divers, tous les noms les plus différents sous lesquels Dieu est adoré, correspondent donc aux efforts vainement tentés par l'homme pour enfermer l'idée de l'Etre infini dans les limites trop étroites de ses concepts. Dès lors nulle raison n'existe de condamner absolument cette diversité, ni de croire qu'elle interdira à tout jamais le rétablissement de l'union religieuse. C'est le même souverain dispensateur de la vie et de l'être qui est adoré dans les confessions religieuses les plus opposées. Nul homme, dans tout ce qu'il semble désirer, ne saurait désirer autre chose que le bien qui est Dieu, et ce qu'il cherche dans toute pensée discursive, c'est le vrai, qui est Dieu encore ^ Là est le principe d'un accord entre les sectes : elles cesseront de se haïr et de se combattre mutuellement lorsqu'elles reconnaîtront que l'objet de leur commune adoration est au fond le même Etre infini et parfait, dont aucune ne connaît la nature et l'essence que par une ignorance savante (docta ignorantia), et lorsque derrière la diversité des rites elles apercevront l'unité essentielle et profonde de la religion intérieure.

Quelle est maintenant la solution pratique proposée par le cardinal de Cusa pour faire cesser tous leurs différends ? Il semble que non seulement il se soit rendu compte de l'impossibilité pratique de convertir tous les hommes à une religion unique, mais qu'il ait vu en outre un avantage spirituel dans la variété des cultes et des cérémonies, nécessaire pour entretenir l'émulation entre les peuples ralliés à des confessions diverses, et plus attachés à leurs institutions nationales qu'à celles des autres pays. Dès lors, partout où la conformité ne pourra être obtenue dans la manière d'adorer Dieu, l'Eglise autorisera le maintien des coutumes et des pratiques religieuses adoptées par chaque secte. Il importera seulement de veiller à

I. Op. Cit., cap. I, p. 8(12-863 : Nam nemo appétit in omni eo quod appptere videtnr, nùsi bonum quod tu e.s : neque quisquam aliiid omni intellectuali di.scursu quaerit, quam vorum, quod tu es. Quid quaerit vivens, nisi vivere ? Quid existons, nisi esse ? Tu ergo qui es dater vitae et esse, es ille qui in diversis ritibus differenter quaeri videris, et in diversis nominibus nominaris, quoniam uti es mancs omnibus incognitus et ineffabilis. Non enim qui infinita virtus es, aliquid eorum es quae creasti, nec potest creatura infinitatis tuae conreptum comprehendere, cum finiti et infiniti nulla sit proportio.

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l'intégrité du dogme de l'unité divine, et de ne tolérer qu'un seule culte de latrie \ C'est par là que le cardinal de Cusa se révèle partisan d'une religion naturelle. Tous les dogmes, même les plus opposés, pris par exemple dans les religions qu'ont décrites Eusèbe et Marcus Varron, lui paraissent reposer sur la croyance à un Dieu unique, commune à toutes les nations, et dans laquelle il voit le fondement et la garantie de leur concorde future par leur union dans une même foi ^.

La théologie négative inspirée de Plotin et du Pseudo-Denys a exercé sur l'esprit des philosophes de l'école néo-platonicienne de Florence une influence plus grande encore que sur celui de Nicolas de Cusa. Aussi voyons-nous Marsile Ficin, inspiré par le même sentiment de l'infinité divine que l'auteur du De Pace, seu Concordantia Fidei, déclarer lui aussi que Dieu n'a pu laisser sans religion aucune époque de l'histoire ni aucune région du monde, mais que suivant les lieux et les temps il a toléré dans les rites d'adoration une variété par laquelle peut-être il voulait accroître l'admirable beauté de l'univers. A l'orgueil qui détourne l'homme de l'adorer, le Créateur préfère un culte quelconque, même inepte ^. C'est pourquoi il a implanté si fortement l'instinct^religieux dans le cœur des hommes, que le culte divin leur est presque aussi

1. Op. cit., cap. I, p. 863 : Si sic facere dignaberis, cessabit gladius, et odii livor, et quaeque mala, et cognoscent oinnes quomodo non est nisi una religio in rituum varietate. Quod si forte haec differentia rituum tolli non poterit, aut non expedit, ut diversitas sit devotionis adauctio, quando quaelibet regio suis caeremoniis quasi tibi régi gratioribus, vigilantiorem operam impendet ; saltem ut, «icut tu unus es, una sit religio et unus latriae cultus. — Op. cit., cap. XVIII, p. 878 : Ubi non potest conformitas in modo reperiri, permittantur nationes (salva fide et pace) in suis devotionibus et caeremonialibus. Augebitur etiam fortasse devotio ex quadam diversitate, quando quaelibet natio conabitur ritum suum, studio et diligentia splendidiorem efficere, ut aîiam in hoc vincat.

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