Met., lib. XVI, cap. II, art. II, pars III, p
des abeilles, ou des castors ; — et ce mouvement de retour (reversio) mérite bien d'être appelé la religion des choses, puis qu'en toutes il manifeste le désir de se relier ireligio, religare) à leur principe, et l'aveu qu'en dehors de lui elles ne trouvent ni l'immortalité, ni la sécurité de leur essence ^
L'instinct religieux porte donc tout être à rendre un culte au principe de son existence ; mais pour les corps matériels, et pour les animaux eux-mêmes, ce principe n'est pas directement et immédiatement Dieu. Pour les premiers, c'est la terre, d'où leur vient la substance de leur, corps ; pour les seconds, c'est la terre aussi, mais en outre le soleil, d'où procède la chaleur subtile qui a formé leur esprit vital. Il s'ensuit que chez les uns et les autres le culte divin n'est pas direct et immédiat. Il l'est davantage cependant chez les animaux parce que le soleil est un être vivant plus élevé en dignité et plus proche du Créateur que la masse froide de notre globe, mais on ne peut comparer néanmoins cette religion animale à la religion humaine. Possédant un esprit immatériel, qui reçoit immédiatement son essenc-e des pures Primalités, l'homme, qui tend vers la terre par son corps, vers le soleil et le ciel par son esprit vital (spiritus), tend vers Dieu par son âme immortelle (mens). « Toutes les choses qui émanent immédiatement de Dieu rendent à Dieu un culte immédiat ; celles qui au contraire n'émanent de Dieu que par l'intermédiaire d'autre chose, comme la chaleur solaire, qui procède immédiatement du soleil (qui, il est vrai procède de Dieu), ne retournent pas tout de suite à Dieu par un culte ; elles se portent d'abord vers leur principe le plus proche ^ ».
Or, quel est pour l'homme ce principe, sinon la divinité elle-même, plus immédiatement présente en lui que dans toutes les autres créatures, la divinité qu'il connaît en se connaissant lui-même, qu'il aime en s'aimant lui-même, et dont il reçoit toute la puissance, toute la science et tout l'amour qu'il possède ? C'est donc à Dieu directement que l'homme revient.
1. Ibidem : Hanc reveraionem dico ease religionem omnium rerum, quoniara iterum suo se religant principio, fatentes extra illud immortalitatem vel securitatem Entitatis suae non inveniri. —