‹ CampanellaChapitre 257 sur 300 · Ed. Le Roy, o. c, p · texte numérisé non relu

Ed. Le Roy, o. c, p

caraclcie obligatoire. Seul le contenu « pragmatique » du dogme oblige le fidèle et constitue pour lui une vérité de foi.

On voit maintenant la ressemblance de la doctrine avec la philosophie religieuse de Campanella. Comm-C les modernistes contemporains, et avant eux, l'auteur du De gcntilismo non retinendo et de VApologia pro Galilaeo s'était élevé avec vivacité contre la canonisation du péripatétisme, et en général contre la solidarité établie par les théologiens entre les enseignemenis du christianisme et ceux d'une philosophie ou d'une science quelconque ; comme eux, il avait justifié son opinion par la tradition constante de l'Eglise, soucieuse à chaque époque de briser les vieux moules pour refondre les vérités de la foi dans ceux que lui offrait à nouveau la pensée, du temps, et pour s'appliquer à une interprétation nouvelle et plus moderne des Livres Saints ; comme eux enfin il avait insisté sur le caractère essentiellenient moral, pratique et social des enseignements de la religion ^ « Deus fradidit miindum disputatloni hominum », telle est la formule que Campanella aimait à répéter, et qui revient souvent aussi dans la bouche des m.odernistes '.

Mais entre les deux apologétiques que nous étudions il existe une ressemblance plus profonde. Fondées sur un principe d'immanence, toutes deux protestent contre la dissociation opérée par la théologie orthodoxe entre la conscience religieuse créée par la grâce et la conscience religieuse naturelle, manifestée par une inquiétude, une aspiration impuissante à se satisfaire, une sorte de a faim spirituelle ». Pour Campanella, qui va l)eauroup plus loin dans ce sens que les modernistf^s, la grâce, comme la révélation, ne fait qu'achever l'œuvre de la nature qui si)onlanément, par un instinct caché dans les profondeurs de notre être, tend ;\ se dépasser ellemême, pour remonter jusqu'à la source infinie et inépuisabl"^ de son existence et de son amour. Pour MM. Blondel, Ed. Le Ro\ , Labcrthonnière, d y a entre ces deux principes de la

1. Voir jilu.s haut, Cinijuir-mc Parlie, chapitre premier, I.

2. Apologia pro Galilaeo, p. \?,. — Cf. Alfred Loisy, Choses jnn^sccs, édition citée, fasc. 3, \>. 188 : « Dieu a livn5 le monde à la dispute des hommes. Il n'y a pas à revenir snr celle concession octroytje en bonne et due forme ».

vie religieuse une solidarité profonde, en sorte que l'enseignement extérieur de la révélation se présente à l'âme, déjà disposée, par un travail intérieur de préparation à la fois humain et divin, à le recevoir et à se l'assimiler, comme la nourriture idéale et vivifiante dont le désir l'agitait, et dont elle pressentait et appelait de ses vœux ardents l'action bienfaisante. « Dieu sans doute, écrit M. Le Roy, agit sur nous et nous dilate à nous faire parfois crier de douleur ; les mystiques sont unanimes sur ce point. Mais aussi n'est-ce pas dans Vlmitalion que se trouve cette formule d'immanence : Dieu est un soupir indicible caché au fond des âmes ? X plus forte raison le principe d'immanence est-il vrai quand il s'agit de l'esprit humain lui-même et non plus seulement de tels ou tels esprits individuels... En définitive, la grâce, à tous ses degrés et moments, suppose toujours la nature, et l'utilise, même quand elle la pousse à se dépasser. Ce qui vient d'en haut, c'est une mystérieuse fécondité ; mais tout le travail positivement constatable est humain dans son phénomène » ^ La tendance commune à ces deux philosophies est donc bien de rétablir entre les diverses fondions spirituelles orientées vers la vie religieuse l'unité rompue par l'opposition de la raison et de la foi, de la philosophie et de la théologie, de la nature et de la grâce. De là leur commune revendication du libre examen et leur commune protestation contre l'usage illégitime de l'autorité, ou encore contre la séparation arbitraire établie par certains penseurs entre l'ordre de la croyance et celui du savoir profane. A condition de donner au mot chrétien le sens particulier de christianisme naturel, Campanella aurait pu pleinement souscrire à ces paroles de M. Ed. Le Roy : « Il est impossible que la foi n'entre pas en relation avec la science et la philosophie, parce que l'esprit humain est un, et qu'il ne saurait donc s'accommoder de cloisons étanches ni établir sa comptabilité de conscience en partie double. Ce n'est pas à quelques moments ou par quelques fonctions de ma vie que je dois et veux être chrétien, mais à tous les moments et dans toutes les fonctions, non seulement dans l'intime secret de mon cœur, mais

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