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De Sativitate Mediatoris ultima, Basileae, 1547, p

8. Alcoranis seu legis Mahumeti et Evangelistarum concordia Liber ; De judicio Dei lamiam imminente, p. 100. — De orbis terrae concordia Uhri IV, lib. I, cap. XXII, p. 124 .

de Japhet par Gomer. C'est à lui qu'il appartient de conquérir la Syrie pour y replacer le siège du pouvoir spirituel unique, et s'y constituer lui-même le chef temporel de l'humanité régénérée ^

Le roi François n'ayant pas cru à sa vocation, le visionnaire ne se décourage pas, et il s'adresse sans plus de succès bien entendu, à l'empereur d'Allemagne Ferdinand P"" à qui il dédie son abrégé de Cosmographie ^. Il avait tenté aussi d'intéresser à ses idées les Jésuites et les Pères du concile de Trente. En 1545, Ignace de Loyola avait refusé de le recevoir dans l'ordre. Suspect au Saint-Office, qui le fait emprisonner, Postel n'est pas mieux traité par les protestants. Viret écrit contre lui un pamphlet qu'il intitule Hesponse aux rêveries et hérésies de Guillaume Postel cosmopolite ', et c'est peutêtre à la suite d'une dénonciation commune de ce ministre, et du doyen du chapitre métropolitain de Lyon, qu'en 1562 il est arrêté et emprisonné pour quelque temps dans cette ville par ordre du roi*. « Libertin spirituel », il est repoussé par tous les partis, et seule sa réputation d'orientaliste, professeur au collège de France, lui attire des disciples.

Il est inutile maintenant d'insister longtemps sur les ressemblances qui éclatent entre la tentative de Postel et celle de Campanella. Tous deux prévoient l'âge d'or et la fin du monde, et c'est pourquoi ils veulent confier à l'Eglise romaine, qui les traite d'hérétiques, la tâche de convertir tous Içs peuples à une religion unique, réduite à la loi naturelle primitive. Tous deux, hostiles aux princes protestants, comme à la Réforme

1. Guillelmi Postelli De ttnirersitate libri duo, in quitus Astronomiae Doctrinaeve Coelestis Compendium, 2» édition, sans date, préface du 1" septembre 1563, lib. I, p. 71 : Cur ad Gomeritas Gallos pertineat Syriam instaurare. — Cf. p. 187. — Les très merveilleuses victoires des femmes du nouveau monde, A Paris, chez Jehan Ruelle, 1553, chap. X, p. 45.

2. Il s'agit de l'édition de Bâle (1561) du Cosniographicae disciplinne Compendium. — Voir la dédicace.

3. Lyon, 1562, Jean Sauprain. — L'auteur avoué du pamphlet était Mathieu d'Antoine, docteur en (h'oit : voir note 18, paj^e 19 de l'ouvrage cité dans la note suivante.

4. Florent Wilson, Ciuillawne Postel et Louis Castelvetnj, Lyon, Guyot, 1850 ; — note 19, p. 19.

en général, s'adressent tour à tour au roi de France et à l'empereur d'Allemagne ^ qu'ils supplient de réaliser à leur profit, et dans l'intérêt de l'unité religieuse, la monarchie universelle. Tous deux croient à l'identité de la loi naturelle et de la loi du Christ, à la valeur relative de toutes les révélations, à la nécessité de recourir à la raison et non plus au miracle ni à l'autorité pour amener les infidèles et les hérétiques à la vérité chrétienne. Enfin tous deux se croient inspirés de la divinité et confondent cette inspiration, ainsi que toute divination, avec une certaine forme de la raison naturelle ellemême 2. Seulement Campanella a subi l'influence de la philosophie italienne de la fin du siècle, et d'autre part il a le souci, étranger à l'esprit de Postel, de concilier la religion avec la culture éthique de la Renaissance. C'est pourquoi il donne un sens plus naturaliste à une idée qui lui est commune avec son prédécesseur : celle du caractère inné et naturel de l'instinct religieux, qui impose au philosophe la tâche de rechercher dans les dogmes de toutes les confessions le fonds primitif de vérité dissimulé derrière les inventions mensongères et « surajoutées » de la politique et de l'imagination théologique.

