c, parte II, dial. 1°, p
l'attitude religieuse de GIORDANO BRUNO 449
naître Apelle uniquement par les statues qu'il a sculptées, il est a fortiori impossible de connaître parfaitement, en partant de l'étude de la nature, ce premier principe, cette puissance divine dont l'effet infini ne saurait être examiné et compris adéquatement parties par parties. Considéré en soi, et non pas dans son œuvre. Dieu est l'objet d'un savoir supérieur à tout sens et à tout intellect : le savoir révélé, à qui un "esprit profane et turbulent est seul à vouloir demander des raisons et d€s définitions au sujet de choses situées au-dessus de la sphère de notre intelligence ^
A la distinction que Bruno établit parfois entre Dieu et l'Ame du Monde correspond par suite une séparation entre la foi, qui a le premier pour objet, et la connaissance philosophique, qui a pour but d'atteindre la seconde. L'étude de la matière, considérée non pas comme une puissance nue, sans vertu et sans perfection, mais comme un acte qui coïncide avec la puissance, comme une puissance d'en bas qui se confond avec la puissance d'en haut, permet de s'élever au concept non pas du principe suprême et parfait, exclu de l'examen proprement philosophique, mais de l'âme du monde, considérée ea tant qu'elle est l'acte de tout, la puissance de tout, qui est toute en toute choses, et réalise l'unité d'un univers pourtant composé d'innombrables réalités individuelles. Connaître cette unité, voilà le seul but, et voilà le terme de toutes les sortes de philosophie et de contemplation naturelle. La plus haute contemplation, qui s'élève au-dessus de la nature, est au contraire impossible et inexistante pour qui ne croit pas. Elle exige une lumière non pas naturelle, mais surnaturelle, que ne possèdent pas ceux qui estiment toutes choses semblables à des corps simples comme l'éther, ou composées, comme les astres et les réalités sidérales, et ne cherchent pas la divinité en dehors du monde infini et des choses infinies, mais à l'intérieur de ce inonde et dans ces choses. C'est en cela que consiste, suivant Bruno, toute la différence entre le théologien soumis à la foi et le vrai philosophe '.
i. De la Causa, Principio e Uno, dial. 2°, ediz. Gentile, p. 170.
2. 0. c, dial. 4°, p. 232 : Teofilo. — ...Possete quindi montar al concetto, non dico del summo ed ottirao principio, escluso doUa nostra considerazione ; ma de l'anima dcl monde, corne h atto di tutto e potenza
450 l'attitude religieuse de GIORDANO BRUNO
Au-dessus de la religion naturelle, qui est la poursuite in- Onie du divin dans l'univers, par la contemplation, par l'amour et par la vertu, Bruno admettrait-il donc une religion de valeur supérieure, celle-ci révélée et surnaturelle ? — La survivance dans sa philosophie de la transcendance néo-platonicienne est en tous cas incontestable, et c'est un fait très remarquable que pour sa défense il ait lui-même invoqué devant ses juges, en résumant pour eux sa doctrine, les deux conceptions, l'une naturelle, l'autre transcendante, qu'il se faisait de la Providence universelle envisagée : « premièrement comme nature, ombre et vestige de la divinité^ présente donc tout entière dans n'importe quelle partie de la nature, de la même manière que l'âme dans le corps ; deuxièmement comme existence de Dieu par essence, présence et puissance, en tout et au-dessus de tout, non en tant que partie ni en tant qu'âme, mais par un mode inexplicable » ^ — Néanmoins, le carac tère panthéistique fortement marqué que présentent la plupart du temps les affirmations fondamentales de sa doctrine empêche de croire qu'il ait vraiment considéré la foi en la vérité révélée comme vraiment supérieure à l'intuition du divin immanent au monde. Bruno sans doute ne nie pas le Dieu transcendant, mais s'il l'admet, c'est, suivant la remarque d'un pénétrant commentateur, M. Giovanni Gentile, comme une hypothèse nécessaire à l'intégration de l'immanent, c'est-àdire comme une limite analogue à cette « chose en soi » qui est requise dans le système de Kant pour intégrer le monde phénoménal ^ et le distinguer de l'absolu ; une fois cette
di tutto, ed è tutta in tutto ; onde al fine, dato che sieno innumerabili individu!, ogni cosa è uno, e il conoscere questa unità è il scopo e termine di tutte le filosofîe e contemplazioni naturali : lasciando ne' sui termini la più alla contemplazione , che ascende sopra la natura, la quale a chi non crede è impossibile e nulla. — Dicsono. — E vero ; perche, se vi monta per lume sopranaturale , non naturale. — Teofilo. — Questo non hanno quelli, che stimano ogni cosa esser corpo, o semplice, corne lo etere, o composto, corne li astri e cose astrali, e non cercano la divinità fnor de l'infinito mondo e le infinité cose, ma dentro (ruesto e in quelle. — Dicsono. — In questo solo mi par différente il fedele teologo dal vero filosofo.
i. Domenico Berti, Vita di Giordano Bruno, Documento XI, p. 353.
2. Giovanni Gentile, compte-rendu cité, p. 285, et : Giordano Bruno nella Storia délia cultura, p. 87.
l'attitude religieuse de giordano bru.no 451
limite fixée, il laisse en dehors de ses investigations et de ses recherches, comme des spéculations assez vaines, les hypothèses de la foi. Aussi est-ce seulement le Dieu intérieur à l'univers qui est l'objet de sa pensée et de son amour lorsqu'il parle de la divinité en esprit vraiment religieux, et avec ce sens de l'inOni, cette aspiration à l'éternel, cette ivresse pan- Ihéistique qui communiquent une flamme si puissante de lyrisme à ses grands exposés métaphysiques. Il laisse aux théologiens ce premier principe à qui la Cabbale des Hébreux attribue un nom ineffable. Ce Dieu conçu comme absolu n'a, dit-il, rien à faire avec nous. Le Dieu qu'il recherche, c'est Dieu en tant qu'il se communique aux effets de la nature, et qu'il est plus intérieur à ces effets que la nature elle-même, en sorte que s'il n'est pas la nature même, certainement il est la nature de la nature, et l'âme de l'âme du monde, sinon cette âme même ^ Qu'est-ce que la nature en effet ? C'est Dieu lui-même, ou bien la divine vertu manifestée dans les choses.
Ainsi, bien qu'il ne revendique pas le droit de repousser absolument la foi en une révélation, puisque la divinité qui se communique aux choses par des modes en nombre infini, peut par suite recevoir d'innombrables noms, être recherchée par des voies innombrables et adorée suivant d'innombrables rites 2, Giordano Bruno pourtant préfère à toutes les sortes de science, de religion et de philosophie, la dialectique par laquelle l'âme, rentrant dans le fond le plus intime de son être, considère que Dieu est voisin d'elle, habite en elle, et qu'elle n'a besoin, pour le découvrir, que du culte fervent d'une aspiration et d'une adoration toute intérieure ' :
1. Spaccio de la Bestia trionfante, dial. 3°, p. l'9, ediz. Gentile : Sofia. — Cossi è. Talmente dunque quel dio, corne absoluto, non ha che far con noi ; ma, per quanto si coraunica alli effetli délia natura, ed h più intimo a qnelli, che la natura istessa ; di maniera che, se lui non è la natura istessa. certo è la nalura de la natura ; ed è l'anima de l'anima de! mondo, se non è l'anima istessa : perô, etc..