‹ CampanellaChapitre 255 sur 300 · Felice Tocco, Puhblicazioni, p · texte numérisé non relu

Felice Tocco, Puhblicazioni, p

3. Met., lib. XVI, cap. I, art. II, para III, p. 197 : Imo in lus legibus [positivis] homines altercantur, et alii aliud crcdunt et faciunt, unde scivimus nos indigere Deo lepislatore. — Met., lib. XVI, cap. III, pars III, p. 204, titre de l'art. I : Naturali Rcligioni accedere superadditam, et non in illa, sed in hac errores et varielates contingere, proptereaque ad Deum pertinere veritatis revelationem intentare. — Met., pars I, p. 74,

jection serait facile. Non seulement en effet la révélation est considérée souvent par Campanella comme un fait purement naturel, au même titre que le miracle, mais encore il en présente le contenu, quand il consent à l'approuver, comme s'il était identique au contenu de la religion innée elle-même, ou encore comme s'il ne se comprenait que par celle-ci ^ La preuve en est que tout de suite après avoir opposé à la perfection et à la vérité de cette dernière religion les imperfections et les erreurs de la religion positive, il se garde de donner la révélation chrétienne comme exemple des moyens employés par le Créateur pour ramener à lui les hommes égarés hors de la vraie loi, et n'hésite pas au contraire à s'appuyer sur l'opinion de Socrate, de Platon, de Sénèque et de Pythagore, pour affirmer que jamais ce secours divin n'a manqué au monde ^. En un sens donc les législateurs de toutes les religions ont raison de se glorifier d'avoir reçu de Dieu les enseignements qu'ils propagent : ils savent d'une science innée qu'ils ont besoin de la divinité, de ses révélations et de ses direction '. Maintenant les secours dont elle les favorise présentent-ils vraiment un caractère surnaturel ? Nous savons que Campanella, lorsqu'il se présentait aux papes comme un prophète des temps nouveaux, un apôtre et un thaumaturge,

lib. I, cap. IX, art. X", in fine : Proptereaque Religio, quamvis innata, indiget revelatione et fide ; quoniam passiones carceris nos aliénant a nostri nostraeque originis notitia.

1. Met., lib. XVI, cap. I, art. II, pars III, p. 197-198. Et cum acceperimus ejus [Dei] leges per viros sanctissimos, qui probarunt sese a Deo inissos, adhuc agnovimus nec leges prodesse exteriores, nisi ad docendum, non ad excquendum, nisi sibi intus qiiisqiie esset lex.

2. Met., lib. XVI, cap. III, art. I, pars III, p. 204 : Indita vero [religiol perfecta et vera, et quia contingit homines errare ob additas, idcirco ad Deum spectat, si nostri curam gerit, religionem, et iter ad se propalare ; quod in mundo nunquam defuisse mox probabimus, ut Socrates, Plato, et Seneca, et Pythag. ex ratione Providentiae agnoverunt.

3. Met., lib. XVI, cap. IV, art. I, pars III, p. 206 : Quapropter necesse est credere Deum, qui necessitatibus non deest, et superflua non admittit, dirigere honiinem in bis, quae ad religionem pertinent. Proptereaque omnes nationes, intelligentes innata scientia. indigere sese Deo revelatore et rectore, a Deo religionem sese accepisse gloriantur, Hebraei per Moysen, Christiani per Christurn, Mahometani per Angelum Gabrielem, Gentiles per Jovem ; alii per Apollinem ; Japonenses per Aniidam ; nam Legislatores et principes suos jmtarunt esse Deos, nedum Dei nuncios.

préLendait bien néanmoins concilier avec ces qualités celle de missionnaire d'une religion naturelle destinée à suppléer aux dons de l 'Esprit-Saint, depuis longtemps 'inopérants dans l'Eglise. Il est donc clair que dans sa pensée la croyance au panpsychisme a rapproché, pour les mêler ensemble d'une manière parfois assez confuse, mais toujours au profit de l'immanence panthéistique, le surnaturel du naturel et la révélation de la raison ^