Ces rapprochements sont d'autant plus intéressants que l'auteur de la Città del Sole ne semble pas avoir subi profondément l'influence de Postel, en sorte que la parenté de leurs vues et l'analogie de leurs actions s'expliquent par les besoins de la société et les directions générales de la culture de leur temps '. De la réalité de ces besoins et de ces directions nous

i. Campanella s'est adressé à l'empereur Ferdinand II quand il n'était encore que l'archiduc Ferdinand de Styrie.

2. Voir la lettre de Postel citée p. 234 du Dictionnaire de Chaiifepié, article Postel (tome troisième) : « J'ay bien dit, et de présent dis, que notre Seigneur a donné l'excellence de la Foy aux apôtres, mais que maintenant que la foy est quasi périe, il nous a donné et à moy principalement, en lieu de la Foy, imo avec la Foy, la Raison si vive et souveraine que jamais les Apôtres ne l'eurent ; en sorte qu'innumérables lieux de l'Rcritvire et de Nature, que jamais en public ne furent entendus, moyennant ladite Raison souveraine seront entendus ».

3. Avant Campanella, Postel a combattu Aristote dans l'ouvrage intitulé : H Evcrsio jalsorum Aristotelis dogmatum Autore D. Justino Martyre, Gulielmo Postello in tenebrarum Babylonicarum dispulsîonem interprète.

avons du reste un témoignage de plus dans l'œuvre d'un esprit autrement positif et précis en matière politique que Postel et que Campanella : c'est vers 1593, c'est-à-dire douze années après la mort de Postel, six ans avant la conjuration de Calabre, et huit ans avant l'impression du \i\re De la Sagesse, de Pierre Charron, que Jean Bodin écrit son Heptaplomeres, sive Colloquhim de abditis rerum sublimium arcanis ^.

m. — La religion naturelle de Jean Bodin ET DE Pierre Charron

La doctrine de religion naturelle exposée dans 1' « Heptaplomeres » a été très bien étudiée dans l'excellente thèse de M. Roger Chauviré, et nous n'avons à présenter ici que quelques observations, nécessaires pour faire ressortir l'originalité de Bodin, en même temps que la continuité du courant de pensée qui va de Nicolas de Cusa à Campanella.

L'auteur que nous venons de citer présente Jean Bodin comme tout imprégné de la culture des humanistes. Il a donc lu les ouvrages d'Erasme et en particulier le Convivium religiosum dont il cite la parole célèbre : « Saint Socrate, priez pour nous ! » D'autre part il est un admirateur de Platon, des néo-platoniciens, et il a lu Marsile Ficin et les deux Pic de la Mirandole ^. Il n'ignore pas non plus sans doute les livres de Guillaume Postel, son célèbre contemporain. Ces remarques suffisent pour nous indiquer les sources où il a puisé.

A tous ses prédécesseurs Jean Bodin doit sans doute le respect qu'il a conservé pour la croyance au miracle, à la

Parisiis, t5o2. — La remarque suivante, qui se rapporte à la théorie scolastique de la pesanteur, aurait pu être écrite par l'auteur du « De sensu rerum » ou par Giordano Bruno : <( Quod enim grave dicat deorsum tendere, Philosophus, historiam récitât, non rationem aut causam dicit ». (De Nativitale Mediatoris ultima, 1547, Basileae, p. 34 ; — cité par Chaufepié, o. c, p. 222, note K).

1. Voir la traduction française publiée partiellement par M. R. Chauviré (Paris, Champion, Larose et Tcnin, 1914) d'après un manuscrit do la Biblioliièque Nationale (Nat. f. fr. 1923, ancien f. fr. 7892).

