Op. cit., loc. cit., p
2. Quatuor librorum de orbis terme concordia Primus, Parisiis, 1543, (préface) : Nascente ecclesia Christi, miraculis, nunc senescente et tantum non afflicta pietate, rationibus est agendum.
3. Notamment dans le premier livre du De orbis terme concordia, édition de Bâle, 1544, dans les « De rationibus Spiritus Sancti libri H », et dans les « Sacrarum apodiyeov, seu Euclidis christiani libri II », Parisiis, 1543, Excudebat ipsi aiithori Petrus Gromoraus .
celle de l'Eglise romaine. — Dans l'hérésie mahométane, il est loin de ne relever que des erreurs : sur les choses divines, les musulmans professent, à leur manière il est vrai, des opinions semblables à celles des chrétiens ^ Les Turcs, qu'il connaît et estime particulièrement, croient à l'immortalité, observent religieusement les usages de leur Pâque et la maxime du pardon aux ennemis. Dans leurs aumônes, ils agissent « si très secrètement que vraiment vous voyez en ce la pratique du dire de Jésus-Christ : Ne sache la destre que fait la senestre » 2. Leur charité est même supérieure à celle des catholiques. « Là où il y a dix riches et deux cens de pauvres, ils ne laissent nul avoir faute de manger principalement, ce qui me fait merveilleusement penser comme ainsi soit que l'intention de toutes les lois du monde soit Charité, et tant plus de la nostre, quant plus est parfaite, que nous nous sentons fort de la parabole de l'enfant prompt à promettre et tardif faiseur' ». Le reproche de cruauté que l'on adresse aux Turcs manque tout à fait de fondement : « Ce qui fait mal juger par le commun récit de la cruauté des Turcs et qui leur baille le nom de si grande infidélité est que quasi tous ceux qui ont expérimenté leur domination (je ne veux point dire conversation), pour la captivité ou adverse fortune qui fait sans doute trouver toutes choses amères, ou jà pour opinion de la diversité de la loy qu'ils gardent, ont tous jugé universellement être intractables barbares, et indignes d'humaine ou Ponentine conversation » ^. Enfin ils méritent des éloges pour leur fidélité à la parole donnée, et pour la tolérance avec laquelle ils permettent aux peuples subjugués par eux, par exemple aux Grecs et aux Arméniens, de vivre selon leurs lois propres, et de conserver leurs prêtres et leurs institutions 5.
1. De orbix terrap concordia libri quatuor, lib. IV, cap. II, p. 320 : Fatentur enim quaecunque de divinis tenemus, suo tamen more.
2. De la République des Turcs, et là où l'occasion s'offrera, des mœurs et loy de tous Muhamedistes, par Guillaume Postel, Cosmopolite. A Poitiers par Enguibert de Marnef, MDLX ; — p. 63.
K. 0. c, p. 69 et 74
Si grande que soit l'estiine de Postel pour la religion des musulmans, elle n'égale pas cependant l'admiration qu'il professe pour la loi juive. Il ne la croit pas, pour ce qui touche aux mœurs, abrogée par l'Evangile ^ Quant à la doctrine, il l'estime sans doute inférieure au catholicisme, mais cela ne l'empêche nullement de prendre maintes fois des interprétations obscures de la Kabbale pour fondement de son apologétique. Il retrouve dans le Sepher jezirah, ou Livre de la Création, dont il donne la première traduction, le contenu authentique de la loi naturelle, dans toute sa pureté primitive. En fin de compte, la religion qu'il propose aux hommes d'adopter contient tout ce qu'il y a de bon à son avis dans le judaïsme, l'islamisme et le christianisme et, pour revenir à la raison et à la nature, il s'éloigne très sensiblement de l'orthodoxie catholique. Comment essaye-t-il néanmoins de prouver sa fidélité aux enseignements de la révélation ? C'est ce qu'il importe maintenant d'examiner.
La raison pour Postel est identique à la loi même du Christ. Or le Christ est l'âme des âmes, identique au « Logos » des néo-platoniciens et de Philon, au Verbe des chrétiens '. Elle est donc aussi l'Ame du Monde, par laquelle tout a été créé, et qui communique à tous les êtres individuels la vie, la pensée et le mouvement. De tout temps donc, la raison divine, intérieure à l'esprit humain, a été l'inspiratrice véritable des religions à leur origine '. Elle a parlé par la voix de la Sibylle de Cumes, comme par celle de Moïse, des prophètes et des apôtres. On peut découvrir ses enseignements dans les ouvrages des philosophes grecs, de Platon surtout, dans les institutions et la morale des anciens Etrusques, dans les livres de la Kabbale comme le Zohar, et dans la divination des mahométans.
Entre raison et révélation, Guillaume Postel n'aperçoit donc
1. De orbis terrae concordia, lib. IV, p. 446 : Nunc abrogatam dicimus [legem Mosis], nisi quod ad mores attinet.
2. L'influence de Pic de la Mirandole et de la Kabbale est ici visible.
3. Voir le Dictionnaire de Chaufepié, t. III, article Postel, note de la page 221, et les Nouveaux Eclaircissements sur la vie et les ouvrages de Guillaume Postel, par le Père des Billons, Liège, J. J. Tutot, 1773, p. 102. — Se reporter aussi à l'ouvrage cité dans la note suivante, p. 96.
aucune opposition. La révélation en effet est unique. Inspirés par le Christ même, à leur insu, les fondateurs de religions ont tous enseigné la même doctrine, que l'on peut restituer dans sa pureté à condition de remonter par la raison aux sources primitives des dogmes, profondément altérées dans la suite des temps par le mensonge politique et par les inventions de l'imagination humaine. Le grand Pan, dont le marin de Plutarque apprenait la mort, c'est le Christ ^ Noé, c'est le Janus des Etrusques, c'est Saturne, c'est le Deucalion des Grecs, époux de Vesta, qui s'appelle aussi Cybèle. Ses lois ont présidé à l'âge d'or et devancé celles de Moïse 2. Sa morale, fondée sur des préceptes de justice et d'amour, est devenue la morale de la bonté (benignitas) chez Cicéron et de la charité chez les chrétiens'. Les procédés de divination qu'il a enseignés à son peuple : l'aruspicine et l'extispicine constituaient une première révélation des mystères de la religion *. Ce qui est vrai de la loi étrusque est vrai de toutes les lois religieuses, identiques les unes aux autres dans leurs fonds vraiment originel. Il faut, suivant Postel, réhabiliter la magie, dont le nom a été en horreur auprès de toutes les nations. Les Mages ont connu le Christ par l'observation des cieux bien avant que les Juifs ne le connussent par l'Ecriture 5, et aujourd'hui, à cause des factions qui divisent les Chrétiens et de l'isolement des Israélites, dispersés sur toute la surface du globe, c'est dans les doctrines adultérées des musulmans, par le moyen desquelles Dieu a voulu en perpétuer la mémoire, qu'il faut aller chercher les enseignements syriaques primitifs relatifs à la divination sacrée ^.
1. De Etruriae regionis quae prima in orbe europaeo hahitata est Originibus, Institutis, Heligione et Moribus, et imprimis de Aurei saeculi doctrina et vita praestantissima, quae in Divinationis sacrae usu posita est, Guilielmi Postclli commentatio, Florentiae, MDLI ; — p. 38 et 39.