Pour maintenir, contre l'évidence des textes, la thèse de l'orthodoxie de Campanella, il ne resterait plus dès lors à invoquer que les opinions favorables aux préceptes moraux, aux mystères et aux sacrements de l'Eglise catholique, que le philosophe a maintes fois exposées, notamment dans VAtheismus triumphatus. Seulement, nous l'avons vu, l'auteur de la Città del Sole est bien loin d'accepter ces dogmes et ces institutions du catholicisme sans s'être livré auparavant à un judicieux triagel Quand il rencontre des pratiques contraires à la nature, comme le jeûne ou le vœu de virginité, il est, pour les justifier, fort embarrassé, et il se tire d'affaire en disant (ni'elles sont moins contre nature qu'au-dessus de la naturel Sans doute, dans son foR intérieur, leur applique-t-il le même critérium général dont il se sert ouvertement pour défendre la polygamie : « Les lois et les rites qui sont contraires à la raison ne sont pas, dit-il, des lois, mais des abus et des règles contrefaites... Il n'y a qu'une seule loi dans le monde entier qui fait vivre les hommes selon la raison naturelle. Les autres lois sont vraies ou fausses suivant qu'elles lui sont conformes ou opposées ; celles qui lui sont opposées ne sont pas des lois, mais de abus » '.

i. Voir plus haut : Troisième Partie, troisième chapitre, II.

2. Met., lib. VI, cap. IX, art. VI, pars II, p. 73 : At cur homo contra naLuralcm inatinctum sapientius saepe operatur, ut cum vovit virginitatem infructuosam, et sacrificat filium, et jejunio se macérât ? Respondeo quod si contra naturam haec facit, errât : sin vcro supra naturam, ob bonum majus, et cultuni summi boni Dei, non errât.

3. Ath. tr., 1636, cap. XVII, p. 217 : Item [vidimus] unam solum esse Legem in toto Mundo quae facit homines secundum rationiMu naturalem

vivere alias vero leges esse veras aut falsas, prout huic conformantur,

aut répugnant... — Cap. X : lUae enini leges ritusque qui contra rationem sunt, non sunt leges, sed abusus, et distortae regulae.

Cette règle une fois établie, on ne saurait néanmoins s'étonner de voir Campanella approuver dans le catholicisme certains mystères et tous les sacrements. Dans les premiers, par exemple dans le dogme des trois personnes divines qui correspond à sa doctrine des Primalités, il reconnaît souvent l'expression symbolique de profondes vérités métaphysiques. Dans les seconds, il remarque de curieuses analogies avec les merveilles réalisées quotidiennement par la magie naturelle, et il les loue aussi pour le profit qu'en retirent tous les membres de la société religieuse, dont ces symboles et ces cérémonies contribuent puissamment à accroître la piété et à resserrer les liens de l'amour mutuel. Il insiste en particulier sur l'utilité sociale de la confession pour prévenir les crimes, de l'ordination pour rendre les prêtres vénérables aux yeux des fidèles, de l 'extrême-onction pour guérir les malades par la suggestion et la confiance, du sacrement de mariage pour persuader les hommes du caractère moral et de l'éminente noblesse des fonctions de la génération, de l'Eucharistie enfin, philtre salutaire, symbole de la présence universelle de Dieu, pour maintenir les chrétiens unis dans le même amour et dans la même pensée religieuse, à l'exemple de ces conjurés qui avant de se lancer dans leur entreprise boivent dans une même coupe un mélange de leur sang V Tout le cérémonial de la religion catholique lui paraît d'ailleurs conçu dans le même esprit. Il est nécessaire et bienfaisant parce que l'homme est un animal social 2. La préoccupation du rôle social de la religion prend ainsi dans la pensée théorique comme dans les desseins de Campanella une place des plus importantes, prédominante peut-être, en sorte que l'exposé de sa philosophie religieuse a pour suite naturelle l'étude approfondie de ses conceptions politiques.

Page 1