2. Roger Chauviré, Jean Bodin auteur de la « République », Paris, Champion, 1914 ; p. 110-111

divination, aux esprits. Toralba, qui dans VHeptaplomeres représente sans doute son point de vue personnel sur toutes les questions discutées dans le livre, admet ces phénomènes mystérieux, malgré les objections de Sénamy, et cela après avoir choisi la droite raison comme seule règle de vérité ^ A Postel l'auteur du dialogue doit son admiration pour la loi hébraïque, et l'opinion suivant laquelle cette loi, la plus ancienne de toutes, serait celle qui se rapproche le plus de la simplicité et de la pureté de la loi naturelle. — D'une manière générale les influences qui se sont exercées sur sa pensée expliquent assez bien comment le sentiment de l'infinité divine, transmis à la philosophie de la Renaissance par le néoplatonisme, source authentique de la doctrine de l'ignorance instruite (la docta ignorantia de Nicolas de Cusa) et de bien des idées de l'Académie platonicienne de Florence, a pu justifier à ses yeux la juxtaposition dans un même système d'un critérium purement rationnel de la vérité, et d'une foi néanmoins intacte dans la possibilité du miracle et de la révélation.

Le thème philosophique général développé par Bodin dans VHeptaplomeres est le même que celui de ses prédécesseurs : il existe une religion naturelle, indépendante de toute révélation particulière, et dont les affirmations fondamentales, établies par l'usage des seules ressources de la raison et impliquées dans les dogmes de toutes les confessions, peuvent servir de bases à un accord entre les sectes opposées, et ramener dans le monde le règne de la tolérance et de la paix. Ces croyances, innées dans la conscience humaine, suffisent an salut. — Là où Bodin se montre original, c'est quand il tente de déterminer le contenu de ces affirmations, ou encore lorsqu'il fixe l'attitude que le sage doit observer vis-à-vis des religions particulières. Sa critique du dogme est incomparablement plus audacieuse que celle de ses devanciers, et parfois même elle se révèle plus destructive que celle des penseurs qui lui ont succédé dans le même siècle.

L'auteur de VHeptaplomeres ne se maintient pas comme Postel et comme Campanella sur le terrain du catholicisme, encore qu'il s'accorde avec eux et avec Giordano Bruno pour

blâmer sévèrement, au nom de l'intérêt social, de la morale, et de la foi en un Dieu juste et bon, la doctrine luthérienne et calviniste de la prédestination et du serf arbitre ^ D'autre part, pour la même raison, et pour beaucoup d'autres encore, il n'est pas protestant ; il ne l'a peut-être jamais été du fond du cœur, puisque vers 1561-1563, dans sa lettre à Bautru, il s'élevait déjà en esprit au-dessus des diversités de secte et d'opinion, vers la vraie religion qui « n'est pas autre chose que le regard d'un esprit pur vers le vrai Dieu » ^. Enfin, du judaïsme, avec lequel il sympathise davantage, il condamne la doctrine du péché originel ^. La loi naturelle ne saurait donc pour lui se confondre avec aucune des lois religieuses particulières observées de son temps et en dehors desquelles il n'hésit« pas, le premier peut-être, à se placer délibérément.

Ce qui est commun à toutes ces lois, c'est la foi en un Dieu unique, incorporel, éternel, infiniment puissant et souverainement bon ; c'est l'adoration de ce Dieu, par un double culte qui consiste dans la pratique des vertus morales et intellectuelles, mais aussi dans la prière, et dans certaines cérémonies naturelles, qui doivent être peu nombreuses, mais qui sont salutaires aux âmes simples ; c'est aussi la croyance au libre arbitre, et aux sanctions d'outre-tombe dont Bodin se fait du reste une conception très personnelle *. Quant aux autres dogmes essentiels du christianisme, notamment la divinité de Jésus-Christ, la Trinité et les Sacrements, respectés par Postel et que Campanella fera profession d'admettre,

2. 0. c, p. 622, Appendice I : Lettre de Bodin à Jan Bautru des Matras : « ...Nec te auferant variae de relipionibus sententiae, modo illud habeas aninio comprehensum, veram religionem aliud nihil esse quani purgatae mentis in Deum verum conversionem ». Cf., même ouvrage, p. 163. — Le mot « conversio » rappelle les conceptions religieuses du néo-platonisme, chères h tous les partisans de la réconciliation des sectes et de la religion naturelle à l'époque de la Renaissance.

