Op. cit., cap. cit., p
Il arrive même souvent que les hommes préfèrent la mort à une contrainte qui les forcerait à vivre non suivant leur être propre, mais suivant un être étranger et qui leur est odieux, par exemple dans la servitude ou dans la misère. L'amour de soi, antérieur à l'amour des autres, est donc l'origine de toute vie et de toute harmonie, universellement réalisées dans le monde par la lutte et par l'équilibre des contraires ; sans cet amour, les choses retourneraient au chaos, ou seraient bien vite annihilées ^
Ainsi se manifestent déjà au sein de la réalité physique cette activité finaliste, cette vivante appétition qui, en prenant conscience d'elles-mêmes et de leurs raisons d'être, vont devenir chez l'homme une aspiration vers Dieu, principe du savoir, de l'amour et de la puissance. Bien qu'elles ignorent la raison de la fin vers laquelle elles tendent '. les réalités de la nature matérielle n'en aspirent pas moins obscurément à remonter à leur principe : l'amour de leur être propre est déjà chez elles, implicitement et indistinctement, l'amour de l'Etre par lequel elles se conservent, en qui seul elles trouvent la garantie de leur existence et de leur éternité. Les eaux de la mer, après avoir erré dans les canaux souterrains et subi la violence de l'homme qui les détourne pour son propre usage, reviennent à leur lieu d'origine, où les poussent la secrète attraction et le pressentiment caché de leur fin. La terre, transformée en arbre et en fumée par la vertu des lois de la génération et de la combustion, s'élève vers le ciel, mais avouant qu'elle ne saurait y trouver sa vie, elle revient bientôt se mêler à la masse des corps terrestres. La chaleur, émanée du soleil, façonne, à l'intérieur du sol où elle est enfermée, les métaux, les pierres, les plantes, les liquides, les animaux, mais bientôt la force de son appétition originelle l'attire à nouveau vers le soleil, vers les corps célestes ses parents où elle pressent que son bonheur réside '. Ainsi agissent également les animaux lorsqu'ils se joignent aux représentants de leur espèce, et constituent des sociétés comme celles des fourmis,