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intellectioR cachée : intelligere abditum ^ — Ainsi se dégagent peu à peu, au sein des doctrines encore fumeuses et inconsistantes de l'école platonicienne de Florence, les idées que l'auteur du De sensu rerum, de VAtheismus triumphatus, et de VUniversalis Philosophia, se préoccupera de mettre au point, d'assembler et de coordonner dans une synthèse plus vaste et surtout mieux définie.

La physionomie de Guillaume Postel présente avec celle de Campanella des ressemblances plus nombreuses et plus caractéristiques que celles de Marsile Ficin et de Pic de la Mirandole. Ce n'est pas seulement par ses idées sur la religion naturelle, c'est aussi par la manière dont il a tenté de les mettre à exécution et par les actions de sa vie qu'il semble avoir été le précurseur de notre philosophe.

Orientaliste éminent, et peut-être l'homme de son temps qui connaissait le mieux les langues anciennes et modernes des pays du Levant, Guillaume Postel ne considérait ses travaux de philosophie que comme des moyens en vue d'une fin plus haute qui était la conversion à la religion chrétienne des Arabes, des Turcs, de tous les mahométans, des Israélites et de toutes les nations de la terre. Tel est aussi le but de ses continuels voyages, pour lesquels il demande des subsides à François l", au cardinal de Tournon, à l'archevêque de Vienne, Pierre Paumier, à Marguerite de Navarre, etc. C'est pour remplir cette mission qu'il a, dit-il, reçu de Dieu le don des langues qui lui permettra de traduire en arabe et en hébreu les Saintes-Ecritures et, d'une manière générale, d'écrire dans touS" les dialectes des réfutations des erreurs religieuses ^.

1. Apolofjia, Opéra, Basileae, 1601, t. II. p. 13.^. — Cf. t. II, p. 62. — Se reporter à notre livre sur Les Antécédents historiques du « Je pense, donc je suis », Première Partie, chapitre quatrième, III. Voir aussi, dans le présent ouvrage, la Quatrième Partie, chapitre premier, I.

2. Voir la préface de l'ouvrage intitulé : Quatuor librorum de orbis terrae concordia Primus, Guilielmo Postello Barentonio Math. Prof. Regio Authore, Excudebat ipsi authori Pctrus Gromorsus, Parisiis, 1543.

En même temps que les Juifs et les Mahométans, ce sont aussi les protestants et les libres-penseurs qu'il entreprend de ramener dans le giron de l'Eglise universelle. Peut-être même est-ce l'affliction qu'il éprouve, en constatant d'une part les progrès de la Réforme, d'autre part la corruption de l'Eglise catholique et la diffusion de l'incrédulité, qui le décide à proposer à toutes les sectes l'adoption des principes de la religion naturelle. Il blâme sévèrement Luther qui a détruit l'unité chrétienne, et il s'indigne contre les anabaptistes qui ont causé la ruine de Munster, ville jadis florissante ^ Parlant de Pomponace et de ses partisans, il plaint la malheureuse Italie qui nourrit de tels monstres et les laisse pénétrer jusque dans les cours de ses princes *.

C'est donc au cathoîiscisme qu'il propose aux peuples de se rallier, mais à un catholicisme transformé, rajeuni, et qui n'est pas celui des papes et des cardinaux de son temps. Contre les abus qui se perpétuent au sein de l'Eglise romaine, il est aussi sévère que Luther lui-même. Il stigmatise le luxe de sybarite étalé par les Papes dans leur vie privée, et l'audace avec laquelle depuis plusieurs siècles ils s'occupent d'accroître leurs richesses temporelles par des œuvres et des institutions décorées des noms et des titres les plus sacrés : « On a tout fait converger vers le gain, et à Rome, et partout ailleurs, et, pour ainsi parler, c'est presque Dieu lui-même qui est vénal, en sorte que la pire abomination se montre justement là où s'exerce l'action de l'ordre sacro-saint ' ».

Mais l'esprit de luxe et la prédominance des soucis temporels sur les intérêts spirituels ne sont pas aux yeux de Postel les seuls vices de l'Eglise catholique. La cause de son impuissance à rallumer le flambeau éteint de la foi est l'absurde obs-

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