‹ CampanellaChapitre 237 sur 300 · Op. cit., fol · texte numérisé non relu

Op. cit., fol

3. Alcoranis seu legis Mahometi et Evangelistarum concordiac liber, Parisiis, Excudebat ipsi authori Petrus Gromorsits, lfî43 ; De jiidicio Dei Jamiam imminente, p. 108 : Vita multonim pontificum sub sacrosancto Jesu Christi nominr^ luxu plus quam Sybaritico diffluit, et jam nescio quot saecnlia rem doinesticam fastumquc sub sanctissiinis vocabulis et titulis curât augetqne ars pontificia. Omnia sunt ad quacstuin et Romae et ubivis conversa, atque ut ita dicam dcus ipso prope venalis, ita ut abhoininatio illic sit maxima, ubi sacrosanctus ordo agit.

tination de sa prétention à la fonder sur la seule autorité. Alors que la vraie religion défend de faire violence à toute pensée droite et ferme, et juge imprudente et stérile toute tentative d'imposer la vérité par la contrainte, alors que Dieu veut la liberté des âmes \ les prélats et les théologiens romains prétendent que les raisons de ia vérité chrétienne ne doivent ni ne peuvent être fournies, en sorte qu'ils abaissent leur religion au rang de celles des Juifs et des Mahométans ^. S'adressant donc aux Pères du Concile de Trente, auxquels il dédie son livre De Nativitate Mediatoris ultima, Postel leur demande, dans l'intérêt de la réconciliation du monde, de ne prononcer l'analhème contre personne. Qu'ils reçoivent au contraire avec sympathie des envoyés de la Moscovie, de la Grèce, de l'Arménie, de la Géorgie, etc., et qu'ils se persuadent bien, avant de prendre des décisions, que Dieu, qui veut le salut de tous les hommes, ne saurait damner les fidèles serviteurs de la loi naturelle, et accueille tout homme qui dans toute nation fait le bien. S'ils agissent autrement, leur concile ne sera pas un concile, mais une assemblée de division et de discorde (dissilium) ^.

La signification de ce vœu est très claire. Pour Postel, audessus des religions particulières, dont les dogmes s'opposent les uns aux autres, il y a une religion naturelle et innée, fortement implantée par Dieu dans le cœur des hommes, et dont la pratique peut suffire au salut. « Bien que de ceux qui, instruits seulement par la lumière naturelle, ont suivi la justice

1. De orbis terme concordia libri quatuor, Guilielmo Postello Barentonio, mathematum in Academia Lutetiana professore regio, authore, Basileae, 1544 ; lib. IV, cap. I, p. 327 : liam quod vi factum est, vix unquam ad frugem proficiscitur. Ideo vera religio vetat, vim cuiquam recto constantiquc judicio fieri, et improbat, si quis vi imprudenter adactus ad veritatem fuerit. Animos enim liberos vult Deus.

2 Voir la lettre de Postel, citée, p. 230 de l'article : « Postel », tome III du Nouveau Dictionnaire historique et critique, de Jaques George de Chaufepié, Amsterdam, Z. Châtelain, 1753.

3. De Nativitate Mediatoris ultima, nunc futura, et toti orbi terrarum in singulis ratione praeditis manifeslanda, autore Spiritu Christi, Exscriptore Gulielmo Postello, Apostolicâ professione sacerdote, Basileae, 1547, papes 5-7. — P. 6 : In onmi gente qui facit bonum, hic est acceptus illi [Deo]. — P. 9 : Hoc unum vobis dico, Patres, ut sine anathemate veritatis leges exponatis. Facilius hoc modo reconciliabitis mundum.

dans la mesure où ils l'ont pu, on ne puisse rien affirmer, cependant le bienfait d'un baptême spirituel, à eux accordé par le Christ pendant toute la durée de leur privation de la lumière évangélique, n'est pas une chose à nier témérairement ; ce serait en effet attribuer à Dieu bien peu de justice ^ ». En fait tous les hommes possèdent un fonds commun de religiosité. « Bien qu'ils ignorent quel Dieu ils doivent avoir, ils savent au moins qu'ils doivent en avoir un. Tous ont eu naturellement l'occasion d'e rendre grâce à quelqu'un pour ses bienfaits. Comment se pourrait-il donc que l'homme, animal plein de sagacité et de raison, privé de tous les biens par la nature et exposé à toutes sortes de misères, mais apprenant que cette machine de l'univers lui a été procurée pour compenser et pour combattre ces misères, ne désire pas de toutes ses forces connaître l'auteur d'un si grand don, et ne rende pas un culte à tout ce qu'il sait par ouï-dire avoir tenu lieu de dieu pour ses pères 2 ? » La reconnaissance à l'égard du Créateur, voilà donc un premier élément de la religion naturelle.