4. 0. c, p. 156 : Peut-être les voluptueux, pour avoir été semblables à la brute, meurent-ils tout entiers comme elle. Mais les méchants expient leurs crimes dans des tourments, et lev bons deviennent des anges pour jouir de la vie que l'Ecriture appelle éternelle. Toutefois les uns et les autres mourront un jour puisque Dieu seul est immortel.

ils ne trouvent pas grâce devant la critique impitoyable de Toralba ^ Il en est de même, avons-nous dit, de la croyance au péché originel, si nettement contraire à l'esprit du temps.

Le même progrès dans le sens des idées modernes apparaît dans la solution que Bodin propose du problème des rapports entre la politique et la religion. Sans doute, comme Postel, Campanella ou Bruno, il considère l'adhésion aux dogmes naturels comme la condition de la moralité, de l'ordre et de la prospérité des Etats, et l'athéisme au contraire comme la destruction de toute discipline sociale ^ ; mais cette préoccupation du rôle profane de la croyance, commune à tous les esprits de l'époque, chrétiens, déistes ou incrédules, est chez lui dégagée de toute rêverie utopique. Il ne prophétise m la monarchie universelle, ni l'unité religieuse, ni l'âge d'or, ni une fin prochaine du monde. Voilà pourquoi sans doute, instruit plus qu'aucun de ses contemporains des réalités positives de l'histoire, et connaissant la chimérique vanité de tous ces grands projets de réforme, il ne songe pas, comme Postel et comme Campanella surtout, à substituer complètement et même autoritairement aux confessions particulières, à titre de dogmes cette fois définitifs, les vérités indiscutables enseignées par la raison naturelle : aussi a-t-il placé dans son dialogue, à côté de Toralba, qui les oppose comme de nouvelles et solides croyances à celles du judaïsme, de l'islamisme et du christianisme, le libéral et tolérant Sénamus qui accepte toutes les religions sincères, et qui les invite à se respecter mutuellement et à vivre en bonne harmonie. Telle était déjà, nous l'avons vu, mais préservée des hardiesses de Jean Bodin par une réelle ferveur catholique, la pensée de Marsile Ficin et de Nicolas de Cusa. « Aussy, di Sénamus, j'entre volontiers et sans répugnance partout dans les temples des Juifs, des Mahométans, des Chrétiens, même des Luthériens et des Zw^ingliens, afin de n'estre pas accusé d'athéisme ou d'estre un séditieux capable de troubler la tranquillité de la république. Je reconnais toutefois que ce que j'ai, je le tiens du chef ou maistre de tous les autres Dieux : qui nous empêcherait donc de mêler nos prières en commun afin de toucher ce père commun de

la nature et cet auteur de toutes choses, si bien qu'il nous conduise tous dans la conaissance de la vraie religion ' ? »

Les doctrines que nous venons d'exposer présentent toutes le caractère de tentatives destinées soit à substituer aux confessions particulières une religion naturelle, identifiée ou non à un christianisme réformé, soit à justifier en principe, au nom de cette religion, une tolérance universelle à l'égard des formes spéciales du culte divin. — Pierre Charron, lui, quand il écrit son livre De la Sagesse, ne songe nullement à ramener ni à assimiler les enseignements du catholicisme à ceux de la raison, ni à établir l'égalité de valeur de toutes les formes de la croyance. L'idée qui se dégage de son livre, c'est celle de l'opposition de la religion naturelle à la partie révélée des dogmes chrétiens ; seulement dans les Trois Vérités ^, il avait préalablement, pris soin d'invoquer en faveur de ces dogmes, — en même temps il est vrai que leur efficacité morale, — les témoignages de l'histoire, les miracles et les martyrs, les prophéties et les figures. Dans sa pensée donc la foi catholique était loin de s'identifier à la raison et à la loi naturelle. Elle devait, selon lui, s'y ajouter plutôt du dehors, afin d'en couronner l'œuvre '.

Mais cette séparation même des deux domaines de la nature et de la révélation conduisait pratiquement aux mêmes conséquences que les doctrines si différentes de Postel, de Bodin et de Campanella. Séparée de l'adhésion à la seconde et à la troisième Vérité *, la sagesse amplement décrite et copieusement

1. 0. c, p. 163-164 : citation de Vlleptaplomeres, ms. bibl. Nat. f. fr. n» 1923, livre VI, p. 67n.

