‹ CampanellaChapitre 243 sur 300 · l'attitude- RELIGIEUSE DE GIOBDANO BRUNO · texte numérisé non relu

l'attitude- RELIGIEUSE DE GIOBDANO BRUNO

impossible, car l'intellect n'est jamais si grand qu'il ne puisse être plus grand, tandis que cet acte, parce qu'il est immense de tous côtés et par tous ses modes, ne peut être plus grand. Il n'est donc pas œil à qui soit possible l'approche ou l'accès d'une si haute lumière et d'un si profond abîme » ^ A personne donc il n'est donné de voir le soleil, l'universel Apollon, et la lumière absolue ; nous ne voyons que « son ombre, sa Diane, le monde, l'univers, la nature, qui est dans les choses, la lumière qui est dans l'épaisseur de la matière, et qui est aperçue en tant qu'elle resplendit dans les ténèbres » 2. Ainsi l'âme n'atteint Dieu, suivant Bruno, que par une opération transcendante ou plutôt dans une sorte d'état mystérieux qui ressemble à L'extase de Plotin. Elle se trouve alors « subitement engouffrée dans l'abîme de l'excellence incompréhensible, où le sens et l'imagination sont confondus et absorbés, où ne sachant plus ni avancer ni reculer, ni de quel côté se tourner, elle s'évanouit et perd son être propre comme une goutte d'eau qui s'évanouit dans la mer, ou un souffle léger qui s'affaiblit en perdant sa propre substance dans l'immensité de l'air » '.

Si telle est la transcendance de Dieu par rapport à la nature, et de l'intuition religieuse par rapport à l'intellect, toutes les déterminations particulières par lesquelles les théologiens tentent d'exprimer l'inexprimable et de comprendre l'incompréhensible, se justifient d'une certaine manière, encore qu'incomplètes et fausses à la rigueur : toutes nous révèlent un aspect de l'Etre infini. C'est ainsi que Nicolas de Cusa expliquait déjà et excusait la diversité des cultes et des dogmes, et nous verrons bientôt que l'on trouve dans la philosophie de Bruno une idée semblable. Mais pour faire dans son système la part de la révélation et de la foi, il lui suffît à vrai dire d'avoir mis en relief le caractère inaccessible à la raison et à l'intellect du principe auquel la pensée philosophique, aussi bien que les religions particulières, suspend toute réalité, toute vérité et toute beauté. S'il est vrai que nous ne pouvons con-

1. De la Causa, Principio e Uno, dial. 3", ediz. Gentile, p. 21S.

2. Degli Eroici Furori, parte II, dial. 2°, ediz. Gentile, p. 443.

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