‹ CampanellaChapitre 252 sur 300 · Ath. tr., 1(536, cap. XV et XVI, p. 196, 210, et passim · texte numérisé non relu

Ath. tr., 1(536, cap. XV et XVI, p. 196, 210, et passim

les admises dans les diverses confessions religieuses, et les confronte avec les dogmes et les cérémonies catholiques, c'est en apparence pour démontrer la supériorité de la loi chrétienne sur toutes le^5 autres lois. En vérité, c'est pour mettre en lumière le fonds d'idées et de sentiments commun à toutes les religions positives, y compris le christianisme, et qui représente pour lui la seule véritable religion. « J'ai vu, écrit-il, que dans les sectes les plus méprisées il y a des pensées admirables, et quand je les rapporte, il est nécessaire que je fasse semblant de les réfuter, comme fait Galilée de Copernic. Mais je les mets sur la scène du monde pour le bien de tous ^ ». Il est donc fermement convaincu que derrière les diversités superficielles de leurs préceptes et de leurs croyances se cache une identité profonde de sentiments et de vues théoriques. Toutes les religions en effet ont leur origine dans la loi naturelle. « Le Monde a une seule loi naturelle imprimée dans le cœur de tous les hommes et que nulle diversité ne peut effacer » ^. Dégager la signification originelle de cette loi des multiples interprétations par lesquelles elle a été altérée et faussée au cours des siècles dans toutes les religions, tel est le. but essentiel de la philosophie, comme celui de la politique est d'enseigner et même d'imposer à toutes les nations le vrai culte, restitué dans sa pureté primitive.

Nombreuses sont dans l'histoire les causes des falsifications successives de la loi naturelle, mais du point de vue psychologique et métaphysique elles s'expliquent surtout par l'opposition de l'amour et du savoir acquis à l'amour et au savoir inné, du point de vue politique par l'intrusion dans la religion des intérêts profanes de l'Etat, infiniment divers suivant les lieux, les temps, et les conditions de la vie sociale de chaque nation. 'Ainsi transformés en vue d'une adaptation aux passions humaines, les dogmes et le culte naturel étaient en même temps, pour des fins de domination ou de conservation politique, détournés de leur but primitif et modifiés dans

1. Lettre de Campanella à Peiresc du 17 juillet 1633, Amabile, Cast., t II, doc. 311, p. 245.

2. Ath., tr., 163C, cap. X, p. 109 : Ergo Mundus unam habet naturalem legem in cunctorum cordibus insitam, quam nuUa diversitas obliterare potest.

\eur contenu, au point de devenir méconnaissables, par Faction des législateurs, des monarques, et des peuples euxmêmes. C'est contre cette seconde sorte de falsification que Campanella élève la protestation la plus énergique. Il voit dans le machiavélisme, considéré comme une doctrine qui assimile la religion à un art de gouverner, le fléau de la morale et de la société, et il poursuit d'une haine implacable les théoriciens et les partisans de la « raison d'Etat » ^

Si graves pourtant et si nombreuses que soient les erreurs introduites dans les croyances des diverses confessions par l'influence des passions humaines et des considérations politiques, l'unité de la loi naturelle dont elles s'inspirent n'en apparaît pas moins très nettement à l'examen de leur contenu, en sorte que, dans la mesure de leur participation à cette loi, toutes les religions positives peuvent être considérées en un sens comme égales en valeur au christianisme. « Toute loi positive dépend de la loi naturelle, et la loi naturelle est une impression de la loi éternelle ; quant à la loi éternelle, elle est le Christ, Sagesse et Raison de Dieu... 2. Une fois exclues les lois fausses qui ne sont pas véritablement des lois, les lois positives peuvent être considérées comme des spécifications et des applications de la même loi première naturelle. Leur variété ne nous place donc pas hors de* la raison, et elle ne nous aliène du Christ dans aucune nation » *.

S'il en est ainsi, nulle religion révélée, pas même le christianisme, ne saurait s'attribuer légitimement le privilège de la vérité, ni celui de la grâce divine. « Si la raison première était connue, personne ne s'éloignerait du Christ. Même ceux qui ignorent le Christ sont, qu'ils le veuillent ou non, avec le Christ, en tant qu'ils pensent et veulent vivre suivant la raison. De même ceux qui ne veulent pas Dieu et veulent le bien, veulent aussi Dieu... *. Toutes les nations sont chrétiennes d'une certaine manière ; lorsqu'en effet elles font profession de vouloir vivre suivant la raison, môme ignorant le Christ, elles

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