2. Les trois Vérités contre tous athées, idolâtres, juifs, mahométans, hérétiques et schismatiques, Bordeaux, 1.W3 ; — 2« édition, Paris, Robinet, lfi9f>. — La première édition de la Saç/esse paraît en 1601.

3. De la Sagesse, éd. de 1623, Rouen. Jean Rerthelin, livre II, ch. V, p. 402 ; — livre II, ch. III, p. 368 : Après tout ce que j'ai dit, il reste encor une chose pour rendre l'ouvrage comp'et et parfait. C'est la grâce de Dieu, par laquelle cette telle preudhomie, bonté, vertu, est animée, mise à son jour, et reçoit son dernier trait visuel, est relevée, Christianisée, coronnéc, c'est-à-dire acceptée, vérifiée, homologuée de Dieu, rendue méritoire et digne de récompense éternelle.

4. La seconde Vérité, c'est la supériorité de la religion chrétienne sur toutes les autres ; la troisième, c'est la supériorité de la religion catholique sur les autres confessions chrétiennes. — La première vérité e«t celle de la religion naturelle.

louée par Charron devait être considérée par les déistes de l'époque comme une vertu capable de se suffire à elle-même, et qui n'avait nullement besoin du complément irrationnel de la grâce, de la vérité révélée et de la foi ^ L'éthique fondée sur « l'excellence et perfection de l'homme comme homme » était en effet, par le disciple de Montaigne, nettement dégagée de toute enveloppe chrétienne. Indépendante des sanctions d'outre-tombe dont la pensée n'inspire qu'une vertu servile, elle ne recourait même pas pour se fonder en raison aux affirmations traditionnelles du spiritualisme : l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. La « prud'hommie », suivant l'auteur de La Sagesse était antérieure et supérieure à toute croyance à l'au-delà ; bien plus, elle devait, en un sens, suffire à la vie morale ou même religieuse ^, le meilleur culte à rendre à Dieu étant, en dehors de toute superstition, de toute prière, et de tous vœux et sacrifices, un culte u de cœur et d'esprit », « l'offrande plaisante à Sa Majesté » d'un « cœur net, franc et humilié », d'une « âme et d'une vie innocente » '.

1. Nous suivons ici l'exposé de M. Fortunat Strowski dans son beau livre : Pascal et son temps, Paris, Pion et Nourrit, t. I, 1909, ch. III, p. 184 sq. — Voir aussi l'exposé des idées de Charron dans le même ouvrage, t. III, 1913, p. 239-248.

2. De la Sagesse, édition citée, livre II, ch. V, p. 398 : Je viens aux autres qui ne diffèrent guère de ces premiers qui ne se soucient que de Religion. Ils pervertissent tout et brouillent tout, confondans la preud'homie, la Religion, la grâce de Dieu... Ils pensent que la Religion soit une généralité de tout bien et de toute vertu, que toutes vertus soient comprinses en elle, et lui soient subalternes, dont ne reconnaissent autre vertu ni preud'hommie que celle qui se remue par le ressort de Religion. Or, c'est au rebours, car la Religion qui est postérieure, est une vertu spéciale et particulière, distincte de toutes les autres vertus, qui peut être sans elles et sans probité, comme a été dit des Pharisiens, religieux et méchans ; et elles sans Religion, comme en plusieurs Philosophes, bons et vertueux, toutefois irréligieux. — P. 400 : Ils veulent que l'on soit homme de bien, à cause qu'il y a un Paradis et un Enfer... 0 chétive et misérable preud'homie !... Je veux que tu sois homme de bien, quand bien tu ne devrais jamais aller en Paradis. — P. 401 : Qui est homme de bien par scrupule et bride religieuse, gardez-vous en, et ne l'estimez guère ; et qui a religion sans preud'hommie, je ne le veux pas dire plus méchant, mais bien plus dangereux que celui qui n'a ni l'un ni l'autre. — Cf. Livre II, cap. III, p. 350-376 : Vraye et essentielle Preud'hommie, première et fondamentale partie de la Sagesse.

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