Un autre élément est l'instinct qui pousse la créature à rechercher dans cette vie même, sous l'influence d'une cause cachée dans les profondeurs de son être, la durée et l'immortalité. Cette tendance est constatée, même dans les choses d'essence très simple, privées de conscience et inanimées, et que l'on voit répugner à la dissolution et à la rupture du lien par lequel elles ont coutume d'être liées '. Chez l'homme, cet instinct se traduit par une soif de progrès que la science et les

1. Alcoranis seu legis Mahometi et Evangeîistarum concordiae Liber, Parisiis, 1543, De judicio Dei lamiam imminente, p. 106.

2. De orbis terrae concordia libri quatuor, Basileae, 1544, lib. IV, cap. I, p. 326.

3. Quatuor libroriim de orbis terrae concordia Primus, Parisiis, 1543, caput XVII, fol. 122 : Coaservandi sui causam quamilam in se latentem habere quidquid creatum est, nullus philosophiae alumnus diffiteri potest, unde videtur res sinpulas, (juantuni per naturam ipsarum licet, durationem et immortalitateni si fieri posset, appetcre, omniaque adminicula quibus id asseqiiantur, perquirere. Quae vero et sensu et vita carent, sed simplici esscntia constant, tamcn quodam vinculo ita necti soient, ut non nisi aegre solvantur. — C'est la théorie même de Campanella : l'instinct religieux a pour première manifestation, dans la nature même, l'instinct de conservation, le désir de s'éterniser (voir plus loin, chapitre sixième, et plus haut : Cinquième Partie, chapitre troisième, V).

biens de ce inonde ne sauraient apaiser, et il n'y aurait dans l'univers aucune perfection, aucune harmonieuse adaptation des moyens aux fins, si l'homme, en vue de qui il a été manifestement créé, n'atteignait pas dans une autre existence, par l'immortalité et par la possession de Dieu, la récompense de son labeur et de ses souffrances, et l'objet éternel vers lequel tendent, même à son insu, toutes ses aspirations ^ — Si ces notions sont vraiment communes à tous les hommes, comment s'explique la diversité des religions P

Postel lui assigne les mêmes causes qu'à la variété des institutions juridiques, des coutumes et des. Lois qui se sont greffées peu à peu sur le droit naturel primitif. Il recule jusqu'à l'époque de Noé l'âge d'or, pendant lequel les hommes respectaient les préceptes de la loi morale sans connaître les prescriptions nombreuses et minutieuses de nos codes. Celles-ci sont nées l'une après l'autre dans les différents pays, souS' l'influence de besoins sociaux et de nécessités politiques. Or il en est exactement de même des lois religieuses surajoutées à la loi naturelle : elles visaient à affermir la puissance de l'Etat, à accroître le prestige des chefs, à réduire les peuples à l'obéissance, en revêtant d'un caractère sacré les préceptes juridiques. Ou bien encore elles procédaient du désir de perpétuer la mémoire d'un héros national en le divinisant. La puissance des armes a contribué aussi à les imposer, comme le prouve l'exemple de Mahomet, qui du reste a usé supérieurement de tous les autres moyens artificiels de maintenir et d'accroître le trésor des croyances et des institutions religieuses. Enfin la transformation des dogmes et des cérémonies correspondait à un besoin psychologique en même temps que social : l'habitude avilit toutes choses, et pour rendre à la religion sa vitalité et son lustre, les prêtres, encouragés par les princes, devaient créer de temps en temps de nouveaux rites, réaliser des miracles inédits, et susciter de nouveaux prophètes '.

Au cours de cette évolution, la pureté et l'équité de la loi naturelle ont nécessairement subi une altération profonde. Son

1. Op. cit., cap. Vlir, fol. 71 ; — cap. X, fol. 86 ; — De rationibus Spiritus Sancti libri II, Parisiis, 1843, fol. 14.

2. De orbis terrae concordia libri quatuor, Basileae, 1544 ; — lib. III, cap. IV, notamment p. 278-281 ; cap. VII, p. 283 et 285.

but primitif a été oublié, à mesure que les intérêts de l'Etat ou des factions substituaient leur influence à celle de l'instinct religieux. D'autre part, — l'histoire même de l'Eglise catholique en fournit la preuve, — la masse des commentaires et des interprétations successives des conciles ramenées peu à peu par la postérité à un petit nombre de propositions, a introduit dans la signification des vérités fondamentales une obscurité et une ambiguïté qui ont créé d'excellents prétextes au mensonge, à la fraude, aux décisions inspirées par des considérations de personnes ou par des motifs politiques ^ Le nouveau et l'illégitime s'insinuent ainsi dans la religion à la place de l'ancien et du légitime, et ainsi ce sont les lois, et non plus le droit lui-même que l'on considère. Mais pendant que chacun au sujet du droit imagine et invente tout ce qu'il veut, de fond en comble le droit est ruiné par le droit ''. — De ce mal connu et visible dont souffre le christianisme, en s'éloignant de plus en plus de la tradition évangélique, quel est maintenant le remède ?

Pour Postel, qui semble adopter sur ce point les idées de l'école de Padoue, reprises au XYP siècle par Pomponace et par plusieurs autres penseurs, les religions, comme les êtres vivants ont une enfance, une jeunesse, une maturité et une période de déclin. Or l'église du Christ est entrée dans la période de la vieillesse ; elle ne peut plus être régénérée par les miracles. Il faut donc traiter la religion chrétienne comme on traite un organisme malade, à qui on rend la santé en y introduisant les substances capables de fortifier les éléments premiers eux-

1. Op. cit., lib. ni, cap. I, p. 263 : Molem illam concilionim et. interpretum non sibi per omnia consentaneam, sed temporum, locoruni, personarum, et rcrum rationi accommodatam, in locos communes veluti Tpo6XY;u.aTiy.a)Ç digestam, in pauca congessit po.steritas, ut non asserere jam, sed ambigerc de rébus illis veluti opinione nitentibus, sit cœptum. Eo enim jam res venerat, ut plura in personarum quam in muneris gratiam statuerenlur. Obortis vero opibus, jam cuniculis irrepere, et se sensim fraus rébus sacris immergere cœpit : ut non usque adeo ctiam pietatcm praetexere possint, quae abhinc quingentis annis sunt constituta.

2. Ibidem : Unde pro antiquis et genuinis notha et nova subeunt, pro veris commentitia : atque inde leges, non jus ipsum tuentur. Sed dum sibi quisquc quidvis de jure confingit, jure jus funditus evertitur.

mêmes dont les proportions et l'assemblage ont déterminé sa complexion originelle. Pour toutes les choses qui vieillissent en s'éloignant de plus en plus de leurs principes, le retour à ces principes est la condition même de la guérison ^ Il faut par suite, pour réformer le droit, remonter à sa source, qui est la philosophie, et pour rajeunir la religion, revenir à la loi naturelle, d'où elle procède. C'est à la raison qu'il faut confier l'œuvre de régénération pour l'accomplissement de laquelle on ne peut plus compter sur les miracles ^.

Mais en reconstruisant par la raison les vérités de la foi, Postel ne craint-il pas d'aboutir à une religion dont les dogmes différent considérablement des croyances admises par le christianisme ? — Il semble en vérité, par des emprunts à la scolastique officielle ou averroïste, à Platon, à St-Augustin, aux rabbins juifs, s'être sincèrement efforce de donner d<*s démonstrations rationnelles non seulement des affirmations de la religion naturelle, mais aussi des enseignements plus particuliers du catholicisme ^. Pourtant la logique de son système, autant que son désir de trouver un terrain d'accord entre les sectes opposées, le conduisait nécessairement à s'adresser à toutes les confessions religieuses pour déterminer, par une recherche de leurs principes, le contenu qui leur était commun, en faisant bon marché souvent des croyances, mêmes catholiques, qu'il en jugeait trop éloignées, et qu'il estimait capables seulement d'entretenir entre les sectes de perpétuels motifs de disputes et de divisions.

Quelle que soit son aversion pour le protestantisme, Postel tente donc, dans un ouvrage qu'il publie en 1563 à Lyon, et qu'il intitule L'Unique moyen de l'accord des Protestants, appelés en France Huguenots, et des Catholiques ou Romains et Papistes proposé avec raison, d'en concilier la doctrine